World Association of Psychoalanysis

 

L’Unaire fait la force

Paulo Siqueira

 

En mettant l’accent sur le "einziger Zug" freudien, Lacan ouvre ce concept, sur lequel repose une des trois formes majeures de l’identification, vers une autre façon de faire de l’Un. Y a-t-il un autre mode d’identification à l’Un que celui de se fondre dans l’ennui de l’union sans faille ? C’est l’identification au symptôme qui en donne une autre issue possible. Dès que l’Un, sur lequel l’identification du groupe se fonde, tient au symptôme, il touche par voie de conséquence au réel, faisant voler en éclat ce qui fait union unanime (1). Le symptôme est de « sangs mêlés », comme disait Freud du fantasme. Jacques-Alain Miller met en avant, derrière sa face « unaire », son être d’(a)bjet, ce qui lui permet d’en déduire la formation du sinthome lacanien (2). C’est par sa dimension de jouissance que le sinthome nous tient. Une politique de la psychanalyse qui pousse le sujet à savoir y faire nous met en condition d’avoir ce que Dominique Laurent appelait « une attitude droite à l’égard » de l’Un, « l’un-posture » (3). C’est aussi ce qui fait la force d’une telle politique. Certes, le sort du groupe analytique est la division, mais l’identification à la psychanalyse peut tenir bon si l’on considère comme Lacan qu’elle, la psychanalyse, « est elle-même un symptôme social, la dernière forme de démence sociale qui ait été conçue (4) ». L’École de psychanalyse est-elle le sinthome (nécessaire) d’une démence « unaire » ? L’École serait alors la solution trouvée pour empêcher que les élèves de Lacan ne partagent le sort de l’Association Internationale de Psychanalyse, devenue selon lui « symptôme ... de ce que Freud en attendait (5) ».

 


1 - On consultera avec profit ce qu’en a dit Jacques-Alain Miller, il y a dix-sept ans (déjà !), dans "L’Âne" n° 1, sous le titre ironique « Tous lacaniens ! ». Plus récemment, J.A. Miller y est revenu dans "La Lettre mensuelle" n° 144 de décembre 95, où il dit: « Il n’y a pas de voix de l’École, pas de concile pour décider de la doctrine, pas de consensus qui fasse loi de pensée. »

2 - Miller (J.A.), « Le sinthome, un mixte de symptôme et fantasme », "La Cause freudienne", n° 39, 1998.

3 - Laurent (D.), « La contingence des exceptions », "Conversation sur le signifiant-maître", Paris, Agalma/Le Seuil, 1998.

4 - Lacan (J.), « Conférences et entretiens dans des Universités nord-américaines », "Scilicet", n° 6/7, Paris, Éditions du Seuil, 1976, p. 18.

5 - Lacan (J.), « Lettre de dissolution », "Ornicar?", n° 20/21, Paris, Lyse, 1980. p. 10.