World Association of Psychoalanysis

 

Stabilisations dans la psychose

Fabien Grasser

 

Texte présenté à la Xème Journée d'étude du GRAPP, à Marseille, le 7 mars 1998.

 

Y a-t-il de nouvelles formes de psychose ? C'est sans aucun doute ce qui fait l'enjeu de cette Journée.

Au sens simplement phénoménologique, bien évidemment il y a lieu de répondre oui. Le psychotique est toujours au plus proche de l'actualité, du contemporain, voire même il l'anticipe. Toute nouveauté discursive, technique, tout nouveau personnage historique, etc., sont autant de matériaux qu'il peut tenter d'exploiter, pour se construire une identité. Et, à notre époque, que caractérise l'effondrement des idéaux et des figures imaginaires du père, il va sans dire que l'instabilité infléchit toujours davantage les tableaux cliniques.

Sur le plan psychiatrique, la réponse est déjà plus difficile. Hormis les psychoses sous traitement, les diagnostics difficiles qui, après tout, l'ont toujours été, il y a lieu de constater que la nosographie classique resterait encore très performante, si elle n'était balayée par les nouvelles classifications directement compromises avec les promesses des pseudo-sciences technologiques contemporaines.

La psychanalyse par contre permet d'affirmer que non. Si, en effet, l'enveloppe formelle du symptôme évolue, et dans la structure névrotique aussi, la clinique des psychoses, quels que soient les différents destins des cas, démontre que la structure ne change pas. C'est ce que je vais essayer de mettre en évidence en déclinant différents modes de stabilisation que l'on rencontre parmi les cas de psychose.

 

De l'ineffable existence au sujet

Cela nécessite un rappel préalable à propos de ce qu'il en est du concept de "sujet" en psychanalyse et des conditions, pour suivre l'orientation de Lacan, de son choix de structure entre psychose et névrose. À l'origine, il n'y a qu'un sujet potentiel " dans son ineffable existence ". Il entre dans le jeu comme sujet mort, mais c'est comme vivant qu'il joue sa partie, nous dit Lacan en 1959 (1). C'est le temps logique de la constitution imaginaire du sujet qui, des figures imaginaires multiples, dont le sein, tire le reflet de la forme qui constitue son moi. En somme, de cet ineffable potentiel corporel réel, à partir du signifiant de l'objet primordial que représente le sein, se constitue la triade imaginaire freudienne mère-enfant-phallus, base nécessaire à l'accrochage, logiquement secondaire, du symbolique sur le versant du Nom-du-Père. Ce futur sujet y est déjà actif, et c'est peut-être à ce niveau que l'on pourrait esquisser une différence entre autisme et psychose ; ne peut-on pas situer le cri comme le support de ce que Lacan, dans " La direction de la cure ", désigne comme " cette plus ancienne demande dans laquelle se produit l'identification imaginaire, celle qui s'opère de la toute-puissance maternelle, à savoir celle qui non seulement suspend à l'appareil signifiant la satisfaction des besoins, mais qui les morcelle, les filtre, les modèle aux défilés de la structure du signifiant (2) " ?

En effet, à quoi s'identifie dès lors ce sujet ? N'est-ce pas au signifiant de l'interprétation maternelle, à ce signifiant qui fait accéder un signe du vivant aux statuts de besoin, puis de demande ? La psychanalyse nous apprend que le sujet peut en rester là, ce qui signifie qu'il peut se réduire et se fixer à cette " identification, quelle qu'elle soit, par quoi il a assumé le désir de la mère (3) ". Il peut donc en rester à cette interprétation maternelle, et réaliser ainsi le phallus qui manque à la mère. C'est la fonction du Nom-du-Père qui a pour tâche de détourner de l'enfant le Désir de la Mère, et de le décoller de cet être phallicisé. Là aussi, Lacan nous signale une part active du sujet: si la mère ne reconnaît pas, ne respecte pas cette fonction paternelle en celui qui en tient lieu de support, si en somme elle se satisfait de l'enfant pour combler son manque, le sujet peut faire le choix, insondable certes, mais éthique, du refus, donc de la forclusion du Nom-du-Père et de sa signification phallique corrélative. Refusant ainsi la logique introduite par cette fonction, soit celle de la métaphore paternelle et sa signification universelle névrotique, le sujet fait le choix du pire, dit Lacan, il choisit de traiter la jouissance, la chose, sans le père. Cela ne le met pas hors du champ du langage pour autant: nous l'avons vu, le signifiant primordial vient de la mère et équivaut en quelque sorte à la langue maternelle, mais cela laisse pour le sujet le manque de l'organisateur de cette langue. Et surtout, nous le verrons plus loin, c'est ce qui empêche la séparation entre le mot et la chose d'une part, et le lien entre le signifiant et le signifié de l'autre.

Pour le dire autrement: - au début, il y a la jouissance du corps indifférenciée du monde environnant: " "Alles ist ihm zunächst identisch" ", dit Freud, dans son article sur la Dénégation, ce qui signifie qu'à l'origine tout est identique au sujet ; - puis il y a la langue introduite par l'Autre maternel qui désorganise cette jouissance (4) ; - enfin, il y a le Nom-du-Père qui, s'il intervient, vient la réduire, la tempérer, la nouer comme le fait une suppléance. Le Nom-du-Père est suppléance dans la névrose, c'est le mode de stabilisation universelle de la jouissance introduite par la langue. Ce n'est pourtant rien d'autre qu'un délire universalisable, et c'est bien pour cela que le sujet psychotique peut faire le choix de ne pas y croire, soit d'opter pour fonctionner sans que le signifiant parvienne au meurtre de la chose, avec l'objet (a) comme reste de l'opération symbolique.

Il n'en reste pas moins que tout sujet, psychotique ou autre, a à s'affronter à un incontournable, celui d'avoir à traiter, aliéné qu'il est à la langue, les effets de jouissance morcelant le corps, corollaires du collapsus entre le mot et la chose. Le système de la névrose sépare le mot de la chose et en extrait le reste, (a), qui dès lors peut devenir objet cause du désir, support de l'objet du fantasme, ce qui voue le sujet au champ de la croyance, à la fonction du Nom-du-Père, et corrélativement au doute.

 

Des gens normaux

Qu'en est-il plus précisément dans les psychoses ? Les lectures de Freud, puis de Lacan, ont sans aucun doute élevé le président Schreber à la dignité de meilleur enseignant en la matière. S'il nous démontre tout particulièrement ce qu'il en est de la paranoïa comme l'une des solutions pour le sujet psychotique, grâce à sa fameuse métaphore délirante, c'est lui aussi qui fait, selon ses propres termes, la plus belle observation " endoscopique " de la structure même de la psychose, et donc de ses différents destins possibles.

Qu'est-il d'autre, en effet, pendant près de cinquante ans de son histoire, qu'un homme extrêmement normal, d'une grande qualité sociale, qu'un haut fonctionnaire exemplaire. Les cliniciens de la psychose le savent bien. Ils sont nombreux ces sujets fiables, méthodiques, rigoureux dans leur fonction sociale, rarement si brillante il est vrai que celle de Schreber. Ils sont nombreux donc ceux qui, gérant un "modus vivendi", stéréotypé certes, mais bien dans la norme statistique, ne décompensent parfois que fort tardivement, voire jamais. Parfois très originaux, ou présentant un symptôme unique mais irréductible (l'anxiété, l'hypocondrie, ...), quelquefois même mariés, ayant des enfants, ils sont la preuve d'une forme de stabilisation dans la psychose. Je la rapprocherai de celle des " personnalités as if " d’Hélène Deutsch, comme Lacan l'explicite dans le "Séminaire III" par " la compensation imaginaire de l'œdipe absent (5) ". C'est un mode de stabilisation premier dans la clinique des psychoses, directement issu de cette première identification que je mentionnais précédemment, celle par laquelle le sujet assume le désir de la mère. " Dimension significative de la symptomatologie des schizophrènes (6) ", nous dit encore Lacan, c'est le produit de l'identification à la "forme" du phallus qui manque à la mère, soit à l'interprétation première dont elle habille l'enfant. Cela va jusqu'à suppléer au Nom-du-Père dans une alliance obscure entre mère et enfant contre la logique de la fonction paternelle. Pas de père pour l'enfant, mais presque toujours un délire de filiation, pas de désir envers l'autre sexe chez la mère qui se complète de l'enfant.

Une mere d'un schizophrene meurtrier ne me parlait jamais de son mari, mais toujours, avec mepris, du pere de son fils. Le fils, lui, avait la certitude que cet homme, qui n'etait pas celui de sa mere, n'etait pas son pere.

Nous allons maintenant nous soutenir du schema suivant (obtenu par la coupure d'un cylindre entre (S) et (R)). Il represente le trajet que fit Schreber a partir de la decompensation de sa psychose. Par souci de simplification, nous avons represente ici la cause par l'effet du signifiant President (dans le champ du symbolique, S) sur l'identification i'(a) (dans le champ de l'imaginaire, I) dont il se soutenait jusque-la, ce qui va jusqu'a produire la mort du sujet, en (a) (dans le champ du reel, R), condition de son acces a son nouveau statut de femme de Dieu, i''(a) (dans le champ de l'imaginaire a nouveau). Sur ce trajet, nous tentons de situer quelques-uns des destins relevant du processus de l'identification dans les psychoses (normal, paranoide, catatonique, paranoiaque), ainsi que celle tres particuliere de Joyce.

 

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>------------<

S President

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--------------

f 1 i'(a) (Identification I) i''(a)
(IdentificationIII)
(f 1)2 i'(a)2
la femme de Dieu
normalite f 2
I

paranoide

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--------------

R f 0 a (Identification II)
catatonie

>---------------(Joyce)-----------------------------------------------------
>----------<

Cette premiere identification stabilisante, celle de la "normalite", je la designe par i'(a) sur le schema, c'est l'identification imaginaire a la parure de ce qui fait phallus pour la mere. En fait, c'est un habit a l'objet, c'est une signification portee sur l'objet qui est unique, pleine, et n'engendre de metaphore, mais qui, par la signification qu'elle engendre (f 1), capitonne le rapport du sujet a la langue carente d'organisateur. C'est ce qui protege le sujet de l'envahissement hallucinatoire paranoide, mais aussi de la reduction a l'objet reel comme on peut l'observer dans la catatonie.

Lacan et Schreber nous l'indiquent: la decompensation psychotique, c'est le produit de la desagregation de cette premiere identification, soit du capitonnage de la triade imaginaire. Des lors, les destins sont differents, deux grands axes se determinent: schizophrenie et paranoia, que je traiterai successivement, en y ajoutant la solution joycienne, car elle me parait etre, j'espere le demontrer, exactement au carrefour des deux.

 

De la schizophrenie a la paranoia

Schreber temoigne dans ses "Memoires" des causes et des effets devastateurs de l'eclatement de ce trepied imaginaire. Il perd sa premiere identification, perdant ainsi l'habit protegeant l'objet de l'Autre du langage. A partir de cet instant, des hallucinations de toutes sortes le traversent sur un mode parfaitement schizophrenique pendant le premier temps de sa maladie. Il s'efforce de resister a sa reduction a cet objet, a ce petit (a) litteralement denude, et dont la signification restante (f 0) n'est rien d'autre que celle de la mort. Quelle est donc la consistance d'un tel objet, devant quoi recule Schreber ? Il s'agit d'une seconde identification, nous precise Jacques-Alain Miller (7), d'une identification au pur objet reel (a), « au cadavre lepreux parmi les cadavres lepreux », comme le dit lui-meme Schreber. Il y eut prefere la mort reelle, et a tente de se suicider plusieurs fois, plutot que de consentir a perdre l'identification premiere qui faisait de lui, Schreber, un homme dote de virilite. Cette perte de ce qui saturait le desir de la mere, le laisse des lors en proie a l'insatiable assaut des signifiants de l'Autre, fixes qu'ils sont a chaque partie du corps par la jouissance qui les y lie. C'est ce qui signifie que le signifiant est univoquement fixe a la chose sans meurtre ni separation.

Le psychotique, nous dit Lacan, a (a) dans sa poche. C'est ce qui lui vaut, soit cette persecution dechainee, soit l'erotomanie lorsque l'Autre trouve l'objet de sa convoitise dans cet objet devoile. Le schizophrene, plus exactement le moment schizophrenique dans la pathologie psychotique, se caracterise par le fait qu'au contraire de ce qui se produit dans la paranoia, le sujet ne parvient pas a determiner l'origine de son tourment. Perplexe ou persecute, il ne peut interpreter qui peut lui vouloir ce mal ou cet amour. En somme, il ne trouve pas d'autre partenaire que son delire dissociatif, cette jouissance qui le traverse de toute part.

Schreber finira par consentir a cette deuxieme identification, et c'est ce qui va lui ouvrir la voie de la paranoia. Mais les differents tableaux cliniques de la schizophrenie se situent justement sur cet axe, de i'(a) a (a). De la normalite de depart, i'(a), le sujet peut rester au niveau paranoide ou aller jusqu'a la catatonie, la mort subjective, situee en (a). Mais il peut revenir parfois a sa premiere identification apres une bouffee delirante aigue, aide bien souvent, il faut le dire, d'un traitement anti-hallucinatoire. Mais aussi, il modifie parfois legerement cette premiere identification i'(a), devenue trop instable, en une identification du meme type i'(a)2.

Un jeune schizophrene qui s'etait identifie, sans aucune filiation logique, a « un jeune musulman de France », y ajoute le signifiant « raisonnable » pendant son hospitalisation, et, apaise, reussit a retourner vivre aupres de sa mere. En somme, il solidifie la signification qu'il doit a cette identification et qui devient (f 1)2. Tout cela semble mettre en evidence comme caracteristique de la schizophrenie, le fait de ne pas depasser la deuxieme identification a l'objet reel. Il n'en va pas de meme pour Schreber, soit dans la paranoia. Apres ce consentement a cette mort subjective (f 0), avec une force surprenante, il commence le travail de la paranoia proprement dit ; Schreber, a l'aide du seul mecanisme de l'interpretation, reconstruit une signification qui rend compatible l'enigme de sa certitude d'etre le rebut, le dechet du monde, avec un Autre qui se substitue a la mere. Cet Autre, il le deduit etre Dieu, son nouveau partenaire, avec lequel il engendrera un nouveau monde, une nouvelle signification, (f 2), et ce en tant que femme de Dieu, sa nouvelle identite, i"(a), produit de cette metaphore delirante. Mais il a fallu pour cela une substitution, une metaphore. Il s'agit donc d'une creation de sens, en suspens, incomplete certes, et qui le mene proprement a une conviction.

Un de mes patients, ayant eu dans un premier temps un delire d'aneantissement par le SIDA, avait reussi a creer une metaphore du meme type en s'interpretant atteint d'une maladie pas encore repertoriee par la science, et faisant de la medecine, par le biais du representant que j'en etais, son partenaire electif, dont il etait le dernier-ne des objets d'investigation.

Il ne s'agit pas la de croyance nevrotique, il ne s'agit pas non plus de certitude schizophrenique. Notons cette difference qu'il y a entre la certitude, qui comporte la verite de l'horreur de la chose y associant une transmission impossible, et le processus de la croyance, sur le chemin duquel la conviction qui, de s'eloigner de cette verite, autorise une transmission, mais certes toujours incomplete.

Le paranoiaque cree du sens, mais un sens en suspens, ce qui mene a ce qu'il ne parvienne jamais assez au meurtre de la chose. C'est pourtant ce qu'il tente, mais il ne parvient jamais a se separer de (a), qui reste dans sa poche.

 

Joyce, sans identification ?

Alors qu'en est-il de la solution de Joyce ? Est-ce une nouvelle solution de stabilisation dans la psychose ? Il y a plutot lieu de penser que c'en est une autre et sans doute la plus pure, j'irai jusqu'a dire la plus heroique et la plus difficile. Il a fallu Lacan pour la dechiffrer.

Pourquoi la plus pure ? Je vais essayer de montrer que Joyce, parmi les exemples que j'ai donnes, est celui qui pousse le plus loin son choix ethique de la forclusion du Nom-du-Pere. C'est dire qu'il ne se compromet avec aucune identification, ni aucune signification. Il refuse le recours a tout imaginaire, et sa solution ne semble etre constituee que par l'articulation du symbolique et du reel. J'avancerai que la paranoia est au contraire la solution, parmi les solutions psychotiques, la plus compromise avec le Nom-du-Pere, en tout cas avec son principe, celui de la metaphore. Peut-on aller jusqu'a dire que le paranoiaque recule devant son choix de la forclusion ? En tout cas, cette question se pose. Le schizophrene, lui, tombe sous le coup de l'ebranlement du trepied imaginaire, revient parfois a l'identification premiere, i'(a), ce qui n'est certes pas la pire des solutions. Mais il reste bien souvent la proie demunie de l'Autre de la langue quand il est delirant paranoide, ou laisse tombe par ce meme Autre dans la catatonie.

Ou situer Joyce ? Je le situe sur le front de (a), soit de l'identification seconde a l'objet reel, mais reussissant a n'en jamais etre absorbe, toujours au bord, tissant avec du signifiant les entours de ce trou, sans s'y refuser, ni s'en eloigner. Sa production, son oeuvre, pour reprendre ce que Jacques-Alain Miller en dit, c'est de triturer le signifiant par le son, par son versant phonique, c'est une ecriture du phonetique, du signifiant qui fait retour sur la chaine signifiante (8). Mais Jacques-Alain Miller precise qu'il s'agit la d'un artifice, car il n'y a pas de point de capiton. C'est hors signifie, et cela produit un signifiant symptomatique nouveau, qui est du cote de la "Bedeutung", soit de la reference, et non pas du sens, du "Sinn". Ainsi il cree une reference au nom propre, ce qui donne la cle de son etre, la cle de (a). Joyce fait de (a) son symptome qui noue, capitonne, et lui permet de trouver une filiation par la construction de son oeuvre.

Si les cieux et la terre chantent la gloire de Dieu, comme Schreber la chante en tant que femme de Dieu, les signifiants de Joyce chantent sa propre gloire, nous dit Jacques-Alain Miller, alors que dans la solution de la premiere identification, i'(a), celle de la normalite dans la psychose, le sujet ne realise que le phallus qui manque a la mere.

Joyce, nous le voyons, ne s'identifie pas, mais il cree son oeuvre, qui, elle, l'identifie. C'est son travail de couture entre signifiant et reel qui lui fait un nom, un symptome, une suppleance, cette oeuvre, ce symptome etant la reference du Nom propre qui ainsi vient faire capiton a la place du Nom-du-Pere indisponible puisque forclos.

En conclusion, les differents modes de stabilisation de la psychose que nous avons declines mettent chacun en evidence un usage du processus de l'identification. Apres tout, la psychose etant bien prise dans l'alienation a l'Autre du langage, l'identification n'est rien d'autre que la marque de ce que le sujet doit a cet Autre. Joyce, nous l'avons vu, va plus loin, il cree avec les signifiants de l'Autre une identification, ou plutot une reference qui des lors l'identifie. Il a fait le choix du rejet de tout sens, en tout cas de tout recours a l'imaginaire. Si les autres solutions habillent l'objet, le camouflent au regard de l'Autre de la jouissance, Joyce ne le recouvre pas mais le tisse avec son usage particulier du signifiant. Ainsi, il en fait son symptome, je dirai son identifiant plutot que son identification. Rien de nouveau donc, mais une autre solution, debarrassee de tout compromis avec la metaphore, et donc, bien entendu, avec le pere, mais tout autant debarrassee du compromis avec l'interpretation maternelle qui, nous l'avons vu, peut produire l'identification a l'homme normal.

 


1 - Lacan (J.), " D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose ", "Écrits", Paris, Seuil, 1966, p. 549.

2 - Lacan (J.), " La direction de la cure et les principes de son pouvoir ", "Écrits", Paris, Seuil, 1966, p. 618.

3 - Lacan (J.), " D'une question préliminaire àtout traitement possible de la psychose ", "op. cit.", p. 565.

4 - Miller (J.A.), " Joyce avec Lacan ", "La Cause freudienne", n° 38, février 1998.

5 - Lacan (J.), "Le Séminaire, Livre III, Les psychoses" (1956-1957), Paris, Seuil, 1981, p. 218.

6 - "Ibid."

7 - Miller (J.A.), « Supplement topologique a la question preliminaire », Actes de l'EFP, "Les psychoses", 1979.

8 - Miller (J.A.), « Joyce avec Lacan », "La Cause freudienne", n° 38, fevrier 1998.