World Association of Psychoalanysis

 

…donner ce qu'on n'a pas

Alain Abelhauser

 

Premier Épisode: "Un chien de ma chienne"

Son expression est aisée, précise, syntaxiquement irréprochable. À une exception, toutefois. D’autant plus irritante à mes oreilles qu’elle fait, à ce point, tache. Elle a du mal à coordonner certaines propositions. De quoi s’agit-il donc ? D’une difficulté à conjoindre deux choses qui pourtant devraient aller ensemble ? Au lieu de dire "la situation dont je vous ai parlé", elle énonce maladroitement: " "la situation que je vous ai parlée" " …

Je n’arrive pas bien à savoir de quoi relève cette faute, qui, confessons-le, me heurte plus qu’elle ne me questionne. Peut-être est-ce là d’ailleurs un début de piste. Nous nous trouvons dans le cadre du transfert et de la résistance, et la résistance de l’analyste à entendre ce qui vient se dire là - à ce point où la parole renâcle à se couler dans la règle de la langue - est manifeste. Mais si je n’entends pas ce qui se dit, je saisis au moins qu’il y a surdité de ma part, et je n’interviens pas. Pendant des années, je l’écoute - patiemment - faire occasionnellement cette faute. Jusqu’au jour où, sans savoir beaucoup plus précisément à quoi elle peut bien renvoyer, mais avec le sentiment que le moment est venu de la relever, je la lui signale.

Mon intervention n’a pas grand effet. Quelque chose, reconnaît-elle, apparaît bien là d’une gêne à ce qu'elle lie deux propositions, deux partis. Mais quoi, plus exactement ? Elle ne peut rien en dire de plus, et se contente désormais d’éviter la faute. Un coup pour rien, me dis-je alors, "ce n’était pas encore le moment ..."

Quelque temps après, le cours de son analyse la ramène une fois de plus à ce point de son histoire qui semble décidément devoir s'imposer - ne serait-ce pas là d'ailleurs que résiderait sa véritable dimension traumatique ? - comme passage obligé à toute tentative de reconstruction. Petite fille, elle a vécu une situation qu'elle présente comme étant de " séduction réciproque " avec son grand-père. Jusqu'alors, ce n'était pas tant l'aspect incestueux des choses ou l'éveil précoce à une sexualité adulte qu'elle interrogeait, que les conséquences qu'avait entraînées en elle une réponse en miroir, et dans le réel, faite par un adulte de sa lignée, à son offre amoureuse. À présent, la colère la prend. Elle aimait ce grand-père, certes, et convient volontiers avoir recherché ses caresses. D'autant que son propre père lui paraissait à l'époque un personnage falot, effacé, peu capable de tenir une position paternelle. Mais ce n'était pourtant pas une raison, se dit-elle maintenant, pour que ce grand-père désiré ne maintienne pas la place qui lui incombait. Et son ressentiment, qu'elle réservait jusqu'à cet instant à ses parents de n'avoir su voir ce qui se passait et intervenir pour l'en protéger, peut alors venir s'adresser directement à la figure de l'aïeul.

Elle fait un premier rêve, extrêmement clair. Elle doit se rendre avec sa fille, à peine adolescente - comme c'est le cas dans la réalité -, à une soirée. Sa fille part dans une première voiture. Elle-même se trouve dans un second véhicule qui suit à quelques minutes d'intervalle. Elle a soudain un pressentiment. Cette soirée vers laquelle elles se dirigent est en fait une " partouze ". Au fil du trajet, l'idée devient conviction, alors qu'une inquiétude de plus en plus forte l'envahit. Arrivera-t-elle à temps, avant que - comment dire ? -, que l'irréparable ne soit accompli ? Saura-t-elle protéger sa fille, ou, à son tour, faillira-t-elle à son rôle ? Elle parvient à la maison, saute de voiture, carillonne à la porte. Le type qui vient lui ouvrir est goguenard, braguette déboutonnée et sexe à la main. En le voyant ainsi, elle "sait", et est saisie d'une irrépressible envie de meurtre, que seul son réveil hâtif l'empêche de réaliser.

À la séance suivante, elle amène un second rêve, dont le contenu me rappelle l'une des parties d'un autre, vieux de quelques années, qui m'était apparu comme à la fois particulièrement important et complexe. Pour tout dire, l'interprétation qui avait pu en être faite m'avait semblé comporter un reste vraiment conséquent, au point que je l'avais noté, en me disant que ce qui échappait là à l'analyse finirait bien par revenir solliciter notre attention. Mais le rêve présent, tout comme celui de la semaine précédente, paraît beaucoup plus simple, un peu comme s'il était porteur de réponses depuis longtemps attendues. Sa petite chienne se fait attaquer par un gros chien, qui la saisit à la nuque pour la mordre cruellement. Elle-même n'hésite pas alors à intervenir et tue le chien, avec un sentiment très net tant de triomphe que de soulagement. Puis une rupture a lieu, la scène change, elle voit sa chienne s'éloigner sur la plate-forme d'un camion. Encore un changement de décors, du temps a passé, elle retrouve sous un banc la petite chienne devenue clocharde. Mais celle-ci n'a pas l'air trop malheureuse ; elle s'est reconstituée une sorte de famille, en s'entourant de chiots qu'elle a adoptés. Elle note un détail un peu curieux: la chienne ne porte plus son " bandana (3) " ; il est à côté d'elle, en dessous du banc.

Qu'a-t-elle à dire de ce rêve-ci ? En fait, c'est tout juste si elle consent à associer, tant son contenu lui semble limpide - et d'autant stimulant. ça y est, à présent elle est en mesure de se défendre contre l'agression phallique (4), et de quelle façon ! En exécutant immédiatement la sentence encourue par l'agresseur: la mort. Triomphe. Elle ne voit pas, par contre, ce qu'elle peut rajouter au départ de la chienne sur un camion. Ni au fait qu'elle la retrouve clocharde sous un banc, entourée de chiots. Y a-t-il rapport entre la rencontre de la chienne avec un " mâle " et cette séparation ? Et entre cette même rencontre et l'arrivée des chiots ? Certainement pas. " Et le "bandana", alors, insisté-je, qu'a-t-il à voir dans l'affaire ? " La phonétique du terme n'est sûrement pas innocente, reconnaît-elle, et n'est certes pas à compter pour rien dans le processus qui a conduit à son évocation. D'autant qu'elle a omis de préciser le détail qui lui paraissait le plus curieux: la petite chienne ne porte plus son bandana, il est à côté d'elle sous le banc, "mais sans que son nœud soit pour autant défait !" Nous éclatons tous deux de rire à l'énonciation de cette surenchère phallique ; décidément, ça ne cesse de bander, même si c'est du côté de la chienne, de la femme, que cette manifestation a lieu.

Je m'apprête à clore la séance là-dessus, quand un souvenir lui revient, dont elle tient à faire état sur le champ: lorsqu'elle était petite, elle a connu une période où elle était phobique des chiens ! Parmi les nombreux problèmes de son enfance, elle ne m'a jusqu'alors pas parlé de celui-là, tout simplement parce qu'elle l'avait complètement effacé de sa mémoire. Étrange, non ? Cette fois, je lui propose d'en rester là - pour aujourd'hui.

La séance suivante démarre en trombe: elle s'est souvenue d'autre chose. Petite fille, à l'époque où elle redoutait les chiens, elle était aussi affligée d'un défaut de prononciation qui lui valut quelques séances de rééducation ; elle ne pouvait articuler correctement les " "ch" " - les "che"mins, les "cha"peaux, les "cho"ses -, qu'elle prononçait " "se" ". De fait, elle ne craignait pas les chiens - c'était des " "siens" " dont elle avait la phobie ! Inutile d'épiloguer. D'ailleurs, n'est-ce pas toujours au plus intime que réside le péril, n'est-ce pas véritablement parmi les siens qu'il faut avant tout apprendre à discerner le danger ?

Plutôt que de la laisser continuer sur cette lancée, qui doit très normalement l'amener à mettre en perspective son grand-père, l'agression phallique (5) et la localisation du danger (par le " "truichement" " de son défaut de langue si bienvenu) dans la gent canine, j'interviens alors pour lui rappeler autre chose - sachant que j'induis ainsi une forme de saut du signifiant, mais que la dynamique même de son propos me paraît le justifier. Je lui rappelle alors précisément cet autre défaut de langue que je lui avais signalé quelques mois auparavant - cette autre difficulté d'articulation, non plus phonatoire, mais syntaxique, qu'elle présentait depuis si longtemps - cet autre trébuchement de la parole qui indiquait - quoi ? C'est elle-même qui en fournit directement, à présent, la réponse. " C'est simple, ce que je faisais, en fait, c'était mettre des "que" à la place des "dont" ! Elle enchaîne: " C'est sûr que si j'ai du mal à faire l'amour avec un homme, c'est bien parce qu'il s'agit toujours, pour moi, de lui faire "don" de mon corps. Ce qui me semble impossible. Et qu'il en résulte, bien évidemment, des problèmes avec sa "queue ! Mettre une queue à la place du don" - voilà ce en quoi consiste, pour moi, faire l'amour. "

Quelques semaines après, elle me confie n'avoir plus de problèmes à ce sujet. Ce qui était le dernier des nombreux symptômes à l'avoir poussée à faire une analyse n'en est, désormais, plus un. Elle peut faire l'amour avec un homme et en jouir sans difficulté. Le "dont" semble dorénavant avoir bien remplacé le "que" dans l'acte … d'énonciation. Et d'ailleurs, elle qui était si sourcilleuse, et critique, à l'égard des performances masculines, s'est aperçue que, tout compte fait, là n'était guère l'important. Ce qui compte en l'occurrence n'est pas tant ce que son partenaire peut lui offrir que ce qu'elle-même peut accepter d'en recevoir.

La cause en est-elle pour autant, parfaitement entendue ? Pour elle, et sur ce plan, oui, certainement. Pour ma part, je reste un peu plus dubitatif. Certes, quelque chose de sa position désirante a incontestablement basculé là, et de façon décisive: quelque chose de son rapport à la castration, si on veut le dire ainsi, qui lui permet maintenant de reconnaître, et d'assumer, derrière la parade imaginaire de la monstration phallique, la castration symbolique de l'Autre. Mais la sienne propre, qu'en est-il ? Qu'elle ait pu régler son compte au chien agresseur, qu'elle ait pu faire son affaire du violeur, qu'elle ait pu - enfin - remettre son grand-père à sa place, et se déprendre ainsi de ce qui l'assignait à cette position de victime - que, ce faisant, son rapport à l'Autre, et à l'Homme, en soit modifié, et que cela se traduise par le fait qu'elle puisse désormais jouir dans l'étreinte sexuelle - tout cela est incontestable. Mais … Mais, peut-être, au prix d'une certaine forme d'échange: ce phallus dont elle admet à présent qu'il fait défaut à l'Autre, c'est aussi, peut-être, parce que d'un même mouvement elle a pu se l'approprier. Là serait le "message" du bandana. En d'autres termes, l'assomption de la castration symbolique est-elle bien fondée, ou n'est-elle pas que le masque d'une appropriation phallique imaginaire, qui la conduit dorénavant à jouir d'avoir, - d'avoir le phallus -, c'est-à-dire qui la met dans une position bien particulière (et connotée du semblant) en regard de la logique de la sexuation ?

Mon doute, et mes questions, ne resteront pas sans éléments de réponse supplémentaires. Que j'exposerai dans une suite de ce présent article.

 

Deuxième Épisode: "L'intérimaire"

J’ai rapporté, dans "Un chien de ma chienne", le cas d’une jeune femme dont le discours était émaillé d’une erreur syntaxique qui se révéla, en cours d’analyse, avoir proprement valeur de symptôme. Elle remplaçait, de façon tout à fait impropre, le pronom « dont », qui doit normalement introduire certaines propositions relatives, par le pronom « que ». Cette faute de langue prit sens après l’advenue de deux rêves, mettant en scène sa fille et sa chienne, et des réminiscences qui les accompagnèrent. Celles-ci portaient essentiellement sur une ancienne phobie des chiens, elle-même résultant du déplacement, à la faveur d’une difficulté de prononciation, de la crainte des « siens » sur celle des « chiens ». Le remplacement des « dont » par des « que » prit alors, pour cette patiente, un sens bien précis, tout à fait caractéristique des modalités sous lesquelles s’inscrivait son rapport à la sexualité et à la jouissance: elle refusait le « don » (de son corps) pour se focaliser sur les « queues ». Cette interprétation eut un effet quasi immédiat, puisqu’elle leva la "difficulté" sexuelle qui pesait depuis fort longtemps sur la jeune femme. Mais un tel efficace ne laissait pourtant pas que de m’interroger: qu’est-ce qui le supportait très exactement ? Le fait que le « don » ait pu venir à la place de la « queue » lui "donnait" dorénavant la possibilité d’accepter celle-ci, certes. Mais s’agissait-il pour autant d’un avènement de la castration symbolique - la reconnaissance par le sujet autant du manque de l’Autre que du sien propre, en tant que véritable « mode d’emploi » de son désir ? Ou, plutôt, comme certains indices pouvaient le laisser penser, d’une façon pour cette patiente de s’approprier sur un mode imaginaire le phallus, c’est-à-dire de promouvoir désormais une forme de déni de la castration ? À la fin de l’article, j’admettais ne pouvoir conclure, et annonçais que d’autres éléments apportés à la fois antérieurement et ultérieurement le permettraient, eux, davantage. Voici ceux que j’avais recueillis auparavant, sans être en mesure, alors, d'en saisir toute la portée. Car c’est bien dans l’après-coup, comme toujours, que se décide le sens des choses …

Lorsqu’elle m’est adressée, elle présente toutes sortes de symptômes, les uns de type conversions hystériques, les autres d’expression phobique. Phobie des transports, de l’enfermement (impossibilité d’aller dans une salle de spectacles, panique à l’idée d’être coincée dans un embouteillage, dans un ascenseur), phobie, et simultanément fascination, du regard.

Très vite, ou peu à peu, la plupart de ces symptômes se déplacèrent et disparurent, mais comme en se concentrant autour du dernier: comment soutenir le regard de l’autre, mais aussi, et simultanément, comment ne pas dépendre du regard de l’autre, "si l’on en est par lui soutenue" ?

Elle fait, en début d’analyse, un rêve amusant. Lors d’un repas de famille, son frère, qui a plus ou moins pris mes traits, présente sa nouvelle compagne. Par politesse elle s’enquiert de sa profession. « "Désirothérapeute" », répond l’autre.

L’allusion est limpide. Elle vise ma collègue et amie qui partage les mêmes locaux, et dont elle ne connaît que le nom, mais qu’elle identifie pourtant comme étant le « désir au thérapeute ».

Elle fait un autre rêve. Elle est invitée à l’émission littéraire de Pivot pour avoir commis un livre dont elle se rappelle parfaitement le titre: "Allo Freud, passez-moi Alain !" Bernard Pivot lui demande si c’est autobiographique. La question la met en colère. Et elle lui répond en substance que c’est beaucoup d’honneur qu’il lui fait là, mais que décidément, non, ça n’a rien de personnel.

Pourquoi ce titre ? Pourquoi sa colère ? Et pourquoi nier le caractère autobiographique évident ? Elle associe sur un coup de téléphone qu’elle a voulu me passer quelques semaines auparavant, et qui a abouti assez malencontreusement sur le répondeur de ma collègue - ce qui l'avait mise en colère. Est-ce cette colère, d'abord dirigée vers "l'autre femme", et dans laquelle je crois pouvoir discerner un très net sentiment de jalousie, qui s'est déplacée et reportée sur Pivot ? Et la dénégation de toute implication personnelle résulte-t-elle du même type de déplacement ? Portait-elle précisément, à l'origine, sur sa jalousie et son agressivité à l'égard de mon amie et prend-elle ainsi, en se disant sur un mode plus général, un caractère plus acceptable ?

C'est ce que je pense sur l'instant. Mais avec un peu de recul, il me semble plutôt, à présent, que le point déterminant se trouve du côté du titre de l'ouvrage pour lequel elle est interviewée. C'est ce qui tombe sous le regard, "ce qui est inscrit au titre", qui est important - son rêve le dit assez. Et ce n'est pas à elle que Bernard Pivot fait beaucoup d'honneur. Mais bien plutôt elle qui fait beaucoup d'honneur à ma collègue en la mettant en lieu et place de Freud lorsqu'elle tombe sur son répondeur et lui demande à me parler.

Un rappel: lorsqu'elle était lycéenne, elle devait avoir des prétentions littéraires, ou en donner l'impression, puisque ses copines l'avaient affublée d'un surnom - pour le moins ambigu: George Sand. Qu'elle se retrouve en rêve chez Pivot n'a donc rien d'étonnant.

(Mais qu'elle se souvienne de ce qu'on l'ait appelée George Sand me fait songer qu'il s'agit là d'un personnage bien particulier auquel on l'a identifiée et à la ressemblance duquel elle semble avoir bien voulu se prêter: une femme qui prenait à l'occasion une position d'homme, ce qu'affichait tant le prénom qu'elle s'était donné que son style de vie et son rapport à la littérature.)

Une précision: elle a croisé, il y a peu, et pour la première fois, ma collègue dans la salle d'attente. La « désirothérapeute », qui avait pris voix lors de son appel téléphonique mal orienté, a donc maintenant de surcroît un visage.

Elle fait, bien plus tard, un long rêve (6), qui me parut d'emblée présenter une particulière importance, mais aussi une complexité que nous n'arrivons pas, sur l'instant, à saisir. Il comporte quatre parties distinctes, nettement séparées les unes des autres par des "sauts" qui sont bien davantage que des ruptures narratives ou des indices de refoulement: des points d'indicible, peut-être, voire des "lieux d'inconnaissable" (au sens de l'"Unerkannt" freudien).

En voici le texte. Quand elle arrive chez son analyste, elle découvre que je me suis absenté et fait remplacer par une « intérimaire ». La séance a lieu malgré tout. Mais de façon bizarre. L'intérimaire est assise sur mon bureau. Et elle-même a pris place dans mon fauteuil. Ce qui fait que c'est l'intérimaire qui parle, sans arrêt, ce qui l'irrite particulièrement.

Un premier saut (elle se souvient qu'à son réveil elle conservait encore quelques traces d'éléments faisant lien entre cette première partie et la suivante). Elle marche dans des rues avec l'intérimaire. Il y a des maisons qui fument par les fenêtres. Elles rencontrent Madame C. (ma collègue) qui leur parle. Elle pense d'abord que c'est à l'intérimaire que s'adresse Madame C. Mais non, c'est à elle.

Deuxième saut: elle se retrouve dans les bras de Madame C. et éprouve un sentiment de bonheur total. À son réveil, et maintenant encore, ce qui la frappe le plus est une telle impression de bonheur, de complétude, ressentie avec une telle acuité et une telle persistance. Mais les choses n'en restent pas là. Elle demande à Madame C. de devenir son analyste. Et celle-ci accepte. Elle éprouve alors un très fort sentiment de culpabilité, accompagné de l'idée qu'elle "ne peut pas me faire ça", car ce serait véritablement me tromper. Elle se dit aussi qu'elle va devoir payer pour cela, qu'elle encourt nécessairement une punition.

Troisième et dernier saut. Elle se promène avec sa fille (elle est un peu perplexe devant les transformations qui s'opèrent chez la fillette, qui grandit et approche de la puberté) et son chien. Sa chienne, plutôt - qui est en chaleur et s'échappe. La mère et la fille se mettent à courir (à la poursuite de la chienne ?), main dans la main. Elle s'aperçoit qu'elles se retrouvent en train de traverser un terrain, « réservé aux hommes ». C'est un « terrain de boules » - une aire de jeu réservée à la pratique de la pétanque - et elles risquent bien de se faire tancer. Un grand choc a lieu. Elle sent littéralement son cerveau bouger, vaciller, se balancer dans sa tête comme s'il avait rompu ses amarres. Elle porte les mains à son visage, et les ramène, pleines de sang. Est-elle morte ? Elle se réveille. Une question la travaille, qui perdurera au réveil: est-ce une boule qu'elle a reçue en pleine tête ?

Elle tente d'associer aussitôt après avoir conclu son récit. Elle commence par l'intérimaire. Dans la réalité, son travail l'a souvent conduite à côtoyer ce type de personnel, dit-elle. « Chaque fois que j'ai dû travailler avec des intérimaires, c'était la même chose. Il fallait toujours faire leur boulot en plus du nôtre. » L'intérimaire, c'est celle qui vous fait faire son travail. Non pas celle qui n'est pas fiable, mais celle qui se décharge sur l'autre de sa fonction.

Elle enchaîne sur les « maisons qui fument par les fenêtres ». Des maisons qui fument ? Ben oui. Il y a un feu qui brûle à l'intérieur. Elles ont "un feu intérieur qui les consume". C'est très simple. Et parfaitement normal, au demeurant. Il n'y a pas de quoi s'en inquiéter. D'ailleurs effectivement, au-dehors, dans les rues, tout est calme. Par contre, il faut reconnaître que cette représentation qu'il y a « un feu qui vous brûle du dedans » est assez insistante. Elle fait écho à la fois à la « chienne en chaleur », et à la petite fille qui devient nubile et éprouve ses premiers émois.

Les bras de Madame C. - être dans les bras de la « désirothérapeute », et en ressentir un tel bonheur. Y a-t-il vraiment à en dire davantage ? Quel besoin y a-t-il d'associations supplémentaires alors que tout semble dit ? Une précision, pourtant: l'image qu'elle a de Madame C. est une image profondément maternelle. Elle s'en était d'ailleurs étonnée losrqu'elle la mettait en place d'objet de mon désir: un analyste, c'est quelqu'un d'autonome, d'adulte ; comment se fait-il, alors, qu'il recherche une mère pour femme ? Cela étant, l'important est peut-être là. Le bonheur, c'est être dans les bras de sa mère. Et de pouvoir tout lui demander - qu'elle soit tout pour vous. Y compris votre analyste. L'"inter-i-mère" avait donc cette fonction: en n'assurant pas son rôle, de la jeter dans les bras de la mère. Mais évidemment, et comme toujours, il y a un prix à cela: la culpabilité qu'elle éprouve à mon égard, le sentiment de m'avoir trompé et d'avoir à subir un châtiment pour cela.

N'est-ce pas d'ailleurs ce qui lui arrive dans la dernière partie de son rêve ? Quand elle fait retour sur le territoire des hommes - quand elle quitte les rues où les maisons (7) témoignent de leur feu, laisse l'intérimaire, laisse la mère, perd sa chienne en chaleur et revient avec sa fille, main dans la main, là où jouent les hommes -, elle se prend une boule dans la tête. Là est bien la question posée par le rêve: s'agit-il du châtiment attendu, ou de la sanction encourue pour avoir pénétré sur un territoire défendu, ou encore du choc salvateur - la rencontre de la boule, la gifle de l'altérité - qui la fait mourir à une situation, certes, mais pour renaître peut-être à une autre ? En tous les cas, le choc a proprement valeur de réveil.

Ses associations s'arrêtent là. Et une interprétation générale du rêve se dégage un temps, centrée sur la rivalité envers la femme et sur la culpabilité, qui ne satisfait pas le sentiment intime de ma patiente - son « savoir insu », pourrait-on dire - et surtout ne se révèle congruente ni avec le matériel recueilli antérieurement, ni avec celui - on l'a vu dans "Un chien de ma chienne" - qui viendra ensuite à jour. En fait, la force et l'importance de ce rêve me paraissent résider avant tout dans l'indécision sur laquelle il débouche et que scande le réveil. D'un côté l’appel de la mère, de l'autre celui de l'homme. Mais où est donc, dans l'histoire, le phallus ? C'est quand la question vient vraiment à se poser qu'il y a choc, et réveil. Le réveil qui sauve le sujet de l'horreur de la réponse, et lui permet de continuer à tisser ce songe qu'on appelle la vie (8).

La relation de ce deuxième épisode pourrait se clore là-dessus. Et annoncer ainsi le troisième, où sera relatée la série de menus événements, de réminiscences et de rêves autour desquels se nouera la fin de cure de la jeune femme. Nous verrons alors que ceux-ci ne sont guère autre chose, somme toute, que l'écho persistant de ce premier choc, et que la fonction de celui-ci sera bel et bien de produire, dans la précipitation ordinaire du « moment de conclure », un nouveau réveil - du sujet lui-même, cette fois.

Mais avant de passer à cette « troisième époque », il ne me semble pas inutile d'accentuer un tout petit peu plus la portée de cette mise en série dont je viens de faire le récit. C'est la figure de Madame C. qui semble y être centrale. Elle est la « désir-au-thérapeute », désignée ensuite comme occupant la propre place de Freud ; et elle représente l'autre-analyste-et-mère, accessible dès lors que l'analyste se découvre pour ce qu'il est: un simple intérimaire - quelqu'un qui vous fait faire son boulot à sa place. (L'analyste est, proprement, un "inter-mère" - son rôle est de donner accès à la mère.) Que, de surcroît, ma patiente veuille bien s'identifier à George Sand - qu’elle veuille bien assumer la position d'une femme qui prend une position d'homme pour aimer les hommes un peu féminins (elle-même reconnaît que c'est ainsi qu'elle perçoit son mari) - prend dans ce cas toute sa mesure. Madame C. est donc objet d'amour à tous les titres: objet supposé du désir de l'analyste, à partir de là mis en place de sujet supposé savoir (Freud) par excellence, figure de la femme phallique, et figure de la mère. Ainsi le rêve peut-il se déployer ; deux pôles organisent son espace: autour de l’un viennent se conjoindre l'analyste et la mère - l’autre supporte l’image de la femme en chaleur. Et c’est une sanction qui constitue le fléau de cette curieuse balance: la sanction, on l’a vu, que représente une véritable "rencontre": celle de la boule. Dès lors que l'on se risque sur le territoire des hommes, on peut y rencontrer une boule … Mais cette rencontre est, ici, encore en suspens ; c'est bien là le message dernier du rêve: il s’interrompt à l’instant même où elle pourrait advenir.

Il a été montré, dans "Un chien de ma chienne", que ce suspens préservait un certain degré d'indécision. Le rencontre dont semblait témoigner le passage du « que » au « dont » en était-elle vraiment une ? Si la jeune femme acceptait dorénavant le don, était-ce parce qu’elle assumait la perte de la queue, ou, au contraire, parce qu’elle s’était appropriée celle-ci ? Si elle admettait, après tout, qu’un homme lui fasse l'amour, n'était-ce pas, au fond, parce que c'était elle, désormais, qui bandait ?

Il sera montré, dans "Le panache du bichon", comment ce suspens, finalement, sera levé. Ce qui permettra au petit chien, alors, de cesser de courir après sa queue

Dans "Un chien de ma chienne", je présentais une séquence de deux rêves rapportés par une jeune femme en analyse. Leur lecture éclairait une erreur syntaxique récurrente dans le discours de cette patiente, mais, surtout, permettait de dégager un nœud essentiel de sa problématique - une forme de "trait" de son cas. Leur interprétation eut d'ailleurs un effet presque immédiat ; elle leva l'un des derniers symptômes qui avaient conduit la jeune femme à s'engager dans la cure. Mais cette efficacité, si elle confirmait la justesse et le caractère approprié de l'interprétation, ne permettait néanmoins pas de préciser la nature véritable du changement qui s'opérait. Était-il la marque d'une inscription plus harmonieuse dans la logique du partage des sexes, et d'une reconnaissance accomplie du manque de l'Autre, ou, tout au contraire, était-il plutôt le fait d'un déni de cette reconnaissance - le résultat d'un processus d'appropriation imaginaire qui permettait désormais à la patiente de jouir de sa propre parade phallique ? Les seuls éléments livrés dans l'article ne me permettaient pas de conclure.

Ce pourquoi, dans "L'intérimaire", je rapportais d'autres éléments un peu épars du même cas, que j'avais notés au fil des années précédentes pour ce qu'ils me semblaient aller dans le même sens: relever du même dualisme, et de la même hésitation à opter pour l'une ou l'autre des lectures possibles. Puis je détaillais un autre rêve, fait par la patiente à peu près deux ans auparavant, qui s'était avéré trop complexe pour être interprété sur le champ de façon satisfaisante, mais qui, après-coup, paraissait rassembler déjà la plupart des signifiants majeurs que la séquence des deux « rêves au bandana » mettait ensuite clairement à jour. Ce premier rêve, décomposé en quatre actes, amenait la jeune femme, par la grâce d'une « "inter-i-mère" », à condenser en une seule figure celle de l'analyste et celle de la mère, puis à pénétrer avec sa fille, toutes deux lancées à la poursuite de sa chienne en chaleur, au pays des hommes, sur un terrain de boules - et à s'en prendre une en pleine tête. Le réveil provoqué par ce choc me paraissait être à la fois l'augure de ce qui devait se précipiter par la suite dans le travail de frayage ("Durcharbeiten") en cours, et la localisation même du point vif de la problématique de la patiente - ce qui me décida à arrêter là ce récit, à suspendre sur cet instant de réveil la relation de ce second épisode. Ce sont les échos de ce choc qui résonnent dans la troisième « époque » que je vais présenter maintenant, époque où se ramassent les éléments, annoncés dans les deux premiers épisodes, qui finirent par déclencher la conclusion de cette cure.

Un an environ après les « rêves au bandana », elle rapporte, en l'espace de quelques semaines, la série de menus événements, de rêves et de réminiscences suivante. Elle regarde, un soir, l'émission littéraire de Bernard Pivot (tiens, tiens …). On y parle d'un ouvrage écrit dans des conditions qui la fascinent: le livre de Jean-Dominique Bauby, "Le scaphandre et le papillon", qui a été dicté par l'auteur, complètement paralysé à la suite d'un accident vasculaire, au moyen d'un code composé de clignements d'yeux. Entendre parler de cet homme qui a écrit un livre pareil, avec le seul recours de son regard (on se souvient de ce qu'était, pour elle, la fonction du regard …), et alors qu'il se trouvait dans une sorte d'entre-deux-morts, qu'il était totalement impuissant, trahi par son corps et livré à l'entière merci de l'autre, la subjugue littéralement.

Dans l'après-midi du lendemain, elle profite de la nonchalance du week-end qui débute pour aller flâner avec son mari dans une brocante. Elle tombe soudain en arrêt devant un dessin, l'un de ces vieux dessins représentant des « scènes de genre » humoristiques ou un peu grivoises. La scène campée par celui-ci montre un petit garçon, en arrêt lui-même, interdit, pourrait-on dire - mieux, "médusé" - devant une petite fille qui soulève ses jupes et exhibe son sexe. Elle est captivée par l'image, tout aussi pétrifiée que ne l'est Bauby. Son mari essaie de la détacher de sa contemplation. Elle ne se laisse faire qu'à la condition d'acquérir le dessin. Ce dont son mari la dissuade tout aussitôt: « Tu ne vas quand même pas acheter un truc pareil ! » Elle se secoue, et se résout à le suivre. Rentrée chez elle, elle se sent épuisée, comme après une lutte acharnée de plusieurs heures. Elle va s'étendre un peu, s'endort, se réveille en se sentant encore plus mal, se dit qu'elle déprime, puis se relève brusquement et, sous le coup d'une compulsion irrépressible, reprend sa voiture pour foncer à la brocante dont elle parcourt les stands en tous sens. Las ! elle ne retrouve plus l'étal où était exposé le dessin.

Le soir et le lendemain, elle repense à tout cela. Un souvenir lui revient. Elle était enceinte ; elle ne sait pas trop ce qui lui a pris, mais un jour elle s'était saisie d'un miroir qu'elle a mis entre ses jambes pour pouvoir y regarder son sexe. Et elle "a vu". C'était horrible, dit-elle ; en tout cas, elle a été proprement horrifiée.

À la séance qui suit cet épisode, et alors qu'elle achève de me le rapporter, elle se trouve renvoyée à un autre souvenir. Elle était toute petite. Son père était parti en voyage et en était rentré bouleversé. Il avait raconté qu'au cours de son trajet un dément s'était jeté sur sa voiture, l'avait insulté de façon incohérente, avait tenté de monter dans l'auto, tambouriné aux vitres, proféré des menaces, donné des coups de pieds dans la carrosserie. Elle-même avait été très effrayée de ressentir de manière aussi palpable l'effroi de son père. Était-ce l'une des premières occasions où le héros, l'être tout-puissant qu'il incarnait, se trouvait réduit aux proportions d'un homme un peu choqué, apeuré, soulagé d'avoir retrouvé l'abri de sa maison pour y narrer les périls qu'il avait rencontrés à l'extérieur, et qu'il n'avait su que fuir ? Peut-être. Mais quel rapport avec ce dont elle parlait auparavant ? Je ne saisis pas bien. « Votre mère était dans la voiture avec votre père ? », demandé-je au hasard. « Oui ; ainsi que mon frère. » « Où allaient-ils ? » « Mes parents conduisaient mon frère en pension ; c'est durant le trajet qu'ils ont été agressés. » Silence. Elle ajoute: « Ils emmenaient mon frère dans la "Creuse" ! »

Il est clair que c'est de son propre vide dont il est question ; la "creuse", c'est bien elle. Comme pour en apporter la confirmation, elle se présente à la séance suivante très fâchée ; elle n'aurait pas dû venir, d'ailleurs, me souligne-t-elle, car elle ne parvient plus à parler. Que lui arrive-t-il ? Elle a perdu ses dents. Son bridge, en fait. Ce qui l'a obligée à aller consulter son dentiste de toute urgence. Qu'est-ce que c'est (encore !) que cette histoire ? Elle m'explique. Il lui manque quatre dents - qui lui ont toujours manqué. C'est génétique. Une sorte de défaut de fabrique, en somme. On en a souvent plaisanté dans le cercle familial. Et pourtant, ce n'est pas drôle. Ces dents qu'elle n'a pas, c'est son frère qui les possède. Lui en a quatre en trop ! Et maintenant, son bridge vient de lâcher. Et elle se retrouve avec un creux dans la bouche …

La semaine suivante, son humeur a changé. Elle me parle d'une affiche annonçant un colloque dont je suis l'un des organisateurs. Il s'agit du cinquième colloque de PERU (Psychanalyse Et Recherches Universitaires) qui s'intitule "Les enjeux du savoir". Mais elle a lu (et retenu) un autre titre: "Savoir et vérité" ! Et pour elle, tout est là. Elle y arrive. Le savoir de sa vérité … Presque à portée de main. Un cap, dans tout ce travail de reconstruction, lui semble bien avoir été franchi.

Un rêve, encore un, paraît venir peu après en attester. Il semble d'une simplicité absolue. Son mari lui apparaît en songe, doté d'un sexe gigantesque. Elle lui rendrait donc ce qu'elle n'a jamais eu ? Il y a quand même une pointe d'humour en l'affaire - la cerise sur le gâteau - le petit détail qui s'oppose à ce qu'un ordonnancement trop parfait arase la pointe de vérité - la marque que la structure ne peut se taire, que le défaut ne peut être radicalement obturé: de ce sexe gigantesque, évidemment, son mari ne sait que faire. Il l'a, certes, mais - disons les choses comme elles viennent - n'en est que plus "interdit" !

C'est un rêve, un dernier rêve, qui va constituer, quelques séances après, la clé de voûte de l'ensemble. Il y est une fois de plus question de sa petite chienne qui, décidément, est bien le support privilégié de ce qu'elle a à se dire à elle-même chaque fois qu'elle préfère ne pas trop avoir à l'entendre. La chienne est partie (- à nouveau, serions-nous tenté d'ajouter). Mais elle revient. - Mais elle revient sans sa queue ! Elle n'a plus de queue …

Je me permets d'interrompre son récit pour lui demander, maintenant, après tant de temps, et tant d'évocations de l'animal, ce que c'est. « À propos, quelle est la race de votre chienne ? » « Un bichon », me répond-elle. Et de préciser: « Un bichon, c'est un peu comme un caniche, mais avec une queue en plus. Les caniches, on leur coupe la queue quand ils sont petits. Les bichons la gardent. Et c'est vraiment une superbe queue en panache. »

Sa chienne a donc perdu la sienne à son retour d'escapade. Je l'invite à poursuivre la relation de son rêve. Mais en fait elle était déjà presque achevée. « Mon rêve se termine là, c'est tout. Ma chienne revient sans sa queue. Et je lui parle. Dans mon rêve, je m'entends lui parler. Je la console. Je lui dis que ce n'est pas très grave. Elle est belle quand même. Et je l'aime comme ça. »

Une séance encore après, un dernier souvenir revient, se présente à elle comme pour faire bonne mesure - comme pour faire le compte. Elle était bien petite. La maison qui se trouvait en face de la leur était en cours de restauration. Des ouvriers travaillaient tout le jour sur le chantier en face de sa fenêtre. Alors elle se montrait à eux. Elle remontait sa jupe et exhibait sa culotte. L'un des ouvriers a fini par en avoir assez. Il lui a dit de cesser, sans quoi il allait prévenir ses parents. Elle s'est arrêtée.

Je ne suis pas sûr, au point où j'en suis parvenu, qu'il soit nécessaire d'en dire davantage, de forcer l'interprétation, et, "a fortiori", de tenter de conclure. Cette série que je viens de rapporter me semble parler d'elle-même. Et le risque, la tentation, de croire comprendre - de croire tout comprendre - toujours nous guette. Alors restons-en là. Les fins "en queue de poisson" ne sont pas forcément les plus mauvaises.

 


  1. Selon la définition de Lacan: " L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas " ; cf. J. Lacan, "Le Séminaire, Livre IV, La relation d'objet" (1956-57), Paris, Seuil, 1994.
  2. Maître de conférences habilité à diriger des recherches, directeur du Département de Psychologie de l'Université de Rennes II.
  3. Ce petit foulard de couleur vive, porté par quelques chanteurs des années 80, qu'une certaine mode accrocha au cou des chiens, après l'avoir fait porter aux gens. Est-il utile de préciser que, dans la réalité, elle n'a jamais songé à en affubler sa chienne ?
  4. Au prix d'un certain déplacement, il est vrai: celle-ci est dirigée vers ces autres formes d'elle-même que sont sa fille ou sa chienne.
  5. Ce n'est que lorsque ce dernier lui a proposé une forme de réciprocité dans leurs échanges érotiques - non seulement qu'il la caresse comme elle le souhaitait, mais qu'elle-même lui rende ses caresses - en offrant à sa vue son désir érigé, qu'elle l'a repoussé, l'insupportable pour elle étant de devoir soutenir l'exhibition de ce que le désir fait de la chair d'un homme - l'insupportable étant de voir ce qu'elle-même ne pouvait montrer !
  6. Celui que je signalais dans "Un chien de ma chienne", pensant qu'il détenait les prémisses du rêve central ("la chienne au ‘bandana’") que j'y analysais.
  7. Ma patiente ne parle pas allemand, et je ne crois pas que mon nom ait, en l'occurrence, un rapport direct avec ce signifiant.
  8. Cf. J. Lacan, "Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse", Paris, Seuil, 1973, chapitre 5, p. 53-62, et J.A. Miller, « Réveil », "Ornicar?", n° 20/21, 1980, p. 49-53.