World Association of Psychoalanysis

 

Esprit du cartel es-tu de notre temps?

Yasmine Grasser

 

Le cartel est-il toujours l'outil qui situe notre lien à l'École ?

En 1964, il était au principe de la fondation de l'École et du Plan-Lacan. En 1980, Lacan le met au service de la Cause freudienne, qui aura son École en 1981.

Cette École, l'École de la Cause freudienne, c'était notre communauté de travail avec ses cartels. Le cartel dans lequel on travaillait, c'était notre École.

En 1996, à Buenos Aires, notre communauté internationale prend la mesure de la dimension de l'Association Mondiale de Psychanalyse. On a essayé de faire des cartels de cette dimension, des cartels euroaméricains, qui n'ont pas vraiment fonctionné.

Aujourd'hui, notre communauté de travail, d'orientation lacanienne, c'est l'AMP: avec ses cinq Écoles, et les cartels de chacune de ces Écoles. La passe centre notre communauté, alors que le cartel a une fonction d'outil au service de l'École. Mais si la passe est Une dans l'AMP, le cartel lui fait valoir la dimension locale de l'École. Ce qui fait que dans son cartel, on travaille avec des proches, ou avec des pairs.

Le cartel est donc toujours de notre temps s'il fait valoir la communauté de travail que l'on s'est choisi. Il porte la marque de notre attachement au Plan-Lacan, et rappelé par J.A. Miller en 1994. Il nous convoque toujours et encore à des rendez-vous de lecture avec l'enseignement de Lacan. Il nous lie à un signifiant majeur de Lacan: la permutation. Par elle, chacun peut avoir un aperçu sur ce que signifie notre appartenance à la grande communauté de travail issue du Plan-Lacan.

Mais, concrétise-t-il toujours notre appartenance à une communauté de travail que l'on identifie à l'École ? C'est moins sûr.

En tout cas et à cause de tout cela, le cartel nous lie au concept d'École sans que parfois on s'en aperçoive. En effet, par le cartel, on attrappe le concept d'École avec la question de la permutation et par la question du un par un. C'est un par un que l'on décide de faire un cartel, de permuter, d'en refaire un autre. À force, chacun trace son chemin dans l'École, celle qu'il s'imagine au départ, puis celle qu'il commence à concevoir , ensuite celle qu'il veut jusqu'à faire la passe.

Aujourd'hui, l'esprit du cartel ne nous permet plus de nous identifier à l'École. La passe et la dimension de l'AMP ont modifié l'idée que nous avions du paysage de notre petite communauté de travail. De ce fait, la routine, l'automaton des cartels s'en sont trouvé rompu, et du coup, on peut contextualiser la réforme des cartels avancée par le Directoire précédent, mais aussi cette expérience de CAL nouveau, qui s'en est suivi, proposé par B. Lecoeur et le Directoire actuel.

C'est ainsi que pour nous, dans ce contexte, l'idée d'un CAL à inventer a été bienvenue, et nous a mis sur la voie de trouver un nouvel usage du cartel car il nous a fait accentuer le versant « adresse » à une communauté de travail tangible.

Si l'on part du fait que nous avons tous fait l'expérience que le virtuel tue l'esprit du cartel, que le lien communautaire a besoin des corps, de rendez-vous, de rencontres, d'échanges de nos produits de travail - et pas "in absentia" -, notre CAL, en faisant une large place à l'écrit et un usage utile d'Internet, a retrouvé "entre l'écrit et la parole" un certain "esprit du cartel". Le moyen: un rendez-vous mensuel pour discuter d'un texte écrit par l'un d'entre nous, préalablement adressé à chacun, et à des fins de publication dans le courrier mensuel de "L'Envers". Notre prétention: provoquer les lecteurs de "L'Envers", les convoquer à venir le 11 décembre prochain au local de l'ECF-ACF afin de poursuivre avec nous cette exploration de "l'esprit du cartel", et d'examiner les multiples facettes du lien communautaire à l'École à partir de "L'Envers de Paris", qui n'est qu'une localité de l'AMP parmi d'autres.

 


 

Texte exposé aux Journées des cartels d'adresses et de liaisons (CAL) du 26 septembre dernier.