Rapport moral et de gestion du Président de l’AMP
par LEONARDO GOROSTIZA
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Chers collègues, chers amis de l’amp,
Cette xie Assemblée générale qui nous réunit aujourd’hui est aussi la deuxième. La deuxième que nous tenons selon les statuts que nous avons adoptés en 2008 dans un but précis : mettre en adéquation nos statuts avec ceux exigés par l’onu pour l’obtention d’une reconnaissance en tant qu’ong. C’est pour cela que cette Assemblée se distingue de celles que nous tenons à l’occasion de nos congrès bisannuels : la majorité des membres sont ici représentés par leurs élus au Conseil de l’amp au travers des procurations qu’ils leur ont fait parvenir.
En l’occurrence : nous avons enregistré 653 procurations et le nombre de collègues présents dans cette salle s’élève à 62 Autrement dit, c’est au total 715 membres qui sont ici, présents ou représentés.
Comme je l’avais entrevu dans mon discours de président entrant lors de notre dernière Assemblée générale, le 30 avril 2010, la nouvelle structure institutionnelle de l’amp, avec 16 membres au Conseil de l’amp, n’est pas sans poser certaines difficultés. Et en particulier, celle de manquer de légèreté pour permettre une réponse suffisamment vive face aux contingences. Cependant, comme je l’avais également évoqué, nous avons décidé de maintenir le cap vers l’obtention du statut d’ong, en vérifiant au fur et à mesure la faisabilité de la chose, et, surtout, sans que cela implique de renoncer à nos principes. Car nous ne devons pas oublier à quel point la voie de la reconnaissance d’utilité publique par l’Autre social est une voie délicate, étant donné que l’insertion sociale complète de la psychanalyse constituerait, en même temps, sa disparition. Par conséquent, nous savons que si nous obtenions ladite reconnaissance, il n’agirait pas de la prendre pour argent comptant, mais seulement comme un semblant, c’est-à-dire de s’en servir sans y croire pour autant. S’en servir, par exemple, pour que la voix de la psychanalyse d’orientation lacanienne soit sans cesse plus opérante et mieux entendue dans les débats publics face à la promotion de l’idéologie du chiffre et de l’évaluation.
Alors, où en sommes-nous par rapport à cette demande ? Le dossier informatique requis par l’onu a finalement pu être présenté grâce aux bons soins de deux collègues : Gil Caroz, membre du Conseil de l’amp et président de l’efp, et Geert Hoornaert, trésorier de l’ efp. Il y a trois semaines, le 7 janvier dernier, il nous a été confirmé que notre dossier serait examiné au mois de mai. Lorsque la réponse nous parviendra, peut-être cette réponse sera assortie d’un certain nombre d’exigences, ou non. Mais, ce sera pour nous le moment de reconsidérer la chose et de décider si nous poursuivons, ou non, ce projet.
Ceci étant dit, venons-en à ce qui nous importe véritablement et qui constitue le fondement de l’amp et de l’École Une. Où en sommes-nous après neuf mois d’exercice ? Et en premier lieu, concernant la passe ?

La passe
Dans son rapport rédigé à l’attention du Conseil, Laure Naveau, secrétaire de la passe au sein de l’amp, souligne qu’un large élan semble avoir animé la passe en 2010. Plusieurs nominations ont été effectuées par les cartels de la passe depuis la fin de l’année 2009 et courant 2010. De ce fait, l’École Une compte actuellement seize ae. Parmi ceux-ci, cinq ont été nommés après le congrès amp d’avril dernier.
Tout le monde s’accorde à reconnaître que ce nouvel élan est né de l’événement qu’ont constitué les Journées de l’ecf de novembre 2009, de la mise en acte de la politique de « démassification de l’énonciation » impulsée par Jacques-Alain Miller au travers du Journal des Journées, et de la Conversation sur la passe qui s’est déroulée ici même en janvier 2010. Il ne fait aucun doute que ces jalons ont stimulé le réveil d’une communauté de la passe au sein de l’École Une. Ainsi, l’année 2010 a été marquée par plusieurs nouveautés concernant le dispositif de la passe dans les différentes Écoles.
Deux Écoles d’Amérique, l’eol et l’ebp, ont adopté un nouveau règlement de la passe. J’ai pour ma part étroitement travaillé – en qualité d’extime – avec le Conseil de l’ebp et son secrétariat de la passe pour la rédaction et l’adoption du nouveau règlement, de même que pour la désignation des passeurs et la mise au point d’une liste de passeurs. Un trait est particulièrement saillant, aussi bien dans le règlement de la passe à l’ebp que dans celui de l’eol : le pari décidé que sa composition soit issue de ce que la passe elle-même produit. C’est-à-dire qu’elle inclue le plus grand nombre possible d’ae et d’ex-ae, ainsi que d’anciens passeurs. Dans les communautés que constituent ces deux Écoles, cette option génère une confiance incontestable, laquelle est un élément central pour la mise en marche et la continuité du dispositif.
Ainsi, nous sommes dans un temps où les règlements se sont diversifiés en fonction du lieu tout en n’étant pas éternels. Autrement dit, ils peuvent varier localement et selon le moment que traversent les différentes Écoles et l’École Une comme telle. Ce trait, plus affine à la contingence, mérite d’être relevé, car – comme le signalait J.-A. Miller lors de la Conversation sur la passe – l’important n’est pas les règlements en eux-mêmes, mais le fait qu’une communauté soit effectivement porteuse d’un désir de passe.
C’est dans cette même perspective qu’un débat sur la passe s’est ouvert ces dernières semaines à l’elp. Tout semble indiquer que la communauté de l’elp est disposée à faire un pas de plus pour passer outre les particularismes en misant sur un dispositif européen de la passe dans le cadre de l’efp. Nous attendons donc avec un grand intérêt les prochains débats au sein du Collège élargi de la passe de l’elp, et d’une possible Conversation sur la passe, qui réunirait l’ensemble des membres de cette École ; ces échanges apparaissent prometteurs d’un souffle nouveau pour la passe dans l’École Une au cours de cette année 2011.
Pour sa part, l’ecf, dans la continuité de ladite Conversation sur la passe, a inauguré un nouveau fonctionnement du dispositif. Les deux cartels ont fusionné en une « Commission de la passe », incluant en son sein la coordination du Secrétariat de la passe. De la même façon, le 11 avril 2010, lors de la Journée intitulée Question d’École. La chose jugée, les membres de cette Commission ont commencé leur enseignement, chacun d’eux exposant son point de vue à partir de sa place singulière dans le travail de cette Commission. La visée est de parvenir à une transmission élargie à l’adresse d’un public plus vaste que celui qui constitue le cœur de l’expérience analytique. Il s’agit d’un enseignement informel, dégagé de tout type d’automaton, mais qui reprend quelque chose qui était tombé dans l’oubli : la fonction enseignante des cartels de la passe.
Dans cette même perspective, le cartel de la passe 2008-2010 de l’eol a été invité à transmettre son expérience ; chacun de ses membres l’a fait, un par un, en son nom propre, ce qui a suscité un grand intérêt dans l’ensemble de l’eol.
Nous pouvons en conclure que la passe dans les Écoles, mais aussi très clairement dans l’École Une, jouit d’une grande vitalité dans la période actuelle. L’expérience de la passe se démontre donc capable de traverser les barrières linguistiques et les particularismes locaux. C’est précisément pour cela que lundi prochain, ici même, à l’ecf, la soirée amp sera consacrée à la passe et en particulier, à ce trait si particulier à l’École Une : son caractère translinguistique. Nous converserons ainsi sur le thème La passe et les langues dans l’École Une.

La garantie
Comme vous le savez, dans mon discours à l’Assemblée générale d’avril 2010, j’ai proposé la création, au sein du Conseil de l’amp, d’un secrétariat de la garantie avec un premier objectif spécifique : inaugurer une mise à jour de la garantie dans le cadre de l’amp. Philippe La Sagna, à qui j’ai confié cette mission, nous a fait parvenir un rapport précis accompagné de ses réflexions en la matière. Je me bornerai ici à souligner qu’un certain nombre d’entre elles font valoir que cette question est entourée d’une certaine opacité, et que nous nous attacherons déjà à éclairer la fonction et la pertinence du titre d’ame dans notre communauté et dans la période actuelle.
Il y a aujourd’hui quatre Commissions de la garantie : la Commission de l’ecf, celle de l’eol, la Commission de la garantie amp-Europe et la Commission amp-Amérique, ces deux dernières étant directement rattachées à l’amp. Dans l’une comme dans l’autre, la nécessité d’une permutation s’est fait sentir, étant donné que ces Commissions sont entrées en fonction il y a quelque temps déjà : en 2008 pour l’Europe et en 2006 pour l’Amérique. Cette permutation peut-être interviendra en 2011 afin de permettre à ces Commissions de se réunir à l’occasion des rencontres enapol (en juin) et Pipol 5 (en juillet) pour envisager de possibles nouvelles nominations. Mais ce n’est pas encore complètement décidé.
D’autre part, après une longue période consacrée à une réflexion interne sur les nominations, les Commissions de la garantie de l’ecf et de l’eol ont décidé de reprendre la parole en public. Celle de l’eol, par exemple, orientera son activité cette année autour du contrôle et du désir du psychanalyste, mais elle abordera aussi d’autres problèmes cruciaux : que signifie l’expression « progrès de l’École » ? que peut-on attendre d’un ame ? quel est le lien entre l’ame et la politique de l’École ?
La Commission de l’ecf envisage quant à elle d’organiser en 2011 une soirée consacrée à son objet spécifique.
D’une certaine manière, les deux Commissions semblent décidées à se confronter à ce qui figure toujours dans les statuts de l’eol : « L’activité de la Commission se complète par un enseignement au travers duquel ses décisions prennent leur sens. »
Ainsi, la question du contrôle, le lien des ame avec la passe – en particulier au travers de la désignation ou de la proposition de passeurs – et la question évidemment essentielle de l’articulation entre la garantie et la passe, à l’heure d’un nouvel ordre symbolique, constituent autant d’axes qui nous aideront à poursuivre nos investigations.

Les homologations
Les homologations que chaque École a fait parvenir au Conseil de l’amp ont été l’occasion de vérifier que les Conseils des Écoles mettent en œuvre les dispositifs qui, à un moment donné, leur semblent les plus opportuns pour les entretiens d’admission. Mais – comme Xavier Esqué, secrétaire aux homologations, le note dans son rapport adressé au Conseil – ces entretiens sont fondamentalement orientés par les points suivants :

  • premièrement, la position subjective du postulant, son rapport à l’inconscient, ainsi que, et de manière essentielle, les motifs qui, du sein de l’expérience analytique elle-même, ont précipité sa décision de demander son entrée à l’École ;
  • deuxièmement, ce que chaque candidat peut apporter à l’École, tant sur le plan libidinal que sur le plan politique et épistémique. En effet, maintenir une exigence analytique signifie aussi ne pas céder sur l’exigence de formation ;
  • troisièmement, admettre un postulant comme membre d’une École de l’amp implique aussi d’avoir vérifié sa disposition à s’impliquer, au-delà du niveau local, dans la communauté analytique au niveau national et, dans la mesure du possible, international.

C’est fondamentalement à partir de ces trois axes que nous avons travaillé, aujourd’hui dans le Conseil et hier dans la réunion du Bureau élargi, en examinant les propositions et en décidant des homologations.
Je peux d’ores et déjà annoncer que nous avons trouvé des fondements clairs et argumentés dans chacune des propositions faites par les différentes Écoles. Cela nous a permis de trancher en respectant l’exigence analytique de considérer chaque cas dans sa singularité, au-delà des pourcentages à prendre en compte pour maintenir un équilibre entre les différents Écoles au sein de l’amp.
Ainsi, les homologations comme les propositions présentées cette année permettent de prendre la mesure des effets féconds de la démassification de l’énonciation initiée en 2009.

Les Écoles
Dans le communiqué du 5 juillet 2010, intitulé « Europe en mouvement », je rappelais qu’en l’espace d’un mois seulement trois Écoles d’Europe ont mené à bien des initiatives quelque peu inédites.
La slp a organisé son premier Forum à Turin et, dans la foulée, sa rencontre annuelle et son congrès. Comme l’indique le rapport de sa présidente, Paola Francesconi, le nombre de participants, la présence naissante de la slp dans la cité et les médias, mais aussi l’intervention active de membres qui furent invités à participer pour la première fois en séance plénière, permettent de penser à une revitalisation possible et à une sortie de l’inertie qui affectait cette École.
Ce mouvement devra être consolidé pour parvenir à la « mutation » de la structure de l’École que Marco Focchi appelait de ses vœux. Mais ce qui semble d’ores et déjà s’amorcer, c’est une décélération de la tendance centrifuge qui, jusqu’à il y a peu, provoquait la dispersion de la libido dans des activités locales, dispersion qui s’effectuait au détriment du mouvement fédérateur autour de l’École et de l’amp. Ce mouvement centripète vers le Un de l’École qui s’ébauche aujourd’hui semble aussi avoir été favorisé, d’une part, par le Séminaire amp-efp – coordonné d’abord par Éric Laurent, puis actuellement par Gil Caroz et Pierre-Gilles Guéguen –, d’autre part, par l’installation du siège de la slp dans un local – qui lui faisait défaut. La présence et l’action de l’efp constituent actuellement un point de référence essentiel pour soutenir et orienter ce mouvement naissant dans la slp.
Pour sa part, l’elp a surpris le Champ freudien avec le Forum sur l’autisme qui a réuni 600 personnes à Barcelone. L’on a bien su profiter de l’impulsion de cet événement. En octobre dernier, l’elp a fait un pas très important avec les Journées de Madrid, qui ont rassemblé 400 participants ; c’était quelque chose de tout à fait inédit dans la période d’inertie que traversait cette École. Mais, nous le savons, les chiffres n’auraient que peu d’importance s’ils n’étaient pas accompagnés de l’implication soutenue de ses membres et, spécialement, par la décision de beaucoup d’entre eux, de se proposer à des fonctions de direction – chose improbable peu de temps auparavant. Le débat suscité autour de la passe que nous évoquions tout à l’heure, ainsi que la nomination de deux nouveaux ae de cette École sont des indices prometteurs d’un mouvement, qui, bien sûr, devra être encouragé et animé pour persister après avoir été mis en branle.
Quant à la nls, elle a tenu son congrès à Genève. À cette occasion, j’ai pu personnellement vérifier le travail intense de cette École étonnante, faite de multiples sociétés et groupes disséminés dans de nombreuses villes et parlant des langues différentes. Cependant, ils partagent chaque fois davantage la même orientation. Ce fut aussi à cette occasion que la feep, lors de son Assemblée générale, a changé de nom pour s’appeler « EuroFédération de psychanalyse ». Au-delà du changement de dénomination, on perçoit le rôle central que l’efp a et aura dans la construction de cette véritable Europe psychanalytique d’orientation lacanienne.
En ce sens, comme le remarque son président actuel, Gil Caroz, la transformation de la feep en EuroFédération de psychanalyse répond à une lecture de la réalité politique concernant la psychanalyse sur un plan « externe » et sur un plan « interne ».
Sur le plan externe, l’existence de l’efp traduit la volonté de donner à la communauté européenne d’orientation lacanienne la consistance nécessaire pour défendre la psychanalyse au niveau européen face à l’idéologie de l’évaluation, à la propagation des tcc et des neurosciences, ou encore face aux attaques législatives à l’encontre de la psychanalyse.
Sur le plan interne, l’efp vise à soutenir le rapport du psychanalyste à son inconscient, avec l’horizon de la passe, comme étant l’essentiel de la formation. D’un autre côté, l’efp s’adresse à aux nouveaux venus qui s’approchent des Écoles européennes à partir de leur engagement politique (les Forums). De cette manière, l’efp a l’ambition de soutenir un nouage paradoxal entre un engagement politique collectif de grande envergure et le principe d’une démassification de l’énonciation.
La préparation active de Pipol 5, qui sera en même temps le premier Congrès européen de psychanalyse, à Bruxelles, et sur laquelle vous êtes très bien informés par les éditions successives de Pipol News, témoigne déjà du dynamisme que l’efp est en train d’acquérir.
Mais il faut souligner que ce dynamisme serait impensable s’il ne comptait pas avec la force de l’ecf qui, depuis novembre 2009, poursuit continûment ses activités, animant ainsi l’ensemble des Écoles d’Europe. Est-il nécessaire de rappeler qu’elle a pu organiser des Journées par deux fois en un laps de trois mois, à Rennes d’abord, à Paris ensuite, rassemblant une véritable multitude, tout en permettant que chacun puisse parler en première personne ?
Avec la Journée sur L’intranquillité du psychanalyste qui nous rassemblera en fin de semaine prochaine, cette École, la première et la plus grande des Écoles de l’amp, inaugure également une série d’actions à venir dans notre champ pour cette nouvelle année Jacques Lacan.
C’est encore l’ecf qui, par l’intermédiaire des paroles de son président, Jean-Daniel Matet, nous oriente sur ce point (cf. le « Communiqué du Conseil du 31 décembre 2010 ») : « Il ne s’agit donc pas d’une perspective historique, car l’orientation lacanienne s’affirme comme une boussole pour le chemin à tracer. Faire de Freud et de Lacan sa cause est à l’opposé de toute commémoration. Il y a une autre manière de se souvenir, comme le fit Lacan pour le centenaire de la naissance de Freud. Non pas tant édifier un monument à la gloire du disparu que mettre à jour ce qui s’est transmis d’un désir à l’œuvre. »
Et en Amérique, où en sommes-nous ? Comme je l’écrivais dans le dernier Journal de l’amp, en l’espace d’un mois, trois Écoles américaines ont tenu leurs Journées annuelles, animées à cette occasion d’un enthousiasme significatif. Ayant assisté aux trois, je peux en faire foi.
Au travers des interventions cliniques et politiques de ses membres, c’est d’abord la nel, qui, célébrant à Bogotá ses dix années d’existence, a attesté d’un certain franchissement augurant une nouvelle étape en tant qu’École.
J’ai travaillé avec le Conseil fédératif et avec le Comité exécutif de la nel pour impulser une plus grande participation des sièges dans la perspective du Un de la nel. La décision d’accorder à son Conseil fédératif une plus grande participation dans la politique de l’École semble annoncer un engagement renouvelé de chaque siège dans la tache collective. Cet engagement reste, de toute manière, à confirmer.
Pour sa part, l’ebp, après des années de désaccords et de difficultés à Sao Paolo, a pu à nouveau organiser sa traditionnelle Rencontre brésilienne du Champ freudien dans cette ville intense et formidable, pôle stratégique pour le développement de l’orientation lacanienne. L’affectio societatis semble avoir trouvé là un nouveau souffle.
Enfin, les 4 et 5 décembre, l’eol a franchi un pas en ouvrant ses Journées aux interventions de non-membres et a ainsi rassemblé 1 100 inscrits. Une atmosphère gaie et détendue, loin de nuire à la rigueur et au sérieux des travaux, les a accompagnés. Il y a eu un consensus entre les collègues : quelque chose de nouveau s’était passé.
Alors, que s’était-il passé ?
Beaucoup s’accordent à reconnaître là un mouvement inédit, une vitalité renouvelée, qui, comme je l’ai évoqué, trouve son origine dans les 38es Journées de l’ecf, et tout spécialement dans la démassification de l’énonciation impulsée par J.-A. Miller. C’est quelque chose qui a allégé et revitalisé les interventions des membres des Écoles, tout en convoquant ses responsables à un dialogue renouvelé au sein de notre communauté de travail. J’entends par là que la tache des mentors, au-delà de sa finalité propre d’orientation et d’écriture des textes, a eu, dans bien des cas, un excellent effet secondaire : contribuer au transfert de travail et stimuler ainsi la consolidation de l’affectio societatis.
Cette perspective féconde sera donc maintenue pour la préparation de la prochaine rencontre enapol qui, en juin prochain à Río de Janeiro, réunira autour des trois Écoles américaines les membres et tous les nouveaux arrivants.
C’est bien sûr une perspective que nous aurons à l’esprit pour la préparation du congrès amp 2012.

Le congrès amp 2012
En mars prochain, débutera le travail qui nous conduira vers Buenos Aires, avec l’ouverture du site internet du congrès, son affiche, les dates et modalités d’inscription, la diffusion des premiers Papers du Comité d’action – Scilicet, qui auront à animer le travail épistémique.
Peu après, les membres du Comité d’action lanceront les activités préparatoires qui se tiendront dans chaque École et selon les particularités de chacune. De même, nous avons déjà invité 124 collègues des différentes Écoles à participer avec un texte dans le volume Scilicet. Les textes sont attendus pour le 31 mars, moment où débutera la tache des commissions de lecture et de traduction, actuellement en cours de constitution. Concernant l’orientation et le contenu des textes, nous avons mis l’accent sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement de spécifier le statut du nouvel ordre symbolique – en fonction de chaque item – mais, fondamentalement, d’en relever les conséquences dans la direction de la cure. C’est aussi pour privilégier cette orientation que la liste thématique des items réunit à la fois des thèmes classiques et d’autres qui sont propres à notre époque.
Tant de choses resteraient à évoquer !…
Vous avez déjà pu apprécier il y a quelques minutes le travail entrepris par notre trésorière, Dominique Miller, pour parvenir à une cohérence d’ensemble des comptes de l’amp, tout en respectant la diversité.
Il resterait aussi à remercier les membres du Conseil de l’amp pour leur travail. En l’espace de neuf mois, avec le soutien des présidents des Écoles, chacun d’eux s’est mobilisé pour l’élaboration de nos perspectives concernant des problématiques majeures : les liens des Écoles avec les universités, les nouvelles législations et les projets de réglementation de la pratique, la situation actuelle de nos Centres de psychanalyse appliquée, et la pertinence, ou non, de la publication papier d’un journal international de l’amp. Au cours du débat qui va suivre, nous pouvons aussi reprendre, si vous le souhaitez, certains de ces thèmes que nous avons abordés dans les réunions du Conseil.
Demain, le Conseil recevra la présidente du Champ freudien, Judith Miller, que nous avons invitée avec Daniel Roy, délégué du l’ efp pour l’Europe de l’Est, pour discuter des perspectives qui s’y dessinent de manière plus précise. De même, Pierre-Gilles Guéguen, membre du Conseil de l’amp que j’ai désigné comme délégué auprès des groupes du Lacanian Compass, nous fera savoir demain où nous en sommes aux usa.
Enfin, last but not least, il resterait à évoquer l’émouvante nouvelle qui nous a saisis il y a peu et qui aura sûrement une grande incidence dans l’amp et l’École Une : l’annonce faite par J.‑A. Miller de l’achèvement de l’établissement des vingt-cinq livres qui composent le Séminaire de Jacques Lacan. Au nom de chaque membre de l’amp, je peux aujourd’hui lui adresser publiquement un grand merci pour le travail qu’il a accompli de manière infatigable durant toutes ces années. Je pense traduire ainsi le sentiment de chacun.

Chers collègues, chers amis de l’amp,
Arrivé à ce point, je n’ai pas pu ne pas me demander : mais est-ce que tout marche si bien que ça dans les Écoles, dans l’amp et dans l’École Une ? est-ce que je ne serais pas en train de me tromper ? C’est lorsque tout semble très calme qu’à un moment… hop ! la surprise se produit et nous savons qu’il faut se méfier de l’eau qui dort.
De toute manière, je crois que, davantage que calmes, c’est-à-dire endormies, les eaux de l’amp et de l’École Une sont actuellement animées d’un mouvement certain. Mais, comme je vous le disais, la persistance de ce mouvement, de cet élan, dépend évidemment de la décision et de l’implication de chacun des membres de l’amp, c’est-à-dire de chacun d’entre nous. De l’invention de chacun de nous.
C’est pour cela que je vous invite, que je vous demande de me faire part à n’importe quel moment de tout ce qui, selon vous, serait susceptible d’affecter ce mouvement, et même que vous commenciez dès à présent, pendant le débat.
Je voudrais aussi entendre vos avis sur certains points qui, d’après moi, restent encore à améliorer. Pour ce faire, nous avons parlé avec Mauricio Tarrab, secrétaire de l’amp et responsable du site internet, de la nécessité de l’actualiser et de le repenser. Mauricio a d’ores et déjà procédé à certains changements et continuera de s’y atteler dès février. Nous aimerions avoir votre avis à ce sujet.
De même, j’ai discuté avec Manuel Fernández Blanco et Oscar Ventura, collègues qui m’accompagnent dans la rédaction du Journal de l’amp, à propos duquel j’ai perçu comme une difficulté : une faible résonance des deux premiers numéros. Cela pourrait s’expliquer par le fait que, lorsque les membres de l’amp sont investis dans les activités de leur École, ce qui dépasse le niveau local leur devient plus lointain. Quoique sans doute partiellement exacte, cette explication me semble insuffisante. Peut-être certains d’entre vous pourront-ils, au cours du débat, nous donner leur opinion à ce propos ?

Chers collègues, je soumets donc à votre approbation ce rapport moral sur l’amp et ce que nous avons entrepris pendant ces neuf premiers mois d’exercice. Merci beaucoup de votre attention. Vous avez la parole.

Leonardo Gorostiza, Paris, le 29 janvier 2011.

 

Traductor frances: Marie-Hélène Blancard, Pascale Fari, Ricardo Schabelman