Rapport moral et de gestion du Président de l’AMP
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Chers Collègues, chers Amis de l'AMP
Cela fait maintenant deux ans que j'ai eu l'honneur et la responsabilité d'assumer la présidence de notre association. Il s'agit aujourd'hui de jeter un regard rétrospectif sur notre gestion et de tenter de situer en quoi l'AMP a contribué au développement des politiques de ses Écoles, l'AMP n'étant pas seulement constituée de ses Écoles, mais pour elles, en tant qu'elles lui donnent corps. C'est pour cette raison, qu'en tant que Président de l'AMP, j'ai essayé d'être le plus présent possible dans chacune d'entre elles. Non seulement par le contact – parfois presque quotidien grâce aux moyens électroniques – avec chaque Président des sept Écoles, mais aussi en voyageant fréquemment et en participant, dans la mesure du possible, aux évènements essentiels de chacune d'elles. Cette présence proche a été, au moins pour moi, d'une grande importance, parce qu'elle a permis – si je peux le dire ainsi – de percevoir comment chaque École vivait, palpitait, de telle sorte qu'au-delà du partage d'une même orientation, chaque moment est toujours particulier et change sans cesse. Cette modalité de gestion, que je peux simplement appelé ainsi, « de proximité », est quelque chose que j'espère maintenir si, comme je le proposerai au nouveau Conseil de l'AMP qui sortira d'ici, après l'approbation des conseillers proposés par les Écoles, je suis réélu pour un nouveau mandat de deux ans. Mais pour que cela soit possible, il faudra indubitablement l'accord du nouveau Conseil, et fondamentalement l'approbation par cette Assemblée, par son vote, du rapport que je vais vous présenter.

Le Conseil de l'AMP
Comme je l'ai dit il y a deux ans, lors de l'Assemblée générale 2010 et comme je l'ai rappelé lors de l'AG 2011, la structure institutionnelle de l'AMP en accord avec les statuts approuvés en 2008, qui éleva à seize le nombre des conseillers, présente certaines difficultés. En particuliers celle d'être une structure « lourde» pour répondre rapidement aux situations contingentes. Comme parade, j'ai proposé qu'on se saisisse de cette opportunité pour transformer cette difficulté : en créant chaque fois des responsabilités bien définies pour chaque conseiller. Quelque chose comme une mission spécifique en fonction des circonstances. Cela a été mis en place au cours de la première année. J'ai demandé à différents conseillers de réaliser un rapport précis sur des thèmes d'intérêt politique pour l'AMP : les nouveautés concernant les législations et les tentatives de régulation des pratiques psy, sur les relations entre les Écoles et les Universités, sur l'état actuel de nos Centres de consultation et de traitement. Cette information de valeur, en partie versée de manière résumée au dossier de travail des réunions du Conseil de janvier 2011, nous donna un panorama qui ne fit que confirmer ce à quoi nous assistions aujourd'hui et de manière chaque fois plus franche : un pousse à la réglementation et des attaques contre la psychanalyse qui revêtent une virulence particulière en Europe et qui s'esquissent en Amérique. Les exposés des Présidents des Écoles que nous avons entendus aujourd'hui en apportent la preuve. Autre nouveauté que nous avons introduite dans le Conseil a été la création d'un Bureau élargi. Comme vous le savez, le Bureau est composé du Président, du Secrétaire et du Trésorier. Alors que le Bureau élargi, qui n'est pas une forme statutaire, inclut en plus des membres du Bureau, le Secrétaire aux homologations, celui de la Passe et celui de la Garantie. Ainsi le noyau dur peut travailler dans les trois dimensions de l'École-Une : admissions, garantie et passe. Cette modalité de fonctionnement s'est montrée fort utile, associée à la décision d'élargir sur une journée les réunions annuelles du Conseil; elle a permis un travail minutieux sur les homologations. Je pourrai éclairer ce point durant le débat. Je vais aborder maintenant le deuxième point qui concerne précisément ce que nous a apporté la modification des statuts en 2008, avec cette conséquence sur la structure institutionnelle de l'AMP qui inclut la nécessité de réaliser une Assemblée générale annuelle (question à réviser). Je fais référence à l'objectif d'obtenir la reconnaissance de l'AMP comme ONG devant l'ONU.

L'outil ONG
Les démarches pour parvenir à cet objectif, fermement initiées par Eric Laurent pendant sa présidence de l'AMP, ont produit leurs fruits grâce au travail du Président de l'EFP, notre collègue Gil Caroz, qui ne recula pas devant les innombrables tracasseries bureaucratiques à surmonter pour faire aboutir notre demande. Il a défini lui-même cette situation d'ONG comme un outil. C'est dire s'il s'agit de savoir s'en servir. S'en servir, par exemple, pour que la voix de la psychanalyse d'Orientation lacanienne soit encore meilleure et plus écoutée dans les débats publics face à la montée de l'idéologie du chiffre et de l'évaluation. Ainsi le 1er août 2011, nous avons reçu, du Conseil Economique et Social de l'ONU (ESOSOC), la notification qui attribue à l'AMP le statut de Consultant spécial (Special Consultative Status). Qu'est-ce que cela signifie ? Bien que ce statut ne nous permette pas de proposer des points à l'ordre du jour des réunions de l'ECOSOC, ni à parler pendant ces réunions, il nous permet de participer à certaines réunions – toutefois sans droit de vote- et à faire circuler de brèves déclarations écrites, ainsi qu'à prendre la parole et à faire circuler des déclarations plus longues dans ce qui s'appellent les réunions des corps auxiliaires. Gil Caroz pourra, pendant la conversation, développer ces questions. Avant de conclure ce point, ce que je voulais vous transmettre c'est que dans ce laps de temps nous avons pu vérifier qu'en réalité il n'était pas nécessaire d'avoir une modalité statutaire comme celle que nous avions adoptée pour obtenir cette reconnaissance de l'ONU. Cette disposition statutaire correspond à celle qui est exigible en France pour obtenir la Reconnaissance d'Utilité Publique. Si nous n'en faisons pas un de nos prochains objectifs et que nous décidons de ne pas demander l'obtention de cette reconnaissance, alors il faudra étudier la possibilité d'une nouvelle réforme des statuts qui en revienne à doter l'AMP d'une structure à la fois plus flexible et plus légère. Ceci étant dit, passons aux actions qui nous importent plus encore et qui constituent le fondement même de l'AMP et de l'École-Une. Voyons à quel point nous en sommes après ces années de gestion. En premier lieu : la Passe.

La Passe
Un grand élan continue d'animer la Passe. Plusieurs nominations ont été effectuées par les Cartels. Ceci fait qu'actuellement les AE de l'École-Une sont (nous sommes) dix-neuf. Parmi ceux-ci, onze ont été nommés après le Congrès d'avril 2010 et nous avons entendu huit de leurs témoignages durant ce congrès. Dimanche dernier, au siège de l'EOL, nous avons convoqué une Conversation sur la Passe dans l'École-Une. Je crois que nous pouvons affirmer que ces avancées favorisent le réveil et le développement d'une communauté de la Passe dans le cadre de l'École-Une. Ainsi en l'espace de deux années plusieurs nouveautés concernant le dispositif de la Passe ont eu lieu dans différentes Écoles. Deux Écoles d'Amérique, l'EOL et l'EBP, ont adopté de nouveaux règlements de la Passe. Pour ma part, j'ai travaillé étroitement – en qualité d'extime – avec le Conseil de l'EBP et son Secrétariat de la Passe, pour la rédaction et l'approbation du nouveau règlement, ainsi que pour la désignation et la confection de la liste des passeurs. Pour le règlement de l'EBP, comme pour celui de l'EOL, un trait se détache. Le pari décidé pour que la composition de cette liste provienne fondamentalement de ce que la Passe elle-même produit. C'est à dire, le plus grand nombre possible d'AE ou de ex-AE, ou bien de quelques ex-passeurs. Ceci produit, dans l'ensemble des communautés de ces Écoles une confiance significative, élément central pour la mise en marche et la continuité du dispositif. La même chose peut être dite de l'importante nouveauté survenue en novembre de l'année passée pendant les Journées de l'ELP à Zaragosse : un nouveau Règlement de la Passe a été adopté par le Conseil de l'ELP et approuvé par l'Assemblée de cette École. Ainsi, le nouveau Cartel de la Passe de l'ELP a pu fonctionner. De son côté, l'ECF, a inauguré pendant cette période un nouveau fonctionnement du dispositif. Les deux Cartels ont fusionné en une seule Commission de la Passe, qui a inclus la coordinatrice du Secrétariat de la Passe en son sein, dès lors Plus-un de la Commission. Pendant la Conversation qui s'est déroulée dimanche dernier à l'EOL, nous avons abordé en profondeur les raisons et les conséquences de cette nouveauté. De cette manière, on peut constater que nous sommes dans un temps où les règlements sont divers, selon les lieux et qu'ils ne sont pas éternels. C'est à dire qu'ils peuvent varier selon les lieux et le moment que traverse chaque École et l'École-Une. Ce trait, plus affine à la contingence, mérite d'être détaché comme un indice de ce que – comme l'a signalé Jacques-Alain Miller- l'important n'est pas le règlement en lui-même mais le fait qu'il y ait une communauté de la Passe pour l'animer. L'École-Une a de ce fait des dispositifs qui fonctionnent dans quatre École (ECF, EOL, EBP et ELP), et reçoivent aussi des demandes de membres des autres Écoles à travers le Secrétariat de la Passe de l'AMP. Ceci représente – comme l'a signalé Laure Naveau – une mobilisation importante des membres et de l'esprit de la Passe dans chacune des Écoles et dans l'École-Une. Dans chaque cas, c'est le plus précieux de l'expérience d'une analyse qui est ainsi recueillie. Cette modalité permet de savoir « comment on devient psychanalyste au XXI° siècle », et la manière dont se pratique la psychanalyse au cas par cas. Nous pouvons conclure que la Passe, non seulement dans les Écoles, mais aussi de manière claire dans l'Ecole-Une, jouit en ce moment d'une grande vitalité. Mauricio Tarrab l'a qualifiée, pendant la Conversation de dimanche dernier à l'EOL de « printemps de la Passe ». L'expérience de la Passe se révèle ainsi capable de traverser les différences des langues et des localismes. Pour cela même, en janvier de l'année passée à l'ECF, j'ai proposé de réaliser une soirée AMP dédiée à la Passe et en particulier à ce trait si spécifique de l'École-Une : son caractère translinguistique. Nous avons conversé à cette occasion autour de « La Passe et les langues dans l'École-Une ». Les textes de cette réunion, qui ont eu une grande résonnance à l'ECF, ont été postés sur le site de l'AMP. En relation à ce point, c'est à dire de ce qui est disponible en ligne concernant la Passe, nous avons pris une décision : les témoignages des AE sont mis en ligne après un certain temps et dans l'espace réservé aux membres. Il nous est apparu que de les mettre en ligne trop rapidement et en accès à tous les « navigateurs » paraîtrait une incongruité au regard de l'interprétation faite par Jacques-Alain Miller durant la dernière Grande Conversation de l'École-Une à Paris sur le risque de fabriquer un Mc Donald's de la Passe. La publication des témoignages sous forme papier est ainsi privilégiée, alors que sa publication en ligne est seulement différée. Enfin, je voudrais publiquement remercier Laure Naveau, Secrétaire de la Passe de l'AMP pendant ces deux années et qui aujourd'hui quitte le Conseil, auprès de laquelle j'ai toujours rencontré un soutien et un travail décidé pour que ce qu'avait à traiter l'AMP du plus agalmatique de nos Écoles le soit avec le plus grand soin.

La garantie
Comme vous vous en souvenez, lors du discours de l'Assemblée d'avril 2010, j'ai proposé la création, au sein du Conseil de l'AMP, d'un Secrétariat de la Garantie avec un premier objectif spécifique : établir une première mise à jour de cette question dans le cadre de l'AMP. Il s'agit d'un thème qui a toujours une certaine opacité que j'entends comme liée à la fonction et à la pertinence du titre d'AME dans notre communauté et dans notre époque. Ainsi, comme je l'ai anticipé lors de l'Assemblée de l'année passée à Paris, le temps était venu d'introduire une permutation dans la Commission de la Garantie AMP-Amérique, qui était en fonction depuis 2006. Au début ce cette année, et après que cette dite Commission eut effectué ces dernières désignations en juin 2011 pendant ENAPOL, les permutations ont été introduites. Au même moment, nous avons décidé d'une reformulation du Secrétariat Européen de la Garantie (SEG) qui – comme transmis dans un récent communiqué — aura maintenant la mission d'étudier les possibles nominations et de délivrer le titre d'AME dans le cadre de l'ELP, la SLP et la NLS. La commission de la Garantie de l'ECF continue, comme aujourd'hui, à délivrer le titre dans le cadre de cette École. Ces deux changements, la permutation de la Commission AMP-Amérique et le nouveau SEG seront en vigueur jusqu'en 2014, moment où il faudra reconsidérer les deux dispositifs et leur composition. Par ailleurs, non obstant l'information qui en a été faite l'année passée, quoique les deux Commissions de la Garantie de l'ECF et de l'EOL aient décidé de reprendre la parole en public, c'est à dire de reprendre un travail d'enseignement, nous devons dire que cela n'a pas eu une portée suffisante. L'ECF n'a tenu qu'une seule activité en 2011 et l'EOL aucune. Il a là quelque chose à interpréter, à élucider. A partir des rapports rédigés par Philippe La Sagna, Secrétaire de la Garantie AMP, nous pouvons détacher deux axes de la question. Le premier, c'est la valeur et la fonction que revêt le titre d'AME dans la place attendue de la psychanalyse dans la société. Le second, ne pas oublier qu'il y a une articulation entre la Passe et les AME, car il leur revient de désigner les passeurs. Pendant ce congrès, nous avons tenu une réunion des membres de la nouvelle Commission américaine de la Garantie et du SEG pour permettre un échange sur la portée et la valeur du titre d'AME à notre époque, ainsi que sur la pertinence de poursuivre le questionnement et d'impulser un enseignement des Commissions.

Les homologations
Durant ces deux années, prenant en considération les homologations que chaque École a fait parvenir au Conseil de l'AMP, nous avons pu vérifier à travers les dispositifs mis en oeuvre par les Conseils des Écoles, qu'au delà du choix du moment le plus opportun pour les entretiens d'admission, ceux-ci étaient fondamentalement orientés par l'examen de la position subjective du postulant, sa relation à l'inconscient, et surtout – ceci est fondamental – ses motifs qui du coeur même de l'expérience analytique ont précipité la décision de demander l'entrée à l'École. Il s'agit aussi d'explorer ce que chaque candidat peut apporter à l'École tant du point de vue libidinal que politique et épistémique. Maintenir l'exigence analytique dans les homologations signifie aussi de ne rien céder sur les exigences de formation. De plus, être admis dans une École et à l'AMP implique d'avoir vérifier la disposition du postulant à dépasser la dimension locale pour s'impliquer dans la communauté analytique dans sa dimension nationale, et dans la mesure du possible, internationale. En général, au cours de ces deux années, nous avons été rencontré dans les propositions faites par les différentes Écoles des fondements clairs et argumentés. Ceci nous a permis de prendre les décisions qui respectent l'exigence analytique en considérant chaque cas dans sa singularité, au-delà de la pris en compte des pourcentages nécessaires à maintenir l'équilibre des Écoles à l'intérieur de l'AMP. En général, la proportion du nombre des propositions d'admission entre les Écoles est apparue satisfaisante. Il n'y a eu ni excès, ni pénurie. Quant aux modalités des procédures mises en oeuvre dans chaque École, durant cette dernière année, une réflexion a été suscitée à propos de l'information diffusée par certains Conseils pour orienter les demandes, ainsi que les réponses données aux postulants qui n'ont pas été proposés à l'homologation ou qui n'ont pas été homologués. Le Conseil a conclu sur l'importance de ce que l'orientation des demandes ne devait pas annuler une certaine opacité (je souligne « certaine » opacité) autour de ce que l'École « attend », afin que le postulant puisse articuler sa demande de manière singulière. Il a aussi conclu sur le fait que les réponses aux demandes d'entrée ne doivent pas se confondre avec les exigences de la procédure de la passe, ce qui n'implique pas qu'il ne puisse y avoir de réponse. Je veux remercier les Conseils des Écoles du soin avec lequel, au cours de ces deux années, ils ont présenté leurs rapports, favorisant et facilitant en cela le travail du Conseil de l'AMP, et permettant de mettre l'accent sur la singularité de chaque demande. De même, l'augmentation du temps d'examen des propositions par le Bureau élargi a été fondamentale pour pouvoir débattre ensuite avec l'ensemble du Conseil de chacune d'entre elles de manière argumentée. Comme fait notable, concernant les dernières propositions d'homologation des différentes Écoles, nous avons pu constater un certain abaissement de l'âge des postulants par rapport aux années antérieures et une présence plus significative, en particulier cette fois (2012) de médecins psychiatres dans les propositions de l'EOL. Pour terminer, je veux remercier spécialement Xavier Esqué, qui quitte le Conseil, pour le travail rigoureux et soigneux sur la préparation des propositions et pour leur étude détaillée durant ces deux années. Il a su poursuivre ainsi l'énorme travail commencé plusieurs années auparavant par Jesus Santiago.

Les Écoles
Nous avons entendu les Présidents des Écoles. Chacun a su bien transmettre les axes centraux de la politique de chacune d'entre elles et leur point de rencontre. Je ne vais pas reprendre ce que chacun a très bien dit. Je détacherais seulement quelques points. Pour ce qui concerne l'Europe, il apparaît clairement que la psychanalyse subit les attaques probablement les plus violentes de son histoire. Particulièrement en France, mais pas moins en Belgique, Espagne, Italie et Suisse, où on peut observer des manoeuvres réitérées, qui d'une manière ou d'une autre, tentent d'éteindre la flamme de l'invention freudienne. Ce qu'a dit Jean-Daniel Matet il y a quelques minutes en montre l'impact. Les ruses légales qui cherchent à exclure la psychanalyse comme traitement des autistes, la réalisation d'un film, qui, sur le même thème, vise de manière malintentionnée à ridiculiser notre pratique. Mais la réponse de l'ECF, animée par la lecture attentive que Jacques-Alain Miller fait des mouvements discursifs de l'époque, sachant transformer chacune de ces contingences en opportunités pour l'affirmation du discours analytique, a été forte et rapide. Je crois que les autres Écoles vont apprendre peu à peu de cette exemple, ce qui n'indique pas pour autant qu'il faille le copier. Si de toute évidence, en Europe les Écoles partagent une même problématique, il n'en est pas ainsi pour les Écoles d'Amérique ou pour la NLS, faites de langues et de géographies si différentes. Par exemple, la formule Forum qui s'est révélée si efficace pour l'ECF, l'ELP et la SLP, ne peut être automatiquement transférée aux Écoles américaines. Ceci implique que ces Écoles inventent d'autres dispositifs ou d'autres formes que les Forum, qui leur soient propres, dans la mesure où les attaques que nous voyons monter en Europe ne tarderons pas, sous d'autres visages, à s'insinuer aussi sur ce continent. Mais pour que cette action décidée et indispensable face à ce qui se produit « en dehors du cabinet de consultation » ne nous conduise pas à perdre le cap du discours analytique, cela nécessite que chaque École redouble de préoccupation et d'attention pour la psychanalyse dite pure. Sur ce point, ce que j'ai été amené à dire précédemment sur l'état de la Passe dans les Écoles de l'AMP est crucial. Mais pour les Écoles tout n'est pas la passe. Il y a d'autres objectifs qui touchent à ce que nous appelons la « formation analytique » qu'il est important de soutenir et de préserver, ainsi que l'affectio societatis, lien libidinal fondamental pour soutenir et fortifier tout autant le « Forum » que la « Passe », qui doivent être indissolublement articulés. Si nous prenons l'exemple de l'ELP, cette École surprit le Champ freudien en juin 2010 avec le Forum sur l'autisme qui rassembla 600 personnes à Barcelone. L'impulsion donnée par ce rassemblement fut confirmée en octobre de la même année, aux Journées de Madrid, où l'ELP franchit un pas très important en dépassant les 400 participants, quelque chose d'inédit dans ce moment d'inertie de cette École. Cette poussée, non seulement s'est maintenue l'année passée, mais – comme je l'avais anticipé – pour les Journées de Zaragosse qui comptèrent le même nombre de participants, le nouveau règlement de la passe fut adopté, ce qui a relancé l'élan de l'ELP. Comme l'a signalé sa Présidente, Carmen Cuñat, la création d'un « Cabinet de presse » - j'ai pu le constaté sur place – a permis que l'ELP et la psychanalyse d'Orientation lacanienne se fassent plus entendre dans un milieu social historiquement réticent à la psychanalyse. Actuellement, un nouveau Forum est en marche. De son côté, la SLP donne des signes de décélération de la tendance centrifuge qui, jusqu'à peu, provoquait la dispersion de la libido dans les activités locales, au détriment d'un mouvement de centralisation sur l'École et sur l'AMP. Le Séminaire AMP-EFP, coordonné par Éric Laurent et ensuite par Gil Caroz et Pierre-Gilles Guéguen, tout comme la mise en fonctionnement d'un nouveau siège central ont favorisé le départ d'un mouvement centripète vers l'Un de la Scuola. Au mois de février passé, j'ai pu voyager pour la première fois à la Scuola. J'ai pu ainsi partager avec les collègues de la SLP qui vinrent à Milan, non obstant l'hiver rigoureux et la tempête de « neige sibérienne » qui balayaient l'Italie à ce moment-là, une excellente Conversation clinique et nous avons pu échanger en profondeur sur la possibilité d'instaurer, peu de temps après, un dispositif de la passe propre à la Scuola. Là encore, dans une École où l'initiative du Forum a ouvert la possibilité d'un dialogue avec des intellectuels d'autres disciplines, la sortant d'un ostracisme des localismes, l'horizon de la Passe doit s'affirmer. Mais à son heure, sans forçage. Finalement, la NLS. Elle aussi pendant ces deux années a tenu ses Congrès. Le premier à Genève en 2010, puis à Londres en 2011. J'ai pu personnellement assister, dans les deux congrès, au travail intense de cette École étonnante – bien décrite, il y a quelques minutes, par sa Présidente Anne Lysy – faite de multiples Sociétés et Groupes établis dans de nombreuses villes avec des langues différentes. Là encore, j'ai pu vérifier, malgré cette grande hétérogénéité, que ses groupes et ses membres partageaient, chaque fois, la même orientation. Le prochain Congrès de la NLS, en juin à Tel Aviv, nous réunira à nouveau. Je voudrais signaler ici le rôle central qu'occupe déjà, et qui ira se développant, l'EFP dans la construction d'une véritable Europe psychanalytique d'Orientation lacanienne. Dans ce sens, comme l'a signalé son actuel Président Gil Caroz, l'EFP répond à une lecture de la réalité politique concernant la psychanalyse sur un plan « externe » et « interne ». Sur le plan externe, l'EFP traduit la volonté de doter la communauté européenne d'Orientation lacanienne d'une consistance nécessaire à la défense de la psychanalyse au niveau européen face à l'idéologie de l'évaluation, la propagation des TCC et des neurosciences, ainsi qu'à contrer les initiatives législatives qui attaquent la psychanalyse. Sur le plan interne, elle vise à soutenir la relation du psychanalyste à son inconscient, avec l'horizon de la Passe comme perspective essentielle de la formation. D'autre part, l'EFP s'adresse aux « nouveaux venus » qui s'approchent des Écoles européennes à partir de son engagement politique (les Forum). De cette manière, l'EFP soutient l'ambition d'un nouage paradoxal entre un engagement politique collectif de grande envergure et le principe d'une « dé-massification de l'énonciation ». Le succès de Pipol V, qui fut le premier Congrès européen de Psychanalyse, l'an passé à Bruxelles, indique son dynamisme et l'importance qu'est en train d'acquérir l'EFP. Il y a de plus un autre aspect lié à la NLS et auquel l'EFP contribue. Je fais référence à l'ouverture à l'Europe de l'est, distinguée par Judith Miller, Présidente du Champ freudien, dans son intervention. C'est grâce à son impulsion, et plus récemment à la présence de Jacques-Alain Miller à Moscou, que petit à petit - pas à pas – la reconquête du Champ freudien se consolide dans ces latitudes. Le Conseil de l'AMP s'est montré sensible à cette élan et nous avons décidé de lui apporter notre appui. En janvier 2011, comme en 2012, nous avons invité Judith Miller et les nouveaux membres du Secrétariat pour l'Europe de l'Est pour qu'ils nous informent de leur travail. Ces échanges ont appelé des décisions du Conseil. Premièrement l'ouverture sur le site de l'AMP de ce que Mauricio Tarrab a proposé d'appeler « Une fenêtre sur l'Europe de l'Est », lieu de connexion des activités que développent les groupes du Champ freudien. Deuxièmement, en octroyant au cours de cette année 2012 un crédit de 10 000 euros pour contribuer à l'approfondissement de la formation analytique des praticiens de cette ère géographique. C'est une tâche que l'AMP poursuivra en privilégiant son soutien au cours de la gestion prochaine. Une autre dimension d'importance liée à la NLS est constituée par le travail qui se déroule aux USA. Pour établir une connexion plus fluide entre les groupes qui existent là-bas, j'ai désigné un de nos conseiller, précisément Pierre-Gilles Guéguen, comme Délégué du Conseil de l'AMP aux USA. Par son entremise, deux faits saillants se sont produit. Le premier qui a permis aux trois groupes existants de se réunir sous un signifiant commun, celui de publication électronique qui maintenant fonctionne : Lacanian Compass. Ses activités, qui sont maintenant accessibles à travers Video Seminars et les Clinical Study days, se sont maintenues et consolidées. Un changement sensible a été introduit par une activité conjointe entre l'Université de Paris 8 et l'Université Populaire Jacques Lacan qui, en relation avec l'espace universitaire des USA, a permis de donner lieu au premier PULSE (Paris-USA Lacan Seminar) qui s'est tenu à New York fin 2011. C'est une voie qu'il faudra approfondir et à laquelle l'AMP va apporter tout son soutien. Toutefois, malgré le succès de cette première initiative, nous ne pouvons pas méconnaître la réticence de la culture nord-américaine à l'entrée des conséquences cliniques de l'enseignement de Lacan. Cette constatation nous a conduit finalement à renoncer à mettre en marche une idée que beaucoup d'entre vous connaissent. Nous avons décidé de ne pas réaliser ce qui devait être le IX° Congrès de l'AMP à New York l'année prochaine. Il nous est apparu, et de cela nous avons parlé avec Jacques-Alain Miller, que cela n'aurait pas de sens de convoquer une sorte de Congrès comme celui de Comandatuba, cette fois dans l'ile de Manhattan. Nous pouvons le faire, l'expérience et les moyens ne manquent pas, mais… ? Quelle résonnance pourrait avoir une telle manifestation bien en dehors de notre espace ? Il faut se rendre à l'évidence. La psychanalyse d'Orientation lacanienne se propage fondamentalement au travers des langues latines. Si nous ne devons pas arrêter nos efforts pour développer notre présence dans la langue anglaise, dans l'immédiat, la possibilité d'installer une enclave aux USA passe plutôt par l'espagnol, ou bien par le spanglish, qui ne cesse pas de se développer. D'où la décision que nous avons annoncée dans le Communiqué des réunions du Conseil de réaliser l'année prochaine, non pas un Congrès, mais un Colloque d'Orientation lacanienne à Miami. Nous devons encore y travailler. Pour ces raisons, le prochain Congrès de l'AMP aura lieu à nouveau à Paris, du 14 au 18 avril 2014. Le Directeur du IX° Congrès a été désigné. Ce sera notre collègue, AE en exercice de l'ELP et de l'ECF, Guy Briole. Et en Amérique latine, où en sommes-nous ? L'EOL poursuit sérieusement, avec force, en soutenant son travail. Entre autres, trois faits se détachent sur cette période. En premier, la modification de ses statuts l'année dernière, qui a introduit la possibilité d'un renouvellement plus rapide des entrants au Conseil et une meilleure articulation avec le Directoire de l'École. Ceci touche à quelque chose qui est dans l'esprit de l'EOL et qui peu à peu prend corps : donner l'occasion d'un authentique renouvellement générationnel où l'efficacité dans la gestion ne s'oppose pas au maintien d'une exigence de la formation analytique. Il s'agit de quelque chose d'indispensable, non seulement pour l'EOL, mais aussi pour toutes les Écoles de l'AMP. Deuxièmement, la réalisation d'une Conversation où tous les membres ont été appelés à prendre la parole pour dire où en est la formation analytique à l'EOL, après vingt ans d'existence. Troisièmement, une décision de son Conseil de se tenir bien informé de la portée de la nouvelle loi de santé mentale en Argentine, de son importance pour la pratique analytique et de la possibilité et opportunité d'influer sur la rédaction de sa réglementation, et de quelle manière. C'est un travail en cours qui chemine ces jours-ci. Comme vous le voyez, l'achat et la reconfiguration du nouveau siège de l'EOL, ne détourne pas l'attention de ses instances et de ses membres de ce que doivent être les objectifs centraux d'une École. La puissance de ses dernières Journées sur la Praxis lacanienne, le démontre aussi. De son côté l'EBP, comme je l'ai signalé lors de l'Assemblée de l'année dernière, après des années de rendez-vous manqués et de difficultés à Sao Paulo, a pu réaliser sa traditionnelle Rencontre Brésilienne du Champ freudien, à nouveau dans cette ville intense et formidable, pole stratégique pour le développement de l'Orientation lacanienne. L'affectio societatis de l'EBP semble avoir trouver ici un nouvel élan. C'est quelque chose qui se maintient et je considère que cela marque l'entrée dans une nouvelle étape pour l'EBP et qui n'est pas étranger au fait que 145 membres de l'EBP aient assisté à ce Congrès, un chiffre notable si nous prenons en compte le nombre de 191 membres de cette École. De plus, l'EBP est aussi une des Écoles américaines des plus sensibles à se qui se passe en dehors de ses frontières. J'ai pu vérifier de quelle manière elle s'est mobilisée à l'appel que nous avons fait pour la libération de Rafah Nached impulsé par Jacques-Alain Miller. Les interventions dans la cité sur l'usage des drogues et la violence sont parmi les axes – comme l'a signalé sa Présidente sortante, Ana-Lydia Santiago – que l'EBP se propose d'aborder prochainement. Enfin, la NEL, qui, à partir de ses Journées à Bogota où furent célébrées les dix ans de son existence, a effectivement rendu compte, tant dans ses Journées que dans son Congrès et dans son Assemblée, d'un certain franchissement. Comme je l'ai dit lors de la dernière Assemblée à Paris, j'ai travaillé avec le Comité exécutif de la NEL pour impulser une meilleure participation des sièges dans la perspective du Un de la NEL. Est venu ainsi la décision d'attribuer au Conseil Fédéral une plus grande participation dans la politique de l'École. Grâce au travail infatigable de sa Présidente Piedad Spurier des réunions se sont succédées via webex entre le Conseil et les Directeurs des différents sièges et la Présidente. Je comprends qu'il s'agit là d'une modalité qui devra se maintenir et s'approfondir dans le futur, parce qu'elle contribue précisément à obtenir ce qui est si difficile dans une École faite de sièges géographiquement dispersés : le sentiment de faire partie d'une même communauté. De plus, un élan vers la préoccupation centrale de cette École peut commencer à s'entrevoir : l'accent renforcé sur la formation de ses membres par la valeur et le relief donné à la fonction du contrôle et le soin dans la construction des cas cliniques. Un autre fait à détacher dans l'espace de la NEL est ce qui s'est produit dans le siège si important et historique de Caracas. Je fais référence à ce que je crois et souhaite comprendre comme un authentique rapprochement entre les membres des deux Associations existantes sur place, dont l'éloignement pendant dix ans touche à sa fin. La perception de la dimension entropique de cette distance, si longtemps maintenue, est maintenant la condition qui rend possible un pas qui sera fondamental non seulement pour Caracas mais aussi pour l'ensemble de la NEL. Il reste à mentionner, en Amérique, la récente création de la FAPOL, Fédération Américaine de Psychanalyse d'Orientation lacanienne. Comme nous l'avons signalé dans notre dernier Communiqué, cette Fédération recueille ce qu'était jusqu'à cette date le Conseil AMP-Amérique. Ainsi son Conseil est maintenant ainsi composé : le Président de la FAPOL, les Présidents et Directeurs de chacune des Écoles d'Amérique, et le Président de l'AMP. Elisa Alvarenga, jusqu'à lors Présidente du Conseil AMP-Amérique, poursuivra jusqu'en 2014 comme Présidente de la FAPOL. Ces jours-ci nous avons tenu une réunion du Conseil FAPOL, où nous avons travaillé à la préparation de ENAPOL 6 qui aura lieu à Buenos Aires, l'année prochaine. De même, le Conseil AMP a décidé, compte tenu de l'importance de maintenir un lien étroit tant avec l'EuroFédération (EFP) qu'avec la Fédération américaine (FAPOL), que les Présidents de chacune de ces Fédérations seront « invités » permanents aux réunions du Conseil AMP pendant la durée de leur mandat. De cette manière, notre collègue Gil Caroz, qui sort aujourd'hui du Conseil, en sa qualité de Président de l'EFP continuera à travailler jusqu'en 2013 avec le Conseil et à nous aider dans cette tâche difficile pour maintenir une bonne interlocution avec les instances de l'ONU.

VIII° Congrès
Evidemment, je ne vais pas m'étendre sur le VIII° Congrès qui vient de s'achever. Je dois seulement remercier en premier le Comité d'action Scilicet de l'École-Une pour son travail accompli, ses membres qui ont su animer le travail de chaque École jusqu'à ce Congrès de l'AMP. Chacun d'entre eux, selon les particularités de leurs Écoles. Mes remerciements donc à Susana Amado (EOL), François Ansermet (NLS), Doménico Consenza (SLP), Juan Fernando Pérez (NEL), Antoni Vicens (ELP), Rose-Paule Vinciguerra (ECF) et bien sur Angelina Harari (EBP) qui a su coordonner et animer l'édition des Papers, auxquels ont participé, en plus des membres du Comité d'action, des collègues des différentes Écoles. Remerciements aussi à Marta Davidovich, responsable de l'édition de Papers, qui a su trouver la bonne maquette et la rapidité que suppose une publication virtuelle multilingue où les traducteurs sont une pièce maitresse. Ensuite, une fois de plus je veux remercier sa Directrice Flory Kruger et sa Commission d'organisation, ainsi que tous ceux qui d'une quelconque manière ont collaboré avec elles, pour l'excellent travail et le dévouement qui les ont accompagnées. Il vous restera ensuite à donner votre opinion et vos suggestions. Sur ce qui a bien marché, et sur ce qui ne l'a pas été, mais toujours sur ce qu'il faudrait modifier en pensant au prochain Congrès. De même, étant donné l'importance du travail accompli ces jours-ci, j'ai décidé de promouvoir une publication papier qui recueillera toutes les plénières de ce Congrès. C'est à dire, une publication de l'AMP dans différentes langues, sur le mode des Actes du Congrès, qui permettra de recueillir et de diffuser la richesse de ce qui a été présenté. Quant aux chiffres, le nombre total des membres de l'AMP qui ont assisté au Congrès a été de 746, décliné de cette manière selon les Écoles : EBP 145, ECF 81, ELP 43, EOL 388, NEL 64, NLS 9, SLP 19. J'en viens maintenant au dernier point que je voulais vous transmettre aujourd'hui. Je fais référence à l'incidence de la Psychanalyse, de notre position, sur la politique. Je veux ainsi vous donner ma perspective.

La Psychanalyse et la politique
Cela a déjà été dit, nous le savons bien, l'année dernière a été marquée par le trentième anniversaire de la mort de Jacques Lacan. Dans toutes les Écoles de l'AMP, chacune à sa manière, nous avons suivi une même orientation : que la commémoration ne consisterait pas – comme l'a signalé opportunément Jean-Daniel Matet – dans « l'édification d'un monument à la gloire du disparu, mais dans la mise à jour de ce qui se transmet d'un désir qui est à l'oeuvre ». c'est ainsi que nous l'avons compris et que nous l'avons transmis aux différentes Écoles de l'AMP. Ainsi avec cette même finalité, la création par Jacques-Alain Miller, de la publication Lacan Quotidien a marqué un point d'inflexion. Il est devenu un instrument fondamental pour la diffusion et pour la lutte pour la libération de Rafah Nached. A partir de là, l'AMP a proposé immédiatement de propager et de multiplier ce mouvement à travers les Écoles. Les École ont répondu chacune à notre demande, à leur manière et selon leur espace d'influence. Pour une part, c'est l'énorme effort de traduction auquel se sont livrés les collègues, qui continue encore aujourd'hui, des éditions successives de Lacan Quotidien, ou bien d'une sélection de quelques textes. Sur ce point, je tiens à les remercier publiquement pour cette tâche, qui souvent, passe inaperçue. De même remerciement à Oscar Ventura, responsable de AMP-Uqbar, qui à cette occasion et comme toujours, a répondu rapidement pour que la diffusion accélérée des communiqués et nouvelles au rythme des évènements afin qu'ils parviennent à chacun de la meilleure manière. Aussi à Mauricio Tarrab, qui comme responsable du site AMP, a travaillé intensément pour la création et la mise en ligne rapide du Blog pour la libération de Rafah. Je dois dire en plus qu'à plusieurs occasions, j'ai cru percevoir que l'apparition de notre orientation sur la scène politique produisait un certain glissement. Parce que chaque fois que comme psychanalyste nous faisons ingérence dans le politique, nous courrons le risque d'un glissement jusqu'aux phénomènes de masse ou d'une confusion de la politique de la psychanalyse avec les politiques partisanes. C'est pour cela que lors des réunions du Conseil AMP de janvier dernier, j'ai appelé les conseillers à donner leurs idées sur ce point dans les textes de notre document de travail et j'ai proposé la réalisation d'une soirée AMP au siège de l'ECF sous le titre « La psychanalyse dans la politique d'aujourd'hui ». L'idée, dans ces deux occasions, a été de prélever et de jauger les conséquences de l'affirmation de Jacques-Alain Miller dans son communiqué du 13 septembre 2011 quand il disait – comme cela a été rappelé aujourd'hui qu'en ce XXI° siècle la psychanalyse est une question sociale et qu'elle doit devenir maintenant une force matériel, une force politique. Pour cela, je me suis orienté et je m'oriente, à partir d'une indication simple de Lacan dans son Séminaire 17 où, en présentant la question de la place qu'a la psychanalyse dans la politique, il signale « L'intrusion dans la politique ne peut se faire qu'à reconnaître qu'il n'y a de discours, et pas seulement l'analytique, que de la jouissance,…». Dans cette perspective, qui est celle que nous devons poursuivre de nouveau de manière décidée face aux attaques scientistes de la clinique de l'autisme, les interventions des collègues qui ont participé à cette soirée de l'ECF m'ont permis de dégager cette formule que je souhaite vous rappeler : « Chaque fois qu'il y a « extrusion » de la psychanalyse, c'est à dire un rejet du trou, nous devons répondre par « l'intrusion » de la psychanalyse dans la politique. Et comment ? Avec une politique de la « modestie anti universelle », avec une logique hétérodoxe de l'extimité, rappelant aux politiques qu'il y a toujours un trou, c'est à dire qu'il y a l'inconscient. » C'est ma manière de comprendre ce que Jacques-Alain Miller a appelé en son communiqué « activer la puissance des lagunes ». Parce comme il l'a signalé en 2008, « … il ne servirait à rien aux psychanalystes de projeter sans médiation leur politique dans l'universel, les principes, leur éthique, en réclamant l'adhésion de tous à la dénonciation d'un monde qui sacrifie toute singularité à la statistique. » (…) Parce que « …le monde ne se conformera pas au désir de l'analyste. Il nous revient d'agir, à travers des médiations complexes, pour que ce désir dure. » Ainsi, j'ai fait mienne ces paroles parce qu'il s'agit là de l'objectif central et indéfectible de l'AMP et de ses Écoles : agir pour que ce désir, le désir du psychanalyste, dure. Chers Collègues, chers Amis de l'AMP : pour conclure, je voudrais exprimer un remerciement sincère à tous les conseillers de l'AMP avec lesquels nous avons travaillé d'une manière intense, mais tout de même divertissante. Nous avons créé ensemble, ce qui m'est apparu comme une excellente atmosphère de travail qui a donné lieu à des liens d'amitié et de camaraderie. A tous et spécialement à ceux qui qui quittent le Conseil, merci beaucoup. Je fais référence à María Hortensia Cárdenas, Gil Caroz, Xavier Esqué, Marco Focchi, Nora Gonçalves, Laure Naveau, Vicente Palomera y Mónica Torres. D'une manière ou d'une autre, nous continuerons en comptant sur vous. Il y a ce soir la fête du XXI° siècle, nous pourrons trinquer pour ces années de travail partagées. Maintenant, chers collègues, je soumets à votre appréciation et à votre vote ce Rapport moral de l'AMP ainsi que la tâche que nous avons accomplie de la meilleure manière possible au cours de ces deux années. Vous avez maintenant la parole. Nous vous écoutons. Merci beaucoup.

Leonardo Gorostiza, Buenos Aires, le 27 avril 2012.

 

Traductor frances: Jean-Daniel Matet