World Association of Psychoalanysis

 

Ce jeu insense d'ecrire

Joseph Attie

 

Prealable

La question de l'ecriture est une question qui me tient a coeur. Je suis en effet parti dans la vie pour ecrire de la poesie. C'etait mon idee. Une sorte de hantise qui m'avait longtemps retenu. Aujourd'hui, je dirais que ce fut la un autre temps, une autre epoque. Ce qu'il est possible de traduire par la formule: il etait une fois un ete ou on faisait des reves.

Voila pourquoi ce fut une des premieres choses que je racontais a Lacan, la toute premiere fois que je le vis, venant lui soumettre ma candidature pour une analyse didactique. La premiere reponse de Lacan (car il y en eut une seconde) fut: "Vous allez donc etre le premier analyste poete."

Ma naivete etait grande en ces temps, et je n'ai pas su s'il me faisait par la un compliment, ou s'il se moquait. En tous les cas, au fond de moi, ce fut comme un defi, que venait redoubler ma demande d'analyse, et l'elever au second degre.

Et effectivement, je n'ai pas tarde a confier mes "textes" a Lacan. Ce qu'il a pris le plus au serieux. Et meme avec grande estime. Du moins a ce qu'il m'a semble, ou c'est ce que j'ai voulu croire.

Pour clore maintenant la part de confidences, je suis revenu a la charge plusieurs annee plus tard, et j'ai pose la question: "Mais qu'est-ce que je vais faire de tout ca ?" Et c'est la que j'ai eu droit a la deuxieme reponse: "Il faut l'ecrire maintenant", me dit-il. Du coup, j'etais bien vexe. Je croyais en effet lui avoir confie des "ecrits", et voila qu'il me dit qu'il faille les ecrire.

Mais entre-temps, l'anecdote a commence a preter a consequence. C'est en effet dans l'apres-coup que j'ai ete frappe par ceci, que j'ai ete prendre a temoins quelqu'un, (pas n'importe qui bien sur), d'un desir d'ecrire, en faisant une demande d'analyse didactique. Entre demande et desir, il y avait la quelque chose de bien subtile qui m'echappait totalement alors.

Tout cela a pris la tournure suivante. Quinze ans plus tard, j'ai ecrit le premier article qui a vraiment compte pour moi, et que j'ai confie aux "Lettres de l'EFP" (n° 20, mars 1977). Il etait intitule « Le DIT/L'ECRIT ». En epigraphe, j'ai pose les trois categories du necessaire, de l'impossible, et du contingent, telles que Lacan les a reelaborees a partir d'Aristote.

Voici le commencement de cet article, car cela fait partie des consequences de ma demande d'analyse, et parce que les choses sont loin d'etre finies ; et que, grace a cette conference, je suis en train d'ajouter encore un chapitre a cette histoire.

Voici donc le point de depart de cet article: "Il semble que ce soit chose entendue, quand on est dans l'ordre de la doxa, d'affirmer que la parole ne trace que dans le sable, alors que l'ecriture grave dans la pierre, pour l'eternite. Or, la situation analytique semble presenter un paradoxe dans le fait qu'avec une parole toute volante, et destinee a s'effacer aussitot proferee, quelque chose chemine, se trace, s'inscrit indelebilement et rejoint de la sorte le privilege accorde en principe a l'ecriture. Le dire semble ainsi constituer une autre alternative a l'ecrire, a cette condition donc, necessaire mais pas toujours suffisante, qui est celle de la situation analytique."

J'essaie donc aujourd'hui (bien sur, la question de ce que c'est que l'aujourd'hui est toujours presente pour qui l'enonce, c'est un "shifter", nous dit la linguistique, et il est toujours bon qu'il reste « vierge et vivace », comme dit le poete) de donner une suite a cette interrogation. Que de temps perdu, pourrais-je me dire. Parce que la question n'a pas perdu de son actualite, pour quiconque se soucie d'ecrire. D'ou mon intitule d'aujourd'hui que j'ai prefere a celui, apparemment plus neutre, de "Sait-on ce que c'est qu'ecrire ?", les deux formules etant de Mallarme. Je vais alors degager, dans un premier temps, la conception que Mallarme avait de l'ecriture, en tant que poete evidemment. Et nous allons voir en quoi cela peut nous enseigner en tant que psychanalyste. Parce que celui-ci se pose cette question, mais ce n'est pas du meme lieu.

 

Propos mallarmeen: "Sait-on ce que c'est qu'ecrire ?"

Mallarme a porte toute sa vie cette interrogation en lui. C'est seulement dans sa conference sur Villiers de l'Isle-Adam qu'il lui a apporte les formulations les plus precises. Villiers est peu lu de nos jours. Mallarme lui a voue une amitie d'une tres grande fidelite. C'etait en quelque sorte "son heros ideal", a cote de Hamlet, ce qui n'est pas peu dire. Mort de cancer en 1889, c'est en fevrier 1890 que Mallarme fut invite en Belgique pour une tournee de conferences sur Villiers. Notons simplement "le trait" qui a du arreter Mallarme en cet ami ou il se reconnaissait. Devant le presenter, il suspend immediatement ce que l'on appelle la vie, la biographie... "Je ne cherche rien qui reponde a ce terme: veritablement et dans le sens ordinaire, vecut-il ?" ("OC", p. 482)

Faisant, au cours de sa conference, differentes citations des livres de Villiers, nous pouvons nous arreter devant une citation du roman "Axel". C'est tout un dialogue entre les deux amants, Sara et Axel. Appelant son amant a aller vivre au loin:

"La-bas... La jeunesse, la liberte ! le vertige de notre puissance ! Et qui sait... tous les reves a realiser.

- A quoi bon les realiser... (lui repond Axel) ils sont si beaux !

- Vivre !, poursuit-il, Vivre ? Les serviteurs feront cela pour nous." ("OC", p. 504-505)

De Mallarme, on peut bien dire que lui non plus n'a pas vecu. Dans le sens commun que l'on donne a ce terme. Il n'a pas idealise la vie ou ce que l'on appelle le bonheur, ou une forme de jouissance, au profit de quelque chose d'autre. Il s'etait marie presque par devoir. Il avait passe sa vie a etre le petit professeur d'anglais, mal note par ses superieurs, et chahute par ses eleves. De tout cela, apparemment, il n'en avait cure. Il avait une seule obsession: ecrire et etre poete. Il avait bien fini par etre un homme celebre, d'abord dans le petit milieu des poetes parisiens, a partir de 1885, puis la renommee s'etait elargie. Tout ce qu'il y avait comme ecrivains importants, comme peintres, comme intellectuels, defilaient chez lui les mardis soir, les fameux mardis de la rue de Rome, ou il habitait. Et apparemment il fascinait tout le monde. Tout se passait comme s'il etait le seul a savoir ce que c'est que la poesie et ce que c'est qu'ecrire. Renommee d'autant plus paradoxale qu'il avait vraiment tres peu ecrit ; juste un nombre limite de poemes, alors que son idee de l'oeuvre et du Livre semblait supposer un grand nombre de volumes. Seulement voila, "il semblait savoir de quoi il parlait". Au point que Oscar Wilde, Andre Gide, Paul Valery, Huysmans, Paul Claudel... se pressaient dans son petit salon.

Et dans la nouvelle biographie que Jean-Luc Steinmetz (chez Fayard) vient de lui consacrer, il parle "d'un debutant de cinquante ans". Il faut rappeler qu'il est mort en 1898, il avait alors 56 ans.

Ce poete a pourtant marque non seulement la deuxieme moitie du XIXe siecle, mais notre XXe siecle tout aussi bien. Au point que quelqu'un comme Jean-Claude Milner, dans le petit livre qu'il vient de lui consacrer, "Mallarme au tombeau" (chez Verdier), se demande: "Devons-nous etre mallarmeen ?"

Ce qui nous importe a nous, a travers Mallarme, c'est, je le disais, sa conception de l'ecriture. Et celle-ci, c'est la poesie. Mallarme rabattit toute la litterature a la poesie. Pour une raison apparemment simple: l'instrument de la poesie, en effet, c'est le Vers. Il y a toute une doctrine du vers chez lui, et qui revient a dire que le vers est un nom propre. Sa formule desormais bien connue sur la fonction de la poesie, "Donner un sens plus pur aux mots de la tribut", ramene la poesie, et toute vraie ecriture, a un "proces de nomination". Ceci est d'autant plus important a retenir que Mallarme proscrit toute nomination immediate. C'est pour lui perdre l'essentiel du plaisir. Proceder par allusion, par suggestion, recourir a un deux a deux, d'un jeu metaphorique, qui fait s'evanouir l'objet pour le faire apparaitre dans une nouvelle lumiere sans que l'on sache de quoi il s'agit.

Quelques exemples eclaireront mieux la pratique de Mallarme.

- "Ses purs ongles tres hauts dediant leur onyx": c'est nommer la nuit porteuse de la constellation celeste.

- Apparemment plus facile est le vers suivant: "Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui." C'est un vers qui a l'air de ne comporter aucune difficulte. On dirait que cela vise a nommer "l'aujourd'hui". Mais c'est quoi l'aujourd'hui ? Il est ici complete par deux epithetes: il est vierge et vivace. On voudrait bien que chaque aujourd'hui soit vierge et vivace. Porteur d'une sorte d'allegresse du petit matin. Pour qui va a la conquete du monde en tout cas. Et c'est le petit matin de la grande revolution. Mais c'est l'aujourd'hui de qui ? Interrogeons alors ce "schifter". Difficile de cerner a qui il renvoie. Le sonnet donne a entendre que c'est l'aujourd'hui du cygne: "Un cygne d'autrefois se souvient..." L'aujourd'hui est ainsi articule aux "autrefois" du cygne, c'est-a-dire toutes les fois ou le cygne a manque l'occasion de chanter "la region ou vivre". Mais qui dit le cygne dit le poete, son symbole antique.

Et a suivre l'exegese de J.C. Milner, cet aujourd'hui renvoie a deux autres aujourd'hui, de deux autres poetes, celui de Victor Hugo et celui de Baudelaire, qui n'ont rien a voir avec l'aujourd'hui de Mallarme. Le moment de Hugo, "c'est tout attendre d'un jour a venir, qui est eternellement vierge et vivace". Le moment baudelairien, "c'est tout attendre d'un tel jour, mais savoir qu'il ne viendra jamais en ce monde" (J.C. Milner, "Mallarme au tombeau", p. 57). Le moment mallarmeen consiste a "prononcer qu'il n'y a pas d'aujourd'hui ; qu'il n'y a pas de jour qui se distingue d'un autre ; que l'ennui est de structure, et que la mort nous fixe ici bas" ("Ibid.", p. 58). Au point que Milner propose d'intituler ce poeme (qui n'a pas de titre), "La mort du Cygne", ou "Le Tombeau de Stephane Mallarme".

Une nomination donc cela. Mais la vraie question demeure: "Sait-on ce que c'est qu'ecrire ?" C'est la premiere phrase de sa conference sur Villiers sur quoi il faut s'attarder.

1 - "Une ancienne et tres vague mais jalouse pratique, dont git le sens au mystere du coeur." (Mondor "OC", p. 481) Apparemment, nous ne sommes pas tres avance pour savoir ce que c'est que l'ecriture. C'est du moins « une pratique », dont le sens git "au mystere du coeur". Nous avons donc affaire a une praxis, qui suppose "un savoir-faire" du poete, dirait Lacan. Un savoir-faire avec la langue. Et toute une science du langage. En principe, on peut ajouter que la pratique analytique suppose aussi un "savoir-faire avec la langue". Mais la pratique analytique n'est pas a proprement parler une ecriture. Dans un sens, quelque chose s'ecrit pour le sujet de la parole, pour l'analysant. Reste a savoir de quel type d'ecriture il s'agit. L'analyste, lui, se contente de prendre acte, en ponctuant, en interpretant ce qui opere dans cette ecriture.

2 - "Qui l'accomplit (cette pratique) integralement, se retranche." ("Ibid.") Un tel propos est audible aux psychanalystes. Le sujet qui avance un signifiant disparait immediatement apres. Plus precisement, il en est divise. N'hesitons pas a dire que le poete aussi, mais pas de la meme maniere. Nous avons la la pointe de ce qui va rapprocher et eloigner poete et psychanalyste, et qui sera au coeur de cet expose.

Reprenons cependant la formule "qui l'accomplit, integralement, se retranche". Ceci nous renvoie au statut de la metaphore chez Mallarme, et qui est tout a fait centrale. Tout l'art en effet de Mallarme est dans la suggestion, dans l'allusion, d'un signifiant a un autre.

Nous avons plusieurs echos chez Mallarme de cette conception de l'ecriture. A Degas, le peintre, qui lui demandait conseil, quelques bonnes idees pour faire un sonnet, la reponse de Mallarme fut la suivante: "Ce n'est pas avec des idees qu'on fait des sonnets, Degas, mais avec des mots."

Il en resulte qu'il faut "ceder l'initiave aux mots, ce qui implique la disparition elocutoire du poete". Comme dans l'association libre qui implique une disparition forcee du sujet de l'enonciation.

3 - Integralement se retranche... "C'est ce jeu insense d'ecrire." (Mondor "OC", p. 481) Je ne m'attarderai pas sur cette formule. Avec les questions qui doivent se poser, a savoir pourquoi et a quel titre ecrire est un jeu, et pourquoi c'est insense ? Laissons alors Mallarme poursuivre sa phrase et decrire presque ce qui est l'enjeu de ce jeu.

4 - "S'arroger, en vertu d'un doute,... quelque devoir de tout recreer..." ("Ibid.") "Tout recreer" n'est pas une mince affaire. Mais tout recreer "en vertu d'un doute" constitue une methode. C'est ce doute qu'il faut souligner. Il est central pour Mallarme, autant peut-on dire que pour Descartes. Allons ici au plus simple, c'est-a-dire a ce qui a chance d'etre plus parlant. Le doute, en effet, est ce qui torture le plus le Faune. Ces nymphes qu'il voulait attraper, etait-ce un songe, fruits de sa libido en eveil, ou la realite meme dont il cherchera longtemps les preuves ?

Le doute, ensuite, c'est par excellence Igitur. C'est un "Donc" en latin. J.C. Milner s'appuie sur Breal et Bailly, auteurs des "Mots latins" (1885) pour expliciter Igitur. "Igitur a d'abord ete une particule de temps signifiant "alors". De la, il a passe au sens de "consequemment, donc"."(J.C. Milner, "Mallarme au tombeau", "op. cit.", p. 72) Et d'ajouter lui-meme:"Igitur donc ne designe rien de ce monde, hormis la position - temporelle et logique - d'un sujet qui profere "igitur"." ("Ibid.", p. 72) A quoi il faut ajouter qu'Igitur, c'est ce qui definit le cogito mallarmeen, et qui peut se dire "je meurs donc je suis". Il constitue ainsi le tournant dans la vie et l'oeuvre de Mallarme.

5 - .... s'arroger en vertu d'un doute quelque devoir de tout recreer..., "avec des reminiscences", c'est la un terme qui a sa reference freudienne, c'est l'hysterique qui souffre de reminiscences. Pour Mallarme, les reminiscences ont une autre fonction et c'est "pour averer qu'on est bien la ou l'on doit etre (parce que, permettez-moi d'exprimer cette apprehension, demeure une incertitude)" (Mondor "OC", "op. cit.", p. 481). Le doute de nouveau, parce que le devoir est "de douer d'authenticite notre sejour". Notre sejour terrestre, le douer, le fonder dans une parole poetique. (On reviendra sur cette parole poetique.) Et la phrase se poursuit: "Un a un, chacun de nos orgueils, les susciter, dans leur anteriorite et voir." Premier versant de ce travail d'ecriture.

6 - Et voici comment le paragraphe se clot, point qui m'importe le plus. "Autrement, si ce n'etait pas cela, une "sommation" au monde "qu'il egale sa hantise a de riches postulats chiffres, en tant que sa loi", sur le papier bleme de tant d'audace - je crois, vraiment, qu'il y aurait duperie, "a presque le suicide"." ("Ibid.")

A cote des reminiscences, des orgueils qu'il s'agit de susciter pour voir, il y va la d'un deuxieme versant de l'ecriture, il s'agit d'une sommation, d'une intimation, d'une mise en demeure, adressee au monde. Ce qui complique le sens: de quoi peut-on sommer le monde ? Qu'il egale ""sa" hantise", "sa" renvoie autant au poete, a celui qui ecrit, qu'au monde lui-meme. Que le monde donc soit l'equivalent de sa propre hantise. Notons le renversement, il ne s'agit pas pour le poete d'egaler le monde par ses formules. Mais que la parole du poete s'egale aux lois du mondes par " "de riches postulats chiffres", en tant que sa loi". La loi du monde et du poete. Justement, la veritable tache de l'ecriture est de produire ces postulats chiffres qui sont ceux du poete et du monde. On dirait qu'il s'agit pour le poete de produire "ses propres mathemes" qui sont ceux du monde. On peut dire aussi que chaque vers devrait, comme nom propre, etre a cette hauteur. Qu'il suffise d'evoquer derriere ces postulats chiffres la formule "Un coup de des jamais n'abolira le hasard". Loi du monde et loi du sujet. La gageur serait d'en faire la demonstration a partir de n'importe quel vers de Mallarme.

Si ce n'etait pas cela l'ecriture "il y aurait duperie, a presque le suicide".

Entre le monde et la hantise du sujet, il importe de degager l'articulation entre le "Reel et la verite". C'est ce qui constitue l'axe et le coeur memes de ce propos sur l'ecriture.

Par opposition au monde ou le poete doit fonder "son etre la", comme dit le philosophe, il y a la nature. Et "La nature a lieu, nous dit le poete, on n'y ajoutera ; que des cites, les voies ferrees et plusieurs inventions formant notre materiel" (Mallarme, "La musique et les Lettres", "OC", p. 647). On peut essayer de les representer, ce n'est pas la une ecriture. "Narrer, enseigner, meme decrire, cela va et encore qu'a chacun suffirait peut-etre, pour echanger la pensee humaine, de prendre ou de mettre dans la main d'autrui en silence, une piece de monnaie..." (Mondor "OC", p. 857) Propos repris souvent par Lacan pour evoquer la parole vide.

7 - Ainsi l'ecriture pour Mallarme est un proces de nomination. C'est ce qu'il appelle, lui, la Notion pure ("Epouser la notion" est un poeme inacheve et inedit de Mallarme, publie en 1992, chez Fata Morgana). Faire exister un objet en tant qu'absent. Et au-dela de la Notion, cela revient a produire "des postulats chiffres". Ces premisses aboutissent a l'idee que "l'ecriture est un acte". L'acte par excellence, pour le poete "qui est une facon d'etre au monde". C'est dans une autre conference, qu'il a tenue cette fois a Oxford et a Cambridge, sur l'etat de la litterature, qu'il a annonce aux Anglais cet evenement inoui: "On a touche au vers."

Les gouvernements changent: "toujours la prosodie reste intacte." (Mondor "OC", p. 643)

Qu'on ait touche au vers est un evenement plus important que la Revolution francaise, l'Empire, la troisieme Republique. On a touche au vers, dans cette deuxieme moitie du XIXe siecle, parce que l'on a commence a ecrire des poeme en prose, et meme a faire des vers libres. "Heureuse trouvaille, commente Mallarme, c'est une modulation individuelle parce que toute ame est un noeud rythmique." (Mondor "OC", p. 644)

Et c'est dire que le rythme est au fondement de toute ecriture. Il n'est pas separable du style, dont nous savons que Lacan en donne une vraie doctrine. Rythme et style sont au coeur de toute vraie ecriture.

Et c'est dans ces temps de bouleversement de la prosodie que "l'acte d'ecrire se scruta jusqu'en l'origine" ("Ibid.", p. 645). Il ne faut jamais l'oublier: ecrire est un acte. Un acte qui renvoie a la question de fond, formulee de la sorte par Mallarme: " A savoir s'il y a lieu d'ecrire." ("Ibid.", p. 645) S'il y a la motif d'ecrire au-dela de la nature, comme Mallarme l'avait deja note. La nature se suffit a elle-meme.

Plus precisement: "A quoi bon la merveille de transposer un fait de nature en sa presque disparition vibratoire selon le jeu de la parole, cependant, si ce n'est pour qu'en emane, sans la gene d'un proche ou concret rappel, la notion pure." ("OC", p. 857) Le concept devrait emerger de la parole, comme une fleur, absente de tout bouquet.

Il y a la un effet de redoublement qui touche a l'essence meme de l'acte. Comme Lacan le dit de l'acte analytique. L'analysant ne saurait fonder son acte analytique que parce qu'il a rencontre un analyste qui, lui, s'etait deja autorise de son acte. " ... la vraie analyse originelle ne peut etre que la seconde, de constituer la repetition qui de la premiere fait acte." ("Scilicet", n° 1, p. 24) L'acte d'ecrire ramene Mallarme a la question de savoir s'il y a lieu d'ecrire, question originelle. Question sur quoi Maurice Blanchot n'a cesse de revenir, d'ou sa formule: "Pour ecrire il faut deja avoir ecrit."

8 - Cette Notion que Mallarme a de l'ecriture, il la pousse plus loin encore, il l'articule, a notre plus grand interet, a la parole. D'ou sa doctrine du double etat de la parole. D'un cote, "elle est brute ou immediate", parole vide, dirait Lacan, discours courant, universel reportage, precise Mallarme. D'un autre cote, "elle est essentielle", et c'est la parole poetique. Et l'ecriture a pour lui la fonction "d'isoler " cette parole poetique.

Nous retrouvons du coup ce qui etait notre point de depart, a savoir la distinction de la parole et de l'ecriture, et de leur articulation possible.

 

Propos lacaniens: "Une montagne entre le dire et l'ecrire"

Nous savons que l'oeuvre de Lacan se partage entre l'ecrit et l'orale. D'un cote, nous avons justement les "Ecrits", de l'autre, les Seminaires. Il y a la une problematique presente tres tot chez Lacan. Ainsi de " L'instance de la lettre dans l'inconscient " (1957) - date aussi du Seminaire sur la "Relations d'objet" -, Lacan situe ce texte "entre l'ecrit et la parole" ("Ecrits", p 493). Aussi bien, il finira par apporter un propos tout a fait tranche sur cette question: "Il y a plus qu'une nuance, il y a une montagne entre le dire et l'ecrit." ( "Conference a la Columbia University", "Scilicet", n° 6/7, 1975, p. 43)

Jean-Claude Milner s'etait penche sur cette problematique dans son ouvrage "L'oeuvre claire". Tout le premier chapitre de ce livre ne parle que de cela. Sans s'attarder sur la maniere dont il traite la question, je releve un petit propos de lui qui est gros de consequence: "La verite parle, elle n'ecrit pas." ("L'oeuvre claire", p. 30) Voila une formule bien parlante pour tout analysant. Et tout lecteur de Lacan se souvient de sa fameuse prosopopee: "Moi la verite je parle." ("La chose freudienne", 1955)

J'oppose a cela deux autres moments dans l'enseignement de Lacan. Le Seminaire XX, "Encore" (1972-73), et le Seminaire, "Le sinthome" (1975-76). Je m'arrete au premier, parce que j'y trouve toute une lecon qui porte sur "La fonction de l'ecrit", a entendre dans le discours analytique. Et au Seminaire "Le sinthome", parce que l'ecriture de reference est celle de Joyce, l'ecriture litteraire.

Pour preciser la fonction de l'ecrit dans le discours analytique, Lacan commence par evoquer les petites lettres qu'il a produites ("La fonction de l'ecrit", Le Seminaire XX, "Encore", chap. 3).

1 - Le (a) qui est un objet. 2 - Le A qui est un lieu, une place, le lieu de l'A. 3 - Il evoque en passant "La theorie des Ensembles" de Bourbaki, ou on trouve des "signes logiques". "L'un d'entre eux designe la fonction "place" et s'ecrit d'un petit carre..." ("Ibid.", p. 31) Ce simple carre releve pour Lacan de l'ecrit. 4 - Dans le meme chapitre, Lacan avance l'algorithme saussurien Sa/Se comme un ecrit. La barre ayant sa grande importance puisqu'il n'y a rien a comprendre de la barre, meme quand on l'utilise en logique pour la negation. 5 - Il avance enfin le grand Phi.

Ces trois lettres ((a), A, et grand phi) "n'ont pas la meme fonction mais elles ont ceci pour elles de relever de l'ecrit ". D'ou la phrase importante ou Lacan nous dit: "L'ecrit n'est nullement du meme registre que le signifiant." ("Ibid.", p. 31) Dans cette optique, l'ecrit releve du discours scientifique. Et pour que l'on ne s'y trompe pas, Lacan donne ailleurs, comme exemple d'une ecriture, celle de la formule de la relativite de Einstein.

Precisons un peu plus les choses. Dans la "Lettre aux italiens" (avril 1974), nous avons ce propos de Lacan: "Il y a du savoir dans le Reel" ("Ornicar?", n° 25, p. 8) Ce savoir, ajoute-t-il, "c'est le scientifique qui a a le loger". Ce qu'il faut souligner ici, c'est qu'il s'agit d'un savoir qui n'a rien a faire avec la verite. Verite et savoir sont ici tout a fait disjoints.

"L'analyse, elle, loge un autre savoir", c'est un savoir qui ne peut que tenir compte et s'extraire de la verite du sujet. Et en meme temps, ce savoir doit tenir compte du savoir dans le Reel. Nous avons la une notation de l'ambition de Lacan de maintenir toujours une visee scientifique a la psychanalyse. Il n'en resulte pas pour autant que l'ecriture scientifique soit la meme que l'ecriture analytique.

En effet, le savoir dans le reel peut etre produit par le scientifique "du semblant de s'en faire le sujet". Alors que le savoir produit par le discours analytique resulte d'avoir devoile au sujet sa propre division.

Notons au passage en quoi Lacan peut dire que le sujet dans la psychanalyse c'est le sujet de la science.

Voyons maintenant ce que Lacan nous dit du signifiant comme n'etant pas du meme registre que l'ecrit. "Le signifiant, au sens auditif du terme, n'a avec ce que ca signifie aucun rapport." ("Encore", p. 31) Nous avons la une nouvelle definition tout a fait majeure du signifiant. Nous connaissons la premiere definition du signifiant comme etant ce qui represente le sujet aupres d'un autre signifiant. Et d'un signifiant a un autre, c'est une part de la verite du sujet qui se devoile (sans parler de l'objet qui chute).

La verite parle incontestablement. Et nous sommes la dans la ronde des signifiants. Dire que ceux-ci n'ont aucun rapport avec ce que ca signifie, c'est souligner "la face reelle du signifiant". Celui-ci des lors est biface: d'une part, c'est ce qui releve du symbolique, part du vrai, d'autre part, ce qui releve du reel et qui peut etre eleve au rang d'un savoir, peut etre au rang d'un matheme du sujet. C'est dans ce Seminaire que Lacan pouvait dire que le signifiant est la cause de la jouissance.

C'est, des lors, la lettre dans le signifiant qui commence a fonctionner ; notre visee, ce serait d'elever le signifiant a la dignite de la lettre ; et le signifiant peut etre dit ce qui est en gesine d'une ecriture.

Nous sommes la dans ce que Lacan attend de la psychanalyse, plus precisement de ce qui resulte du processus de la passe.

J.A. Miller releve le virage opere par Lacan dans les annees 70, entre "l'inconscient comme un laisser parler la verite" a l'inconscient "comme savoir", (Cours "Le banquet" (1989-90), publie dans "Documents de travail sur la passe"), c'est-a-dire ce qui peut devenir ecriture. Mais nous avons besoin ici de distinguer trois types d'ecriture (distinction relevee par J.A. Miller):

- L'ecriture scientifique. - L'ecriture psychanalytique, qui a une visee scientifique, mais qui ne se produit pas de la meme place. - L'ecriture litteraire.

Le virage de l'inconscient comme verite a l'inconscient comme savoir est "justement contemporain de la valorisation du matheme, et d'un accent qui n'est plus mis sur le parler mais sur l'ecrire. C'est un ecrire qui n'est pas l'ecrire litteraire. Il tient justement a la forme logique du savoir scientifique. C'est une adoption pour la psychanalyse d'une logique du savoir." (Cf. J.A. Miller)

Lacan le dit tres nettement en evoquant dans le Seminaire "Encore", "Lituraterre", et en avancant une precision supplementaire: "L'Ecriture est une trace ou se lit un effet de langage." ("Ibid.", p. 110) Articulation de lettres, dirons-nous. Voila pourquoi l'ecriture necessite la lecture. Mille lectures differentes. Dans l'ecriture du matheme du fantasme (S/<>a), nous avons deux lettres et une articulation possible ou impossible entre elles.

Tout se passe en effet comme si la parole est a prendre comme articulation entre deux ecritures. Celle qui est inconsciente, qui pousse a la lecture, et c'est ce qui constitue un travail de "dechiffrage" (il y a une jouissance a cela), et celle qui est peut-etre rendue possible a partir de la parole comme savoir a ecrire, ce qui constitue un travail de "chiffrage" (il y a aussi une jouissance a cela). L'ecriture litteraire releve de ce type de chiffrage, et qui passe directement dans le reel. L'ecriture de Mallarme et celle de Joyce, en particulier celle de "Finigans Wake", est le paradigme de ce type d'ecriture.

Voici maintenant ce que Lacan nous dit de ses propres mathemes: "Rien ne tiendra de tout ca, si je ne le soutiens pas d'un dire qui est celui de la langue..." ("Encore", p. 110) C'est dire que le parler et l'ecrire relevent d'une dialectique tres precise et tres sophistiquee. Cette dialectique opere surtout dans le discours analytique et dans la litterature. Elle n'opere pas dans le discours scientifique, dans la mesure ou celui-ci forclot le sujet.

Ce qui s'ecrit par contre dans la cure analytique, c'est ce qui s'ecrit pour un sujet. La aussi, le Seminaire XX est le lieu ou Lacan precise en quoi consiste cette operation d'ecriture. Il se refere pour cela aux modalites d'Aristote en leur donnant son interpretation propre. Ces modalites sont:

1 - Le necessaire en tant que "ce qui ne cesse pas de s'ecrire". C'est ce qui du symptome et du fantasme ne cesse pas de se repeter, c'est-a-dire de tenter de s'ecrire. 2 - L'impossible: "et c'est ce qui ne cesse pas de ne pas s'ecrire". Ce qui en terme de logique du savoir nous renvoie au rapport sexuel. Ou le nom du pere chez le psychotique. Cela ne pourra jamais s'ecrire. 3 - Le contingent: qui est "ce qui cesse de ne pas s'ecrire". Quelque chose cesse de se repeter pour le sujet. D'ou l'une des theses de ce Seminaire, qui est "que l'apparente necessite de la fonction phallique se decouvre n'etre que contingence" (p. 87). Par l'operation analytique le phallus "a cesse de ne pas s'ecrire" (p. 87). C'est l'inscription de la castration qui est ici en jeu.

On peut noter ici que, chez le psychotique, cette fonction phallique releve de l'impossible, elle ne cesse pas de ne pas s'ecrire, alors que chez le pervers elle releve du necessaire: elle ne cesse pas de s'ecrire.

Qu'est-ce que l'operation analytique permet comme autre ecriture ? C'est ce qui decoule de la contingence de la fonction phallique. Les identifications du sujet peuvent aussi cesser de ne pas s'ecrire. Le sujet peut traverser le plan des identifications, de meme qu'il peut traverser son fantasme. Dans certains temoignages des AE, il est possible de relever a quel point il est possible de reduire toute la nevrose et toute la cure. L'ecriture se trouve alors reduite a l'ecriture de deux signifiants noues a un objet.

La dialectique de la parole et de l'ecrit trouve ainsi une parfaite illustration.

Apres avoir interroger la psychanalyse et la science dans leur rapport a l'ecrit, il faut revenir au rapport de la psychanalyse et de la poesie. Pour cela, il faut reprendre, d'une part Mallarme, d'autre part le Seminaire "Le Sinthome", c'est-a-dire l'ecriture de Joyce.

 

Quatre moments dans le Seminaire "le Sinthome"

Dans ce Seminaire, nous trouvons d'abord une these devenue classique chez Lacan.

Dans "un premier moment", Lacan nous dit "qu'historiquement c'est par les petites lettres, par des petits bouts d'ecriture qu'on est entre dans le reel, a savoir "qu'on a cesse d'imaginer" " ("Le Sinthome", lecon du 13 janvier 1976). C'est une notation importante, parce que l'on peut dire que le nevrose cesse d'imaginer en passant au symbolique. On peut aussi bien dire qu'il commence par imaginariser le symbolique. Il suffit de suivre l'interpretation de n'importe quel reve pour mesurer ce qui se passe, surtout s'il s'agit d'un cauchemar, qui comporte visible sa part de jouissance comme Reel.

Quel est l'objectif de Joyce dans cette perspective generale entre R, S et I ? Eh bien, Stephen le heros, qui est Joyce, procede apparemment comme le nevrose, "il veut dechiffrer sa propre enigme" ("Ibid."). A la difference cependant du nevrose, il procede, lui, par l'ecriture et non par la parole.

Dans un "deuxieme moment" de ce Seminaire, Lacan s'interroge pour savoir si Joyce se prenait pour le redempteur. Pour y repondre, il ajoute: "Nous sommes reduit au sentiment parce que il ne nous l'a pas dit. Il l'a ecrit", et c'est la toute la difference, "c'est que quand on ecrit on peut bien toucher au reel mais pas au vrai" ("Ibid.", lecon du 10 fevrier 1976, p. 4).

Et c'est l'ecart majeur que creuse Lacan entre le Reel et le vrai. Et on comprend bien qu'il y ait un ecart, dans la mesure ou le vrai passe par la parole. Par l'ecriture, par contre, c'est le versant reel du signifiant qui opere et non le versant symbolique.

Dans un "troisieme moment", repondant a une question qu'on lui posait, voici ce que Lacan avance: "Le reel etant depourvu de sens, je ne suis pas sur que le sens de ce reel pourrait s'eclairer d'etre tenu pour rien moins qu'un symptome." ("Ibid.", lecon du 13 avril 1976, p. 9) L'enjeu, alors, de ce Reel pour le sujet passe par son symptome. C'est le meilleur acces qu'il peut avoir a ce reel. Et nous avons alors la these majeure de ce Seminaire: l'ecriture de Joyce lui a permis de tenir ensemble R, S et I, c'est-a-dire de constituer son symptome. Puisque chez lui c'est l'imaginaire, c'est-a-dire son rapport a son propre corps, qui fait defaut.

L'ecriture devient alors l'ecriture du symptome devenu entre-temps sinthome.

D'ou dans un "quatrieme moment", Lacan avance une specification de l'ecriture au sens litteraire du terme. Il s'agit la d'un constat: l'ecriture chez un ecrivain ou un poete "est un faire" ("Ibid.", lecon du 11 mai 1976, p. 2) dans le sens d'un savoir-faire qui n'est pas donne au nevrose. D'ou une nouvelle notation sur l'ecart entre le Reel et le vrai: "C'est que le signifiant c'est-a-dire ce qui se module dans la voix, n'a rien a faire avec l'ecriture." ("Ibid.", p. 2)

Lacan ne met pas ici l'accent sur le versant Reel du signifiant. Il ne le fait pas parce que l'ecriture, dans ce contexte, pour lui, c'est le Noeud Borromeen, "ce qui change le sens de l'ecriture" ("Ibid.", P. XI, p. 2-3). Et il opere la une sorte de retournement qui peut surprendre. Car le Noeud Borromeen "montre qu'il y a quelque chose a quoi on peut accrocher des signifiants" ("Ibid.", p. 3). Le noeud, en effet, est d'abord noeud dans le mental. Et on peut toujours accrocher a ce noeud (noeud du R, S, I qui est une ecriture) des signifiants en tant que: dit-mension ------ mension du dit, que Lacan prolonge par "mensionge". "Et ce que cela indique, poursuit Lacan, c'est que le dit n'est pas du tout forcement le vrai." ("Ibid.", p. 3)

Nous retrouvons ainsi de nouveau l'ecart entre le Reel et le vrai. Entre la dimension propre a l'ecrivain-poete qui est ecriture, et celle du nevrose dont la parole peut passer par le mensonge.

C'est ce que releve J.A. Miller dans la premiere lecon de son cours de cette annee (18 nov. 98): "Le R. ne s'accorde pas avec la verite." Il obeit a des lois qui n'ont rien a voir avec les lois qui regissent la verite. Et "situer l'inconscient par rapport au Reel est tout a fait distinct que de le situer par rapport a l'A."

 

Retour a Mallarme

Quand on ne connait pas la biographie de Mallarme, on mesure mal l'importance de la parole chez lui. Toutes ses conferences et ses ecrits en prose sont nourris de cette parole. Les fideles de la rue de Rome temoignent tous de cela. De sa parole, il sait faire une ecriture. Ce qui est a distinguer de sa poesie proprement dite, qui est une ecriture que l'on peut qualifier de "mathemique".

Cette question de la parole et de l'ecrit restera toujours actuelle pour tout analyste. Il y a en effet souvent pour l'analysant, pris par le desir de l'analyste, necessite d'ecrire. Pour temoigner, pour transmettre, pour elaborer une theorie. Et tout le monde peut le constater: l'ecriture dans la litterature analytique (au sens strict du terme ecriture) n'est vraiment pas brillante.

C'est que l'ecriture necessite le recours a la poesie et au discours de la science. Pour ecrire, en somme, il faut etre en meme temps poete et homme de science. J'aboutis ainsi a une conclusion simple, que chacun peut soupconner par intuition.

Il me reste ceci d'avoir eclairci la question pour moi-meme.