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Le savoir et l'École
da DOMINIQUE LAURENT
 
 

L'introduction de Dominique Laurent à la Grande Conversation de l'École Une sur le thème « Le Savoir et l'École », le 6 avril 2018 à Barcelone, intervention complète à écouter/lire ici

L'enseignement pour tous et la passe expérience singulière.
Le savoir sous transfert implique l'installation d'un sujet supposé savoir. Comme le note Lacan dans « Le savoir du psychanalyste » ceci « n'emporte aucune certitude chez le sujet analysant que son analyste en sache long »[1]. L'analyste n'est pas un être mais une supposition. Ce savoir analysant peut etre transmis dans un transfert de travail à une École par le dispositif de la passe qualifié ainsi par Lacan dans sa proposition de 67. Dans son Prologue de Guitrancourt J.A Miller[2]rappelait que « Le témoignage de l'analysant est le nucleus de l'enseignement de la psychanalyse » et notre Congres l'a éminemment démontré. Il ajoutait que Lacan a donné à cet enseignement son idéal, le mathème. De l'un à l'autre il y a toute une graduation. Lacan ne séparait pas la passe de l'enseignement du mathème qui doit être démonstratif, et pour tous . « C'est là que la psychanalyse rencontre l'université ». La passe est ce que l'analysant peut transmettre auprès d'un public de son expérience analytique privée. Que cette élaboration de savoir toujours singulière puisse être élevée au rang du mathème est un pari.

Le mathème, une écriture distincte de l'écriture
Le mathème de Lacan apparaît pour la première fois en 71dans son séminaire à l'hôpital Sainte Anne « Le Savoir du psychanalyste » [3].Dans « Télévision » il est présenté comme « ce qui est enseignable à tout le monde, »[4] sur le modèle de la science. Dans « Radiophonie » Lacan considère que le savoir et la vérité « compatissent ». Ils souffrent et l'un de l'autre… mais ils ne sont pas complémentaires. [5] Dans « l'Etourdit » le mathème sépare réel et vérité. Lacan écrit ainsi « L'impossibilité de dire vrai du réel se motive d'un mathème, d'un mathème dont se situe le rapport du dire au dit. Le mathème se profère du seul réel d'abord reconnu dans le langage à savoir le nombre »[6]. L'écriture du nombre est une autre dimension du signifiant que celle de la parole. La lettre chez Lacan s'est déclinée de différentes façons dans son enseignement : depuis l'instance de la lettre, en passant par les discours, les algorithmes, graphes et le mathème. L'écriture n'est pas simplement ce qui note la parole, elle inclut les mathématiques. J.A Miller dans son séminaire « l'Etre et l'Un » a montré comment les concepts de Lacan qui se notaient du coté de l'Autre et de l'être se sont translatés du coté de l 'Un. La notation du Un, qui relève de ce qui peut s'écrire, est un Un qui ne tient que de l'existence du signifiant.

Ecriture et lecture
C'est par le mathème que le réel serait atteignable. Mais les mathèmes « simulent une science qu'ils n'accomplissent point » comme le note JA Miller dans son article « Algorithmes de la psychanalyse » [7] car chacun les interprète à travers la particularité de sa lecture. Lacan notait déjà dans « Subversion du sujet et dialectique du désir »[8] que ces lettres sont « faites pour permettre 20 100 lectures différentes ». Lorsque Lacan introduit le nœud borroméen c'est en tant qu'il est « une écriture qui supporte le réel ». La lecture est remplacée par la manipulation. Il précise que le nœud n'a pas à être pensé mais manipulé. Il faut « en user bêtement » et en être dupe .[9]

Les AE et l'enseignement d'un savoir sous transfert.
Le témoignage des AE, captive. Chacun ou chacune est renvoyé à ses propres symptômes, fantasmes, récit de vie, fictions, à sa propre énigme. Au delà ce qui captive c'est la démonstration d'un point de certitude qui a précipité l'acte de l'analysant à s'engager dans la procédure de la passe. Les témoignages des AE font valoir une élaboration de savoir. Cette élaboration s'assortit de la séparation d'avec la chaine signifiante en isolant un signifiant au delà duquel il n'y a plus rien à dire. Ce signifiant nouveau ne fonctionne plus comme un signifiant. Le S (A barré) vaut alors comme signifiant du rebut, signifiant du savoir mis en échec, corrélat de l'absence d'écriture du rapport sexuel.

Le sujet à l'orée de l'expérience analytique, pris dans son symptôme et sa jouissance se présente comme effet du désir de non savoir, à la fin il est devenu sujet du désir de savoir. Il est passé de la demande d'amour au désir de savoir. C'est la perspective du sujet de l'inconscient structuré comme un langage à partir d'une expérience de savoir[10].

Dans RSI Lacan donne une nouvelle définition de l'inconscient. « L'inconscient c'est le réel en tant qu'il est affligé chez le parlêtre de la seule chose qui fasse trou» à savoir le signifiant.[11] La marque de l'Un est le troumatisme de lalangue sur le corps et sa marque de jouissance hors sens .C'est ce dont témoignent les AE dans un savoir y faire inédit avec le symptôme. C'est le régime de l'Un corps au delà du sens.

Comment rendre palpable la déclaration centrale du Séminaire Encore « tout mon enseignement est centré sur le je n'en veux rien savoir, qui n'est pas le même que le votre ».[12] Lacan s'est extirpé de la méconnaissance à l'œuvre dans le refoulement, le déni ou la forclusion du début de son enseignement et qui pour Freud répartissaient les structures. Il généralise le problème à partir du savoir quant à la jouissance qui est toujours méconnu du sujet. Le « je n'en veux rien savoir » indique la position d'un sujet qui veut. Ce vouloir est une défense fondamentale contre la jouissance, contre le réel.

La psychanalyse et son enseignement explicite
Lacan, quatre ans après la création du département de psychanalyse à Vincennes faisait en 1978 un premier bilan de la tache accomplie. Dans un cours texte, il constatait qu'avaient vu le jour une révue, Ornicar ?[13], un troisième cycle dit du Champ freudien et une section clinique à l'hôpital Henri Roussel. Il concluait sur un bilan positif, tant qu'à Vincennes la liberté de poursuivre lui serait accordée.

Il notait cependant la particularité paradoxale de l'enseignement de la psychanalyse au sein de l'université. Le discours analytique « n'enseigne rien. Il n'a rien d'universel : c'est bien en quoi il n'est pas matière d'enseignement ». « Comment faire pour enseigner ce qui ne s'enseigne pas ? Voilà ce dans quoi Freud a cheminé. Il a considéré que rien n'est que rêve et que tout le monde (si l'on peut dire une pareille expression), tout le monde est fou, c'est à dire délirant »[14]. Cette phrase « attaque la possibilité d'un mathème de la psychanalyse »[15] comme le note J.A Miller. Le sujet supposé savoir laisse place à S(Abarré) c'est à dire à un non savoir. La psychanalyse rappelle toujours que, quelque soit l'avancée du savoir spécialement dans la science, celle ci ne fait que créer des trous. Peut-on enseigner le trou ? C'est la tension entre le savoir et le trou. Fidèle à l'aporie freudienne sur le savoir, au moment même où Lacan promeut le mathème, il dit son envers. Comment enseigner l'impossible c'est à dire le réel? La décision de Lacan d'enseigner se situe dans la tension entre l'impossible à enseigner et la « transmission intégrale » dans laquelle le mathème serait une figure de la docte ignorance.

Reste de cette tension une orientation. De son séminaire « L'orientation lacanienne » JA Miller, disait « Si il y a une orientation lacanienne c'est qu'il n'y a aucun dogme lacanien, aucune thèse qui donnerait lieu à un abécédaire, bréviaire, compendium, dogmatique. Il y a seulement une conversation continue avec les textes fondateurs de l'évènement Freud , un Midrash perpétuel qui confronte incessamment l'expérience à la trame signifiante qui la structure ». [16]

Le savoir et l'école aujourd'hui
Nous sommes confrontés à une nouvelle conjoncture. La psychanalyse est pourchassée dans le monde au nom de l'evidence based, des neurosciences et des sciences cognitives. La solution qu'avait proposée Kernberg à l'International Psychoanalytical Association (IPA) pour se faire admettre dans le discours contemporain avait été d'opter pour le gradus universitaire. Celui-ci était censé donner une reconnaissance transparente et acceptable pour le monde. La difficulté grandissante à faire admettre la psychanalyse dans le gradus universitaire montre combien sa solution était illusoire et fragile.

Notre orientation a toujours séparé Université et École et préservé ainsi le statut de l'École. Ceci a permis d'anticiper l'épisode actuel. Nous avons au contraire renforcé l'École comme structure d'intérêt public. C'est dans cet esprit que l'Université populaire Jacques Lacan a vu le jour. L'École, relevant de l'intérêt public, « reconnue d'utilité publique », se trouve renforcée par sa nouvelle mission de prendre en charge le déficit d'enseignement universitaire.

Nous devons enseigner les matières qui permettent la lecture de Freud et Lacan, mais aussi les textes fondateurs. Dans la conjoncture actuelle, l'École se retrouve au premier plan pour le maintien de la transmission du savoir explicite de la psychanalyse, celui qui peut s'enseigner à l'université. Mais elle doit poursuivre la transmission du savoir implicite, celle du savoir sous transfert, tout comme la dimension politique de son action. Je renvoie ici aux récents forums de Paris, de Turin et de Rome, mais aussi bien à ceux, plus anciens, qui dans différents pays ont eu trait aux réglementations des psychothérapies, qui ont défendu la place de la psychanalyse dans l'abord de l'autisme ou qui ont fait connaitre la position lacanienne concernant le dit mariage pour tous et les procréations médicalement assistées (PMA). L'École témoigne ainsi de la façon dont les psychanalystes s'inscrivent dans les débats du temps.

Cette nouvelle conjoncture dans la transmission du savoir confronte les Écoles à un nouvel enseignement propédeutique et politique à mesure que l'enseignement à l'université disparaît. Dans le prolongement de l'Année Zéro initiée par J.A Miller, L'École de la Cause freudienne, sous l'impulsion de sa présidente, Christiane Alberti, a ouvert en 2017-2018 les portes de son local, tous les soirs, toutes les semaines et toute l'année, à un enseignement multiple proposé par une trentaine d'analystes, AE , AME , AP[17]* , les AE réservant leur témoignage pour nos congrès.

De la même manière, les Sections cliniques et Institus du Champ freudien ont été confrontées à la nécessité pour les participants d'avoir des enseignements propédeutiques. Ces enseignements que J.A Miller[18] a qualifiés « d'universitaires, systématiques et gradués ne sont en aucune manière habilitant quant à l'exercice de la psychanalyse ».

La psychanalyse est tout autant en difficulté à l'hôpital. Souvent, les psychologues et les psychiatres n'y sont plus recrutés pour leur formation analytique, mais pour leur formation TCC ou leur formatage DSM. Les présentations de malades, dont on tire enseignement, sont difficiles à maintenir ou à étendre. Pourtant elles attirent un public aussi captif que celui qui écoute les témoignages des AE, captif du « déchiffrement qui fait énigme à son tour »[19]comme le note J.A Miller.

Nous sommes les tenants d'un savoir qui ne se réduit pas à un apprentissage. L' enseignement fait obstacle au savoir au sens de Lacan. Ceux qui s'adressent à nous pour obtenir un how to do, un savoir faire de la mauvaise manière, occultent leur point de non savoir.

Les Écoles ont introduit une dimension nouvelle et multiple de l'enseignement par le biais d'associations qui leur sont liées et qui ont leur propre fonctionnement. Celles ci accueillent un public nombreux. Elles doivent poursuivre, elles aussi, la tache d'incarner les oppositions sur le savoir. Cette dimension multiple, au delà des publications, se trouve aussi actualiser par les nouveaux moyens de communication, internet et réseaux sociaux dont les Écoles ont déjà tiré parti brillamment. Il faut trouver l'approfondissement de ces questions et cela fera partie de notre conversation.

 

 
N O T E
1- Lacan. J, Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, p 15.
2- Miller JA, « Prologue de Guitrancourt », préface à la brochure de la Section clinique, 15 août 1988. Actes de l'Ecole de la Cause freudienne n°8, 1985, p7.
3- Lacan. J, Je parle aux murs , op cit, p 57.
4- Lacan. J, « Télévision », Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001,p 537.
5- Lacan. J, « Radiophonie », Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p 440.
6- Lacan. J, « Etourdit », Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p481.
7- Miller J.A « Algorithmes de la psychanalyse », Ornicar 16, Editions Lyse,1978, p 22.
8- Lacan J « Subversion du sujet et dialectique du désir », Ecrits, Paris, Seuil,1966, p 816.
9- Lacan. J, « Séminaire RSI », leçon du 17 12 74, Ornicar ? n°2, mars 75, édition le Graphe, p100.
10- Lacan. J, « La science et la vérité », Ecrits, Paris, Seuil, 1966.
11- Lacan. J, « Séminaire RSI », leçon du 15 04 75, Ornicar ? n°5, hiver 75/76, édition le Graphe, p 50.
12- Lacan .J, Séminaire, livre XX, « Encore », Paris , Seuil, 1975, p 9.
13- Cf. Lacan J., « Lacan pour Vincennes »(1978) Ornicar ?, n°17/18, 1979, édition le Graphe, p 278.
14- Ibid.
15- Miller J.A, Séminaire « L'Orientation lacanienne. Tout le monde est fou », leçon du 11 juin 2008, inédit.
16- Miller J.A, Ansermet F., « Entretien à propos de l'établissement du Séminaire de Lacan », Le bloc notes de la psychanalyse, n°4, Genève, 1984 & Entretien sur le Séminaire, Navarin, 1985.
17- Analystes de l'École (titre delivré pour trois ans à ceux qui, au terme de la procédure dite de la passe, sont jugés susceptibles, par la Commission responsable, de témoigner des problèmes cruciaux de la psychanalyse), analystes membres de l'École et analystes praticiens.
18- Miller J.A, « Prologue de Guitrancourt, » op cit.
19- Miller J.A « Enseignements de présentation de malades », Ornicar ?, n° 10 ,édition Lyse, p 15.
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