World Association of Psychoalanysis

 

L'IDENTIFICATION AU SYMPTOME A LA FIN DE L'ANALYSE

Esthela Solano-Suarez

Ce travail est un reste issu de mon experience d,analysante, de passante, aussi de membre des cartels de la passe. Il trouve son inscription dans l,elaboration qui s,accomplit a l,Ecole sur la fin de l,analyse, et dans l,orientation lacanienne soutenue par Jacques-Alain Miller.

Parler d,identification au symptome a la fin de l,analyse comporte d,accepter l,hypothese selon laquelle l,experience d,une analyse produirait, a son terme, un lien inedit avec le symptome, en termes d,identification.

Lacan n,avance cette proposition qu,une seule fois dans son enseignement, le 16 novembre 1976, et il ne le fait que sous le mode d,une question. Mais lui-meme nous a appris que l,on ne pose pas une question pour trouver une reponse, mais que la question surgit comme consequence de la reponse, qui la precede logiquement. On peut supposer alors que par sa question, Lacan nous fait part d,une trouvaille issue de sa pratique d,analyste. Dans cette perspective, si l,identification au symptome a la fin de l,analyse devient pour nous une question, c,est peut-etre a cause de la reponse qui nous precede ; nous moquant, nous faisant courir derriere elle, elle nous dirait : "Coucou, je suis la ! tu vois, tu ne me chercherais pas si tu ne m,avais pas deja trouvee."

La reponse ne peut provenir d,ailleurs que de ce que l,experience analytique nous enseigne. Freud en a donne l,exemple en inventant la psychanalyse, ouvrant ainsi le champ a un nouveau type de lien social. Si le discours analytique a pu emerger, c,est parce que Freud, docile a l,hysterique, s,est mis a croire que le symptome dit quelque chose, verifiant ensuite que non seulement il dit, mais aussi qu,il sert une fin de satisfaction. En ce sens, la psychanalyse est une consequence, une elaboration de savoir issue de l,emergence du symptome. Or, cette elaboration se deduit du traitement du symptome qui releve, lui, d,une pratique. On peut donc dire que l,on entre dans la psychanalyse par la porte du symptome.

Ce pas inaugural est a refaire chaque fois qu,il s,agit de commencer une analyse. Pourquoi commence-t-on une analyse ? Parce que l,on souffre de quelque chose, dont on voudrait etre debarrasse. Ce dont on souffre, on le porte comme une plainte, un corps etranger, qui derange, entrave, contraint. Il s,agit de quelque chose que l,on eprouve, que l,on constate, que l,on agit, dont on patit, qui s,impose au coeur le plus intime du sentiment de soi comme etant le plus exterieur a soi. Il s,agit d,une extimite derangeante, d,une volonte intrusive en moi, plus que moi, puisque "c,est plus fort que moi !".

Encore faut-il que la plainte, d,etre adressee a l,analyste comme demande, puisse etre cernee dans sa particularite de symptome. Isoler le symptome comme tel est un prealable, qui donne a la pratique analytique son principe d,orientation. Dans tel cas il s,agira de promouvoir l,orientation vers le reel, dans tel autre de ne pas deranger les semblants dont le sujet dispose a titre d,identification. Nous ne nous occuperons ici que du premier cas, puisque l,identification au symptome a la fin de l,analyse comporterait le resultat auquel aboutit le traitement analytique du symptome nevrotique.

Traiter le symptome dans le cadre de l,experience analytique, veut dire le dechiffrer. Comme Freud l,a demontre, les symptomes nevrotiques ont un sens. Le sens du symptome, "Der Sinn" (1), fait du symptome une entite langagiere : il parle dans la mesure ou il "dit quelque chose" (2). Selon Freud, il y a un autre versant du symptome, celui de sa "Bedeutung", par ou il accomplit "un nouveau mode de satisfaction de la libido". Cette "satisfaction reelle" n,est guere reconnaissable "par la personne qui l,eprouve comme une souffrance et s,en plaint a ce titre" (3).

Sur ce versant du symptome comportant une satisfaction pulsionnelle, Lacan distingue son "rapport au reel" (4). Voila le probleme complexifie : on demande une analyse parce que l,on souffre d,un symptome. Mais voila que par le symptome s,accomplit une volonte de jouissance, voire une satisfaction pulsionnelle. Comment peut-on parvenir par l,analyse, non seulement a dechiffrer le sens du symptome, mais aussi a toucher son "rapport au reel" ? Cette question implique que l,on se demande quel est le rapport du symptome a la satisfaction qu,il comporte, une fois qu,il a ete traite par l,analyse. Autrement dit, quel serait le destin de la satisfaction pulsionnelle a la fin de l,analyse ? C,est la question posee par Freud dans son texte "Analyse finie et infinie", car il s,agit de savoir, dit il, "s,il est possible de liquider durablement, par l,analyse, une revendication pulsionnelle a l,egard du moi" (5).

Ce dont il est question concerne le symptome traite par la psychanalyse, ce qui resterait de son exigence, ce qui cesserait d,en patir, ce dont on peut se separer et ce dont on ne peut plus se defaire. Qu,est-ce qui peut se produire pour que du symptome qui presentifie le plus etranger au sujet, advienne a la fin de l,analyse une identification ?

Partons d,un symptome particulier, celui qui caracterise la nevrose obsessionnelle. Dans cette nevrose, c,est la contrainte qui caracterise le symptome, comme contrainte de pensee. Les obsessionnels souffrent de leur pensee, "pensee dont l,ame s,embarrasse" (6), dit Lacan.

Mai il est rare que l,obsessionnel livre d,emblee ses pensees. Il peut parler plus facilement des actes auxquels il se voit contraint. Il temoignera d,abord de ses embarras, de sa difficulte a choisir, a aimer, a faire. Il parlera de sa souffrance generalisee, de son angoisse, de sa tristesse, de son inhibition. Mais pour qu,il reconnaisse que ce sont ses propres pensees qui font symptome, il faut le transfert. C,est ce qui rend parfois difficile la mise en place de l,analyse chez l,obsessionnel, c,est-a-dire obtenir un changement de position subjective pour qu,il cede ses pensees et se mette au travail. Souvent, il vient pousse par une urgence subjective et nous parle volontiers, en deployant ses dons et son charme pour nous faire entrer sous le coup de la fascination, fascination de la bonne forme. Ainsi, il voudra etre "la merveille a nous eblouir" (7), depliant devant nous des tresors discursifs, et refusant l,installation de la metaphore de l,amour qui comporte d,avoir a faire au manque.

Or, l,obsessionnel nous propose d,abord son armure, son ame, parce qu,elle a partie liee au symptome qui, comme dit Freud, "prend une valeur dans l,affirmation de soi, tend a ne plus faire qu,un avec le moi", au point que les obsedes sont ceux qui peuvent tirer une satisfaction narcissique en "forgeant des systemes qui leur donnent l,illusion d,etre meilleurs que les autres, puisqu,ils sont particulierement purs et consciencieux" (8). C,est pourquoi, selon Lacan, la nevrose obsessionnelle, c,est la conscience.

Dans la strategie du sujet obsessionnel, homme ou femme, le moi occupe une place privilegiee. Nous reconnaissons ici "les fortifications a la Vauban" (9) dont parle Lacan. Cette prevalence imaginaire releve de l,Un de l,image du corps, dont l,obsessionnel se pare pour se defendre des effets de division.

Cependant, sa parure et sa parade ne peuvent pas le proteger du parasitage de ses pensees. Et pour cause ! La pensee chez l,obsessionnel est detraquee, elle tourne en rond. C,est peut-etre le propre de la pensee que de tourner en rond, mais chez l,obsessionnel la pensee demontre son essence de parasite langagier. En effet, en suivant Lacan nous pouvons dire que la pensee n,est pas une cause, mais une consequence. On pense parce que l,on nous a parle, ce qui donne a la pensee ce caractere extime qui devient extreme dans le cas de l,imperatif obsessionnel, ou le sujet s,enonce a lui-meme une injonction a la deuxieme personne, par exemple pour l,Homme aux rats : "Tue-toi pour te punir d,avoir de pareils desirs." (10)

Parce que nous habitons dans la lalangue, nous sommes faits etres de parole, ne tenant cet etre que du dit. Par ailleurs, la lalangue produit des effets sur le corps : effets de coupure, effets de jouissance, effets d,affects. Ainsi, chez le parletre, se nouent le corps, la lalangue et ce qui leur ex-siste comme reel. La pensee est un des effets de la lalangue sur le corps : la lalangue traverse le corps, d,ou le corps s,imagine comme unite qui, elle, s,imagine penser (11). La pensee comme effet de la lalangue sur le corps, si elle devient evenement de corps, a titre de symptome, peut etre mise au rang d,affect. C,est pourquoi l,on peut etre affecte par la pensee, en patir, ce qui revient a dire que "l,a-pensee" est jouissance. Nous sommes jouis par nos pensees.

On concoit des lors la difficulte que pose le symptome obsessionnel a cause de son etre de pensee. Essayons d,avancer au niveau du particulier de ce symptome. Que nous apprend le dechiffrage de la pensee obsedante ? Aussi absurde soit-elle, nous pouvons toujours trouver dans l,analyse son sens. C,est la premiere lecon que tire Freud a partir du cas de l,Homme aux rats. Il nous enseigne sur la complexite de construction de son echafaudage : resultant de fausses connexions, d,inversions, d,ellipses, on a affaire a des tiroirs qui contiennent a l,interieur d,autres tiroirs, cela a l,infini, ce qui tient au caractere propre de la chaine signifiante. Mais le propre de cette pensee est de brouiller les traces par une operation qui consiste a isoler des bouts de chaine, a casser les implications signifiantes, mettant a leur place une serie de consequences deconnectees.

Il est possible que nous finissions par y trouver un sens. Le sujet obsessionnel d,ailleurs en sera ravi. Il se prete tres volontiers au jeu, il ne veut que ca, du sens. Il peut se plaire a dechiffrer, il adore le sujet du signifiant. Par ailleurs, on peut constater que plus il met du sens, plus il associe, plus il est cadaverise, et plus il est petrifie. En effet, qu,il n,y ait que du signifiant le rassure, il peut laisser le corps hors jeu et faire l,ange. A ce niveau, il peut jouer la partie sans risque. La question dans la cure de l,obsessionnel est d,arriver a ce qu,il engage son corps dans l,analyse. L,effet d,angoisse en est assure. C,est une condition pour que l,analyse puisse toucher a la jouissance.

L,autre question est celle du traitement des effets de sens, dont Lacan s,est beaucoup occupe au cours de son dernier enseignement : partant de l,idee que dans une analyse on opere a partir des effets de sens, il se demandait quel etait l,effet de sens exigible dans une analyse afin de toucher l,effet de jouissance du symptome. Comment, a partir des effets de sens qui resultent de l,articulation signifiante qui se produit dans le langage, peut-on obtenir une incidence sur la jouissance du symptome en tant que hors-sens ? Autrement dit, si les effets de sens relevent des incidences du symbolique sur l,imaginaire, comment operer dans l,analyse pour toucher le reel, qui echappe a cette dimension ? Il serait alors question que l,interpretation porte plus loin que la parole (12), vers le reel, ce qui est crucial quand il s,agit du symptome obsessionnel.

Cette pratique comme pratique de la langue, comme Lacan l,indique, s,avere efficace a operer par la voie du "Witz" (13). Jouer de l,equivoque implique de se servir de la sonorite des mots, pour faire valoir une valeur d,usage du sens inedit, c,est-a-dire en dehors de son usage etabli. Il est possible par cette voie de reduire le sens, afin qu,emerge le jouis-sens, ou sens joui. Dans ces conditions, le sujet obsessionnel peut ouir la haine resonnant au coeur de ses propos les plus gentils et bien intentionnes, ou le voeu de mort qui prevaut a la racine de son comportement, de sa prevenance a l,egard de l,autre, jusqu,a denuder la fonction du symptome qui plonge ses racines dans l,impossible.

L,obsessionnel est un passionne d,impossible. Il fait de l,impossible son partenaire fondamental. Il ne peut subjectiver ce partenariat que s,il sort de l,impuissance a laquelle le vouent ses pensees.

En effet, on sait que l,obsessionnel a fait preuve dans son enfance d,un eveil sexuel precoce, qui a ete guide par la curiosite, le poussant a vouloir savoir, a resoudre l,enigme de la sexualite. Il est particulierement sensible dans sa recherche aux signes provenant du couple parental, guettant le rapport entre la jouissance et les semblants. Il a cherche et trouve le mensonge de la conduite, l,imposture de l,ideal, le demerite de la fonction. Bref, une contingence a fait valoir l,irremediable faillite du pere, le livrant, lui, sans defense, a la jouissance illimitee de la mere. En consequence, il s,est vu aspire par les sans-limites du trou de S (A barre). Il y a repondu par une strategie qui consiste a vouloir reduire l,Autre barre a l,Un par le biais de ses pensees.

La faillite de la fonction du pere laisse le sujet obsessionnel sans defense, sans recours de semblant face a l,impossible. Il ne dispose pas comme l,hysterique de l,armure de l,amour du pere pour se defendre du reel. Il recourt alors a la pensee pour traiter l,impossible, d,ou sa predilection pour des sujets de pensee impensables, tels que la paternite, la duree de la vie et la survie apres la mort (14). Par cette pensee, qui fait exception, l,obsessionnel pense l,ex-sistence afin de suppleer a l,Un de l,exception, pour preserver le Tout de la pensee correle a la fonction phallique.

Le phallicisme de l,obsessionnel trouve la sa source. Faire bouchon avec l,Un consiste a veiller en permanence a la presence du phallus, quitte a se faire, lui, le representant de l,entreprise phallique. Tout est bon pour en faire usage : son corps, son image, sa pensee, son travail, ses exploits. On sait bien la valeur phallique que peut prendre la pensee chez l,obsessionnel, qui peut jouer et jouir de sa pensee comme d,un organe. L,erotisation de la pensee chez l ,obsessionnel est une consequence d,une irruption anomalique de la jouissance phallique dans l,imaginaire.

Si le sujet obsessionnel est une femme, la strategie phallique prevaut egalement chez elle. Son rapport a la castration la differencie de l,homme obsessionnel. Neanmoins, les particularites de son "penisneid" rendent sa relation au phallus plus complexe. Elle ne veut pas le phallus pour faire l,homme, elle sait qu,elle ne l,a pas, mais son devoir est de se parer du phallus, de s,investir dans la mascarade phallique, pour combler le manque dans l,Autre (15). Plus elle veut faire croire qu,elle "l,est", plus elle "l,hais", dans la mesure ou ce phallus, elle a tendance a croire qu,il trouve plus de consistance chez l,homme, non pas au niveau de son avoir, mais au niveau de son etre, d,ou le type d,embrouille qui caracterise son rapport au manque. Son partenaire incarnera pour elle ce malentendu de la rivalite phallique, tandis que, par ses pensees, elle fera ex­sister l,amour a travers l,homme de ses pensees, allant jusqu,a la transe erotomaniaque de pensee.

Toujours est-il que pour l,obsessionnel, ce qui pose probleme, et probleme logique, ce n,est pas tant l,incompletude de l,Autre que son inconsistance, d,ou sa strategie haineuse qui consiste a ravaler l,Autre au rang d,objet deprecie, le reduisant a l,Un. A ce propos, appelons ici l,insulte adressee au pere par l,Homme aux rats : "Toi lampe ! toi serviette ! toi assiette !" Remarquons que si l,insulte vise l,etre, elle fait des lors consister l,Autre a partir de l,objet, ce qui constitue plus un probleme qu,une solution, car cette manoeuvre de liquidation de l,Autre porte atteinte au desir du sujet, et l,enferme irremediablement dans l,ennui de l,Un. De la se deduit la necessite pour le sujet de devoir soutenir l,Autre par des moyens de protection, et meme de s,en porter garant. De plus, reduire l,Autre a l,Un comporte la tache de devoir toujours recommencer, dans la mesure ou il y aura toujours un autre signifiant qui viendra s,associer a l,Un et faire apparaitre l,intervalle entre l,Un et l,Autre. Dans ce cas, l,obsessionnel doit s,echiner a annuler le deuxieme signifiant par la reprise du premier, ou bien s,epuiser a compter pour combler avec de l,Un l,intervalle entre les deux signifiants, comme chez l,Homme aux rats qui comptait et comptait, entre l,eclair et le tonnerre (16).

La necessite du symptome obsessionnel de faire Un avec l,Autre, "ne cesse pas de s,ecrire". Il s,inscrit comme chiffre conjuratoire de l,impossible de structure. L,impossible en tant que tel "ne cesse pas de ne pas s,ecrire", en tant que chiffre susceptible de faire Un avec les "d,eux" du sexe.

C,est par le biais de l,amour que l,obsessionnel a une chance de sortir de ses noces avec l,Un. L,amour, sous les especes du transfert, le fait sortir de l,Un et l,emmene vers l,Autre barre, tout d,abord parce qu,il doit dire. L,Autre de la parole peut le decentrer de l,Un de l,autisme de sa pensee, mais cela ne suffit pas, car il n,est pas exclu qu,il tombe dans l,autisme de la parole.

La valeur operatoire de l,Autre de l,amour, dans le transfert, se mesure au niveau de la possibilite introduite par l,acte analytique, de faire valoir pour le sujet l,Autre barre comme etant l,Un-en-moins.

C,est par la fonction de l,amour sous transfert que l,obsessionnel peut depasser le vertige qu,il eprouve devant le signifiant qui manque dans l,Autre. En consequence, il a une chance, par le transfert, de rencontrer le mode du possible et de la contingence. A cette condition, il peut ceder la jouissance du symptome, et cesser de penser pour faire un barrage contre le Pacifique.

Ainsi, par l,analyse, l,obsessionnel peut trouver une issue a la tyrannie de la necessite. Grace a elle, un remaniement se produit, au terme duquel s,ordonnent et se distinguent le reel, le symbolique et l,imaginaire. En consequence, la fonction phallique se resserre a sa place, entre le reel et le symbolique, acquittant l,imaginaire de sa tache de devoir y suppleer par l,effort de pensee. Il en resulte un allegement considerable, du a la levee des inhibitions et a la disparition de l,angoisse, toutes deux liberant le corps de ses chaines. Le sujet peut des lors disposer de son corps, en raison de la disjonction et de la distinction qui se sont produites entre la consistance de l,imaginaire d,une part, et l,ex-sistence de la fonction d,autre part. De meme, le symbolique se vide du devoir de remplir l,impensable de son propre trou par une necessite de pensee. De ce fait, la jouissance de l,impossible comme exercice entretenu par le parasitage de la pensee, cesse. L,impossible en tant que reel, a se placer hors symbolique, en constitue sa limite. Cette issue est celle par quoi s,accomplit aussi bien la limitation et le resserrage des limites du symptome. En effet, "c,est de se nouer au corps, c,est-a-dire a l,imaginaire, de se nouer aussi au reel, et comme tiers a l,inconscient" que le symptome rencontre ses limites (17).

L,obsessionnel peut arriver ainsi a la fin de son analyse. Il n,aura pas transgresse le reel, il n,aura pas traverse la zone infranchissable de l,impossible qui occupait ses pensees. Neanmoins, il aura trouve le mode pour mieux faire avec sa pensee, dans les limites du possible. Sortir de l,embrouille de sa pensee lui permettra de ne pas etre dans l,embarras permanent au niveau de ses actes et de ses decisions. Il pourra faire sans reporter au lendemain, s,autoriser sans faire exister l,Autre de la permission. De meme, sachant quel etait l,envers de jouissance qui masquait ses vertus et ses qualites, il pourra etre plus vertueux sans se croire des merites, admettre le plaisir, et deserter le regne de l,obligation. Son vouloir, disjoint de l,imperatif, se trouvera accorde au desir.

Mais il ne sera pas sans savoir que ce remaniement economique, comme limitation du symptome, n,implique nullement qu,il se soit acquitte de son symptome. Il aura eu l,occasion de constater que son symptome ne lui est plus etranger, qu,il le connait tellement bien, au point de savoir qu,il est son mode permanent d,etre, incontournable, infranchissable. Ou qu,il aille, quoi qu,il fasse, il le portera avec lui. Ce n,est pas un masque, mais son propre visage. Son semblant d,etre n,est rien d,autre que cet etre de noeud du symptome qui noue son corps, sa facon de dire, et le reel. Il conclut donc qu,il n,est rien d,autre que cet echafaudage qui le noue et le tient.

Si l,obsessionnel est une femme, alors elle saura que ce noeud ne la tient pas seulement, elle, mais qu,il fait lien non seulement avec les autres qui s,interessent a elle, mais plus singulierement avec un autre qui l,a faite sa partenaire. Elle sait en quoi consiste sa fonction de partenaire-symptome, grace a l,amour qui a fait rencontre entre deux savoirs inconscients, comme c,est toujours le cas. Elle peut savoir aussi, en termes d,element libidinal, quelle a ete la formule de la contingence de la rencontre, puis de la necessite du symptome. Et elle saura y faire avec le symptome qu,elle est.

Pour une femme, l,identification au symptome a la fin de l,analyse va a l,encontre de ce a quoi l,hysterique se refuse, s,interessant a l,Autre femme, symptome d,un homme. Aussi, cette solution va a l,encontre du refus de l,obsessionnelle, qui voulait se faire l,egale pour ne pas se faire symptome. S,identifier au symptome, relatif au corps d,un homme, comporte en revanche de savoir se debrouiller autrement avec la feminite, acquiescant a ne tenir son etre de femme que de s,accomplir en tant qu,Autre, comme symptome (18).

Alors l,identification au symptome a la fin de l,analyse, c,est admettre le "jouis" qui fonde le "suis", rendant pur le sinthome. On peut dire que cette identification ouvre vers l,horizon du possible, au-dela de l,esperance. En effet, on sait que l,on aura toujours affaire avec l,impossible, mais s,en debrouillant au mieux grace au bon usage du symptome. Une fois la limite de l,impossible trouvee, le sujet peut jouer sa partie avec l,illimite du S (A barre), c,est-a-dire s,engager dans l,exigence d,avoir a cerner un bout de reel, encore et encore, faisant usage d,une pensee liberee du peche.