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Les mots sont des buissons d’Épines...

Marlène Belilos

 

Georges Borgeaud, écrivain suisse né à Lausanne, est mort à Paris, le 6 décembre.

Ami des écrivains et des peintres, il fit de ses rencontres -- Giacometti, Rey Millet, Chagall, et tant d’autres -- l’objet de chroniques dans la NRF et la Gazette littéraire (le supplément littéraire de la Gazette de Lausanne).

Auteur de peu de romans, son oeuvre la plus connue fut "Le Préau" (éditions de l’Âge d’homme), pour laquelle il obtint le Prix des Critiques en 1950. "Le Préau" témoigna d’une enfance douloureuse. Il était né de père inconnu, comme on disait alors, et d’une fille-mère qui cacha son existence. Il y avait chez lui de l’inconsolable de cette tragique venue au monde.

Il attribuait à sa lecture de Ramuz et à l’identification qui en suivit, sa possibilité d’écrire. Il choisit de faire l’éloge de la solitude, la sienne, un symptôme dont il fit vocation. "Tous les matins, disait-il, j’écris quelques mots, pour savoir que je suis vivant."

Il s’installa à Paris, en 1946, face au cimetière Montparnasse. "Je n’aurai le moment venu, disait-il encore, que la rue à traverser."

Tous les matins, il lisait les poètes. "Les mots sont des buissons d’épines au bord du précipice qui freinent ma chute vers la mort." Georges Borgeaud est mort en montrant d’un geste de la tête le cimetière qu’il voyait de sa fenêtre. Il ne pouvait plus écrire.

L’écrivain pratique cette fonction de l’écrit face au réel, qui lui permet de supporter ce compagnonage avec la mort.