World Association of Psychoalanysis

 

DEMON DE MIDI ET POUSSEE CONSTANTE

Serge Cottet

Le determinisme inconscient est assimile par Freud, dans les annees 20, a un destin demoniaque. Ce que la psychologie universitaire de l,epoque qualifiait de *maladie de la volonte*, se trouve integre desormais a une tradition seculaire et populaire qui attribue a un dedoublement du sujet, a un demon plus ou moins bien intentionne, les tentations involontaires : celles qui envahissent le sujet contre son gre, les debordements incontrolables, les passions qu,il ne peut empecher, et en general les affects auxquels il ne donne pas son consentement.

En moi, plus que moi, cette subversion renferme les formes laicisees que la clinique s,est employee a decrire comme : passages a l,acte, impulsions, obsessions, en ce qui concerne l,affect, et, a l,inverse, inhibitions, traits de caractere, idees fixes, pour la representation.

Le concept de pulsion (*Trieb*) permet d,unifier ce champ qui emprunte a la thermodynamique une notion peu eloignee de la terminologie populaire quand elle caracterise les mouvements d,intemperance : *L,occasion, l,herbe tendre et je ne sais quel diable me poussantÉ*

Les concepts dynamiques de la deuxieme topique, le moi, le ca, le surmoi, la *Ichspaltung* enfin, sont les instruments qui permettent de saisir la structure de cette subversion. Cette conceptualisation a l,avantage de faire coincider une pratique et une strategie de la reconquete entreprise. Le sujet a a se reconnaitre dans ces puissances etrangeres qui envahissent un domaine qu,il croyait bien a lui.

Le moi, soi-disant autonome, se trouve au contraire dependant d,attaques surprises, de forces incontrolees. Fort de l,appui du transfert, il reprend du poil de la bete, reconquiert un pouvoir livre jusque-la a des pulsions qui dansent leur danse de mort comme dansent les souris en l,absence du chat. Cette cinquieme colonne s,infiltre dans les plus hautes spheres de l,autonomie psychique pour en saboter les plans. Nous sommes dans la sphere des conflits, veritable champ de bataille (*Kampfplatz*) que l,ironie freudienne considere aussi interminable que l,assechement du *Zuiderzee* (1). *La metaphore militaire s,acheve dans la conclusion qu,inspire Clausewitz : la victoire est la plupart du temps du cote des plus forts bataillons.* (2)

On sait le destin que cette conceptualisation a connu avec les postfreudiens. Collant au discours de la maitrise de soi, elle s,acheve dans l,ego-psychologie, la ou Freud ne visait que l,integration de la pulsion dans le moi, par ses concepts de *domptage* (*Bandigen*) (3) ou de *maitrise* (*Triebbeherrschung*) (4). L,ego-psychologie s,assigne pour tache le renforcement du moi, l,autonomisation de sa partie saine : c,est plutot l,assechement de l,inconscient qui en resultera avec la reconduction d,un dualisme pre-analytique entre l,empire du moi et l,empire des sens.

A l,oppose de cette interpretation, l,orientation lacanienne constitue un effort pour debarrasser la psychanalyse de l,heritage des metaphores dynamiques, du langage de la conquete ou du conflit de forces antagonistes. D,abord en caracterisant le desir comme indestructible, Lacan noue la pulsion a la demande et non pas a l,energie. Ensuite en mettant en valeur la gourmandise du surmoi, il souligne l,origine pulsionnelle de cette instance qui ne tient aucun compte du renoncement et du sacrifice de la jouissance par le sujet : le surmoi, toujours, deborde et en redemande. Enfin, l,effort pour concevoir le symptome, a partir des noms du reel et pas seulement des noms du pere, accentuait le paradoxe que constitue dans notre champ le caractere inusable de la pulsion, comme les limites de ses possibilites de sublimation.

Le demon de midi

Precedes, comme toujours, par la litterature, nous ne manquons pas de descriptions ou s,illustre ce caractere inexorable des passions comme le retour du naturel que l,on s,est trop efforce de chasser. Ce reel, dans sa version *ce qui revient toujours a la meme place*, a fait les beaux jours du naturalisme et du psychologisme fin de siecle. La description des caracteres, des vices et des temperaments incorrigibles a prospere a l,ombre du modele physiologique puis de l,ideologie pessimiste schopenhauerienne. On peut y lire l,effort de transcrire, dans un langage adapte a la psychologie des facultes propre a l,epoque, le demoniaque de la pulsion, cela en l,absence d,une theorie de l,inconscient. C,est la litterature du retour du refoule, d,autant plus bavarde qu,elle meconnait le refoulement.

Deux romans illustrent les confins entre lesquels se deploie cette subversion : l,un, aujourd,hui illisible, *Le demon de midi* de Paul Bourget (5) de 1914, l,autre, toujours edifiant pour la jeunesse studieuse, *La bete humaine* d,Emile Zola de 1890.

Dans son style Academie francaise d,avant la Grande Guerre, Paul Bourget, specialiste du roman psychologique moralisateur, fait le portrait d,un catholique social d,une quarantaine d,annees rejoint par une ancienne passion amoureuse qu,il avait cru pouvoir oublier. Il renoue vingt ans apres avec ce passe brulant dont il se croyait pourtant preserve par les exigences d,un militantisme heroique favorable au conservatisme. Paul Bourget se refere alors a la tradition patristique qui designe, dans le demon de midi (*daemonium meridianum*) (6), l,agent responsable de la depression majeure qui s,abat sur les moines en priere, au beau milieu de la journee. C,est le declenchement de l,*acedia* : *Ce degout, cette tristesse des choses de Dieu qui donne au *cenobite* la nostalgie du siecle quitte, le desir d,une autre existence.* (7)

Dans son roman, Paul Bourget en propose une version laique et adaptee aux ruminations d,un obsessionnel : *Cette tentation, c,est celle qui assiege l,homme au midi, non pas d,un jour, mais de ses jours, dans la plenitude de sa force. Il a conduit sa destinee jusque-la de vertus en vertus, de reussite en reussite. Voici que l,esprit de destruction s,empare de luiÉ Une force ennemie, l,*aeternus hostis*, l,attire hors de sa ligne dans la voie ou il doit perir.* (8) C,est encore dans la langue du catholicisme provincial reactionnaire et misogyne que l,auteur decrit le retour a Paris, capitale du vice de notre heros, cedant a l,irritation d,une passion desormais illegitime (la femme est mariee) : *Paris, soudain, apparut, avec ses monuments estompes dans le crepuscule, la Salpetriere, le Pantheon, Notre-Dame, le rappela brutalement aux certitudes austeres de sa jeunesse et de son age mur. Pour la premiere fois depuis que Genevieve etait entree dans sa chambre, il saisit, dans sa tragique realite, l,effrayante contradiction sur laquelle il allait vivre : l,action qu,il avait commise, les sentiments qu,il eprouvait, la liaison ou il etait engage dementaient toutes les idees qu,il professait, qu,il ne pouvait pas ne pas professer, car il croyait.* (9)

Notre nevrose, dans un style freudien, victime de la transgression, martyre de l,attrait de la faute, cede a une tentation proportionnelle a l,energie des defenses mises en oeuvre jusque-la pour s,y opposer.

On peut penser que la psychanalyse aurait pu sortir ce beta de son embarras en lui interpretant, au nom du pere, le noeud symbolique de la contradiction qui l,etouffe. Cependant, n,opposons pas le bon sens psychanalytique aux cliches psychologiques de Paul Bourget. Ils ont un point commun : nous restons dans la dialectique du desir et de la loi, de l,identite, du refoulement et du retour du refoule. Si la loi et le desir refoule sont une seule et meme chose (10), nous ne sortons pas du discours de la transgression qui assure de beaux jours et de pleins midis a la tentation. Freud ecrit tout un chapitre sur la question dans *Malaise dans la civilisation*.

Cet exemple, obsolete et bavard, a le merite de nous faire saisir comment le symptome presente une certaine garantie par rapport a la traversee du fantasme : le sujet, face a son crime et enfin divise, s,humanise.

Le moi identique a la pulsion

Il n,est pas sur, en effet, que la traversee du fantasme garantisse une relation plus apaisee a la jouissance ou l,assurance d,un desir sans surprise. Nous suivons la l,indication fournie par Jacques-Alain Miller dans son cours de mars-avril 1999 sur *Les paradigmes de la jouissance* (11), autour du binaire fantasme et repetition par rapport a la fin de l,analyse. Le symptome, presente comme une repetition de jouissance, est par la meme *une constance, mais qui n,est pas concentree sur le fantasme fondamental a trouver. C,est une constance qui s,etend, qui dure*.

Cette constance, rapportee a la pulsion, nous rappelle une de ses proprietes essentielles sur laquelle la psychanalyse semble avoir peu de prise : elle s,inscrit dans la duree, la continuite, et a proprement parler ne se traverse pas. La question est plutot de la place qu,occupe le sujet dans son demontage.

On pourrait presenter cette poussee constante comme l,envers du demon de midi en recourant a une tradition romanesque plus materialiste, qui montre a quel point la compulsion de repetition peut s,integrer ou pas a l,ideal d,un moi identifie a son desir. Dans son roman, *La bete humaine*, Zola met en fonction les prosperites du vice decrites a cette epoque en termes ultra-scientistes et materialistes. Le centre toutefois est occupe par un signifiant qui traverse l,ensemble des Rougon-Macquart : la felure. Gilles Deleuze a attire l,attention sur ce point dans son article consacre a Zola, *La felure* (12). Il montre que le langage de la physiologie, qui etait comme la psychanalyse de l,epoque, au XIXe siecle, de Balzac a Zola, ne designe a proprement parler aucune transmission de quoi que ce soit, sinon un vide ou un trou. Causalite hereditaire d,une absence, causalite metonymique, elle evoque le *germen* de Weissmann rehabilite par Freud dans *Au-dela du principe de plaisir*. Cet *immonde *germen**, c,est le signifiant d,une transmission *qui ne transmet pas autre chose qu,elle-meme*, selon Deleuze, et que l,on pourrait transcrire par une formule du type S1 indice 0.

Dans *La bete humaine*, la montee incoercible de la pulsion est decrite en ces termes : *La famille n,etait guere d,aplomb, beaucoup avaient une felure. Lui, a certaines heures, la sentait bien cette felure hereditaire ; non pas qu,il fut d,une sante mauvaise (É) mais c,etaient, dans son etre, de subites pertes d,equilibre, comme des cassures, des trous par lesquels son moi lui echappait, au milieu d,une sorte de grande fumee qui deformait tout.* (13)

La metaphore de la machine a vapeur, de ses pistons et de ses fumees, fournira certainement plus tard a Deleuze son syntagme des machines desirantes qu,il opposera a la dictature du signifiant. Dans cet article, encore freudien, il associe a juste titre la felure a la pulsion de mort. La physiologie ici est trompeuse, car le naturalisme de Zola n,empeche pas d,enraciner la pulsion dans l,histoire, le social, la politique. Les temperaments sont certes decrits comme des forces constantes, mais ils sont surtout caracterises par la tendance a se conserver dans l,etre du fait de l,insistance d,un trait de jouissance, que ce soit l,alcool, le vice ou le crime.

Deleuze montre bien que tout le vocabulaire energetique, dont la locomotive fournit le paradigme, se resout dans des cheminements, des circuits, des detours. La pulsation d,une jouissance mauvaise circule dans un reseau d,identifications, de doubles imaginaires, de repetitions, avant que ne s,effectue le passage a l,acte ou la cristallisation de la passion amoureuse. Cependant, nulle subversion ne deborde a proprement parler le sujet. Nous ne sommes pas dans une logique de conflit mais de plus ou moins grande integration de la pulsion au temperament du sujet jusqu,a sa parfaite identification a ce qui le deborde. L,acte n,est pas le saut impulsif *a travers le cerceau de papier du fantasme*. Dans des pages celebres, notamment la preface a la deuxieme edition de *Therese Raquin*, Zola decrit *les poussees de l,instinct* sans qu,aucune division n,affecte les deux heros : *J,ai choisi des personnages souverainement domines par leurs nerfs et leur sang, depourvus de libre-arbitre, entraines a chaque acte de leur vie par les fatalites de leur chair. Therese et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus. J,ai cherche a suivre pas a pas, dans ces brutes, le travail sourd des passions, les poussees de l,instinct, les detraquements cerebraux survenus a la suite d,une crise nerveuse (É). L,ame est parfaitement absente, j,en conviens aisement puisque je l,ai voulu ainsi.* (14)

Le rapport sexuel s,ecrit comme la conflagration d,une rencontre entre un sanguin et une nerveuse. Mais les amants, ainsi reunis par le crime, sont deja eux-memes des cadavres : *Etant donne un homme puissant et une femme inassouvie, chercher en eux la bete, ne voir meme que la bete, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces etres. J,ai simplement fait sur deux corps vivants le travail analytique que les chirurgiens font sur des cadavres.* (15) C,est donc a proprement parler sans etat d,ame que la pulsion de mort unifie le sujet a sa propre beance, sans que le moi y trouve a redire (pas de remords, pas de culpabilite).

La poussee constante de Freud, c,est le moi fort

Il est temps alors de rectifier l,imaginaire qui s,attache a la pulsion, notamment l,interpretation energetique qu,elle appelle. Au demon de midi qui fait du sujet un possede, j,oppose donc la poussee constante, isolee par Freud comme *Drang* et *Konstanzkraft* (16). A une subversion caracterisee par la discontinuite du fantasme, opposons la subversion qu,opere la volonte de jouissance desarrimee du fantasme, ou le diluant et le continuant a l,infini, comme l,evoque Freud, quand, citant Goethe, il isole ce facteur pulsionnel *qui nous presse, indompte, toujours en avant* (17).

Dans le commentaire qu,il en donne en 1964, Lacan insiste sur cette caracteristique. Il distingue rigoureusement la pulsion de l,ordre biologique. Celle-ci est sans rythme et n,a *ni printemps, ni hiver, ni montee, ni descente* (18).

Operant de jour comme de nuit, on la dechiffre mieux avec les romans de Paul Morand que ceux de Paul Bourget. L,homme presse dans sa voiture remplace la locomotive, ses fumees et ses pistons. Il comble par la vitesse de ses allers et retours amoureux, de ville en ville, le differentiel qui existe entre *la satisfaction perdue et la satisfaction retrouvee* (19) qui fait le moteur du nomadisme pulsionnel.

Cette distinction nous permet de rectifier un defaut de perspective propre au moi : l,imaginaire du moi faible et du moi fort, la fiction du debordement involontaire. Cette erreur de perspective tient au fait que l,on isole le concept de pulsion de celui du moi, en faisant de l,integration de la premiere un probleme clinique ou therapeutique.

Dans *Subversion du sujet et dialectique du desir*, Lacan prend son point de depart dans une phenomenologie du conflit qui denonce cette illusion. Soit un sujet tel que *ce qu,il desire se presente a lui comme ce qu,il ne veut pas* (20). On reconnait ici la pathologie propre au moi, sa fonction de meconnaissance. Le moi se prend pour une continuite et feint de se faire surprendre. C,est la le fait d,une denegation, puisque c,est au contraire la permanence de son desir qui est transferee a un moi *pourtant evidemment intermittent, et inversement (il) se protege de son desir en lui attribuant ces intermittences memes* (21). *Moi egal moi* se laisse surprendre par une discontinuite qu,il croit etre celle de son desir et qui n,est que celle de ses renoncements.

Prenons un exemple. Ce debordement, on l,observe notamment dans la colere avec la montee incoercible de l,affect de rage suivie de l,explosion. Une jeune fille, qui eprouve bien des remords apres la manifestation de telles crises, en fait le motif d,une demande d,analyse : elle fait des scenes violentes et bruyantes a son ami, en public, au restaurant, dans les rares moments de tete a tete entre eux. Ces debordements sont qualifies par elle de crises hysteriques, comportements qu,elle croit heriter de sa mere, *la nerveuse de la famille*. Pourtant, cette alienation ne peut tenir lieu d,explication, meme pas pour l,interessee. En fait, ce qu,elle decrit comme une decharge d,adrenaline est proprement un acte, une volonte de dire. C,est bien ce que la doctrine enseigne d,ailleurs sur l,attaque hysterique comme instant de jouir, a savoir *figuration pantomimique du fantasme*, selon Freud (22). Ce n,est pas l,energie pulsionnelle qui explose mais la demande d,amour qui, prise au piege de l,image narcissique, infiltre l,affect de rage : conduite magique, doctrinait Sartre en 1936 dans sa theorie des emotions, theatre de la colere creant un monde qui supplee a l,impuissance d,agir sur le desir de l,autre.

C,est donc bien le moi fort, le moi fort du nevrose, et non pas le moi faible, qui est ici a l,oeuvre. J,ai beau feindre de ne pas etre l,organisateur de cette subversion, je fais plus qu,y consentir : le consentement a cette jouissance substitutive au-dela de toute denegation. Tout comme l,exhibitionniste de Lassegue ne cede a sa perversion que dans un lieu public ou le kepi de la police n,est pas loin, le psychodrame public de notre patiente est jugement en appel, volonte de puissance contrariee par la castration.

Renversant le sens du conflit psychique, on doit donc soutenir que c,est bel et bien le moi fort du nevrose qui entretient et bichonne son symptome. Les rapports du moi et de la pulsion ne s,etablissent pas en termes de force et de faiblesse. On retrouve les traits saillants de la pulsion incorpores au moi, et notamment les facteurs propres a l,exigence, a l,urgence qui dessinent a l,occasion les traits singuliers du caractere, comme un signe permanent du sujet.

La description lacanienne du moi intermittent nous parait consubstantielle a sa critique de l,energetisme pulsionnel. La volonte de jouissance est donc impropre a s,illustrer de modeles thermodynamiques. Lacan recourait a l,electromagnetisme pour indiquer que la poussee constante repond a un probleme qui fait deprendre le champ de forces d,une propriete d,une certaine surface : il s,agit de la topologie du bord ferme comme homologue au bord de l,orifice pulsionnel. Lacan s,attache donc a rectifier les contresens qu,engendrent notamment les metaphores de l,energie cinetique, par exemple l,imaginaire qui s,attache au *moment d,une force* (23).

Lacan y reviendra en 1966 dans son article *Position de l,inconscient*. Je ne peux m,etendre sur ce probleme qui est d,une grande technicite en ce qui concerne l,interpretation mathematique de la theorie des flux par le theoreme de Stokes et sur l,interpretation topologique que Lacan en donne (24). Cette formalisation est destinee, entre autres, a rendre raison de l,imagerie fluidique, volcanique qui s,attache aux debordements deja signales : ca monte comme les eaux en crue et les defenses vont sauter.

Il reste a chercher quels fondements, dans le reel, suscitent cette representation imaginaire de l,exigence pulsionnelle. Lacan donne une indication dans son article *Kant avec Sade*, a propos de l,iconographie libertine propre au XVIIIe siecle, evocatrice d,une jouissance en cascade : *Ces pyramides humaines, fabuleuses a demontrer la jouissance en sa nature de cascade, ces buffets d,eau du desir edifies pour qu,elle irise les jardins d,Este d,une volonte baroque, plus haut encore la ferait-il sourdre dans le ciel, que plus proche nous attirerait la question de ce qui est la ruisselant.* (25)

Il y a necessite a tenter de transformer en formule ces images qui transcendent le cadre du fantasme et mettent en fonction ce que Jacques-Alain Miller appelait une *jouissance non-discursive* (26).

Reste alors a formuler les variantes de l,assomption de la repetition comme tout autre modalite contemporaine de ce qui pourrait illustrer le *Wo es war*.