World Association of Psychoalanysis

 

La carence dans la pere-version

Susy Piechotka

 

« Le pere doit soutenir sa place comme membre du trio familial.
Mais parler de sa carence dans la famille ce n'est pas parler
de sa carence dans le complexe. »
(Lacan, "Le Seminaire V, Les formations de l'inconscient")

 

La carence du pere dans la famille peut peut-etre se situer, dans l'histoire des evenements, dans les plaintes de la mere ou du fils. La question qui se pose est comment envisager la carence paternelle dans le complexe d'Odipe. Surgit alors la question de la differentiation entre le terme de carence paternelle dans la metaphore et la forclusion du Nom-du-Pere. Nous pensons qu'avec le terme de carence, nous pourrions nommer les divers dysfonctionnements du nom du pere dans les differentes categories cliniques. Le un en moins qui decomplete le fonctionnement de la metaphore, tout en montrant la fonction titubante du pere, apparait toujours, surtout dans l'epoque du A qui n'existe pas.

Il est interessant de lire le "Seminaire V" avec « RSI ».

Lacan developpe dans le "Seminaire V" les trois temps de l'Odipe: 1) le sujet s'identifie en miroir a l'objet du desir de la mere ; 2) le pere prive la mere. Le pere interdicteur, qui devient Ideal du moi ; 3) le pere a le phallus et il le donne, il doit prouver sa puissance.

Ce troisieme temps, au sujet duquel J.A. Miller dit qu'il s'agit d'un retour au niveau du reel, un pere qui desire et jouit, n'est pas si loin du pere de 1975 ; la, on a le pere qui a droit au respect et a l'amour, s'il est perversement oriente. Le saut est enorme du nom du pere, comme fonction purement symbolique, au pere qui desire et jouit. En ce qui concerne le pere de « RSI », sa propre version de la perversion est la seule garantie de sa fonction de pere, voire de sinthome. Il ne s'agit plus ici de l'exception, telle que nous la trouvons au "Seminaire XX", la seule qui echappe au « pour tout X de la castration ». Le modele dont parle Lacan dans « RSI » constitue un des exemples possibles parmi d'autres, lui aussi est sujet a la castration, c'est pour cela qu'il desire. Il est un en plus dans la serie. « Peu importe qu'il ait des symptomes s'il y ajoute celui de la perversion paternelle. » Lacan ajoute une chose, qui nous semble tres importante, pour se referer a cette fonction-la: la femme que le pere a prise comme objet de desir, et pour lui donner des enfants, s'occupe a son tour d'autres objets "a", les enfants, « aupres de qui le pere intervient exceptionnellement, dans le bon cas, pour maintenir la repression, dans le "mi-dieu", la version qui lui est propre de sa perversion ». C'est-a-dire qu'il est important que le pere s'occupe de ses enfants, mais exceptionnellement. Delicieuse equivoque entre de temps en temps et faire pour eux exception, c'est cela qui maintient dans la repression, a "mi-dire" sa perversion.

« Il faut qu'une existence vienne a pouvoir etre affectee de l'exception pour qu'elle puisse etre le support d'une differentiation qui se repete » (Eric Laurent). En ce qui concerne la repetition, elle est essentielle quand on parle de symptome. Le symptome se repete, comme ce qui ne cesse pas de s'ecrire, et c'est pour cela qu'il maintient le noud familial et le noud social, mais cela suppose aussi la possibilite que cela puisse se repeter dans son fils. C'est-a-dire que c'est seulement si le pere a et qu'il donne, s'il donne la preuve de son desir et de son avoir, que le symptome se repetera. Cela fait du pere un modele d'identification, et son fils pourra alors, lui aussi, a son tour, choisir comme position: si j'attends, je serai comme lui, et je pourrai a mon tour avoir et donner grace a ce que « papa est la qui me l'a a la bonne date confere ».

Mon hypothese est de verifier si nous trouvons la carence paternelle, lorsque ces conditions qui definissent le pere comme digne d'amour et de respect ne sont pas remplies.

Qu'arrive-t-il au niveau du complexe d'Odipe lorsque le pere n'a pas fait de sa femme l'objet cause de son desir, ou lorsque la femme desiree n'est pas la mere de ses enfants, si l'enfant a ete fait sans son consentement (enfant ne d'un viol par exemple), ou si le pere ne prend pas soin de ses enfant ? On peut peut-etre ajouter dans cette serie de conditions celle qui veut que le pere intervienne exceptionnellement pour maintenir la repression. Qu'arrive-t-il alors lorsqu'un pere est trop proche, lorsqu'il voit tout ou qu'il parle trop de ses jouissances ?

Venons-en au cas d'Ohad: a) grace au materiel que nous avons sur le discours du pere, nous pouvons aborder le sujet avec ce que nous savons sur les avatars du pere lorsqu'il doit assumer sa fonction ; b) nous pouvons aussi l'aborder a partir du discours d'Ohad et essayer de chercher ce qui lui manque dans la constitution de la fonction paternelle, et ce que le sujet en a fait.

D'abord, du cote du pere: quelque chose lui est insupportable lorsqu'il rencontre sa fonction de pere pour la premiere fois. Au moment de prendre la responsabilite de son acte, il prend une maitresse (on peut peut-etre dire qu'il est perversement oriente mais vers une autre femme, pas vers la mere de son enfant), et s'enfuit. La mere fait une manouvre intelligente qui va forcer la constitution de la metaphore, presque mecaniquement pourrait-on dire. En effet, lorsqu'elle laisse le pere seul avec le bebe, il va se substituer a la mere qui l'a plante la avec l'enfant. Cela empeche la separation du couple et peut-etre aussi la psychose de la fille ainee.

Les choses sont quelque peu differentes avec Ohad: le pere a pitie du bebe. Sachant que l'enfant souffrira parce qu'il est roux, il s'eloigne pendant deux ans. On voit ici l'enfant comme pris dans le fantasme du pere. Le pere ressent de la pitie et peut-etre aussi de l'horreur en rencontrant dans le reel l'objet de son fantasme. (Le pere semble prendre la place que Lacan donne a la mere, dans les « Notes a J. Aubry »: dans le pire des cas. c'est une etrange substitution de la mere par le pere. Alors le pere s'eloigne a nouveau, « il ne prend pas en charge ». Il l'explique lorsqu'il dit que, quand il prend une responsabilite, c'est jusqu'au bout, « pas exceptionnellement ».)

Du cote du discours d'Ohad: Ohad n'appelait jamais personne, ne demandait jamais rien. J.A. Miller dit que la fonction du Nom-du-Pere est une fonction a laquelle on appelle ; lorsqu'on appelle en vain, le resultat est la psychose.

Nous trouvons peut-etre le debut de la construction de la metaphore delirante dans le « mi-reve », ou Ohad choisit de prendre la position de celui qui prend en charge ce qui ne va pas: Un pere (Rabin) est en danger et, dans son omnipotence, il le sauve. Dans la scene du feu rouge, on sent le manque de dialectique: pour Ohad, la loi est regle sans exception possible. Seul un pere peut permettre les particularites, les exceptions, lorsqu'il dit oui, ou quand il transgresse exceptionnellement. Dans cette scene, Ohad est le feu rouge et il incarne la loi inapellable.

Le chemin analytique a permis a Ohad de sortir de la place ou chaque demande de l'Autre etait cause de disconnection ou de passage a l'acte, il arrive a present a travailler dans la construction de la metaphore de suppleance et il pose meme des questions.

Les themes ou le travail de la psychose s'arrete sont precis. Lorsqu'il entend la serie generationnelle des noms du pere, il ne l'accepte pas, il ne comprend pas pourquoi il n'y a pas un pere, un nom, mais, a la place d'une crise de rage, il pose une question.

La seconde question se pose lorsqu'il n'accepte pas, lorsqu'il ne peut pas savoir au sujet des preferences d'un pere (David) pour le fils de la femme aimee, cela fait une difference.

Mais nous pouvons aussi voir la la position d'Ohad lorsqu'il prend dans ses mains ce qui ne fonctionne pas. Il y a forclusion de la difference entre pere et fils. L'ordre qu'institue la fonction paternelle en se basant sur un desir ne signifie rien pour lui. Le fils a le meme droit que le pere de s'emparer du trone. La parole du pere ne fait pas de point de capiton. Ce qui le preoccupe, c'est que la place est prise par un petit autre, un frere. Evidemment, une des regles qu'Ohad a prises a sa charge pour arriver a la stabilisation, c'est de renoncer a la competence qui pourrait eveiller l'agression aneantissante.

On constate que le travail analytique a permis a Ohad de trouver une suppleance qui fait barriere a la jouissance.