World Association of Psychoalanysis

 

La Passe "pour tous"

Anne Szulzynger-Bernole

 

La fin de l'analyse comporte un instant de voir: le pas de côté qui suit la traversée du fantasme permet au sujet une mise en perspective de sa vie, ordonnée selon la logique du fantasme fondamental qui la sous-tend. Cette vue sur le plus particulier de son être s'accompagne d'une rencontre du réel en tant qu'incurable. Entre l'impossible du rapport sexuel qui ne cesse pas de ne pas s'écrire et le nécessaire du symptôme qui ne cesse pas de s'écrire, la passe ouvre alors une nouvelle voie, contingente, celle qui fait qu'un instant cela cesse de ne pas s'écrire. Ainsi, la structure de la passe est celle de l'amour. En effet, du non-rapport sexuel, du rapport sexuel dont il a vérifié l'inexistence, le passant parviendra à dire quelque chose, à transmettre au cartel le point sur lequel il s'est assuré pour conclure. Par là, il témoigne aussi que son identification au symptôme, pour nécessaire qu'elle ait été, est l'effet d'un choix, forcé sans doute, mais créatif, et non le verdict d'un destin.

Mais survient alors la nomination. Et à partir de là, ce qui cessait de ne pas s'écrire ne cessera plus de s'écrire. Les deux lettres “AE” seront, pour le sujet, un nouvel incurable, fixant pour lui une nécessité de témoignage et d'invention. La passe rendait compte de ce que le sujet avait pris conscience de sa solitude dans son rapport à la cause analytique. De cette solitude, la nomination lui fait un devoir de témoigner, puisqu'il est le seul à pouvoir le faire, de la place particulière qui est la sienne. É. Laurent le formulait ainsi lors de la Conférence institutionnelle de l'ECF, le 14 juin 1998: “J'ai à assurer la transmission du discours que je sers, parce que personne ne le fera à ma place.” Cela relève de la position d'exception de chacun, fondement structural d'une École d'analyste, en tant que distincte de toute autre organisation sociale.

Nous avons, dans cette étude, évoqué à plusieurs reprises le désir de l'analyste, que Lacan qualifie d'“inédit”. C'est pour rendre compte de ce point resté longtemps obscur qu'il a inventé la procédure de la passe.

Dans son souci de maintenir l'existence de son œuvre, Freud avait créé le “Comité”, qui devait rester secret. Lacan a remarqué qu'à ce moment-là il n'avait pas encore découvert les mécanismes de l'identification au leader. Mais, sur une telle base, la psychanalyse se trouvait engagée sur la voie de la “reproduction imaginaire (1)”. En effet, en confiant au Comité le soin de reconnaître l'aptitude de quelqu'un à devenir analyste, Freud ouvrait la voie à tous les détournements ultérieurs mis en œuvre dans l'IPA. Ce fut la théorie de la fin de l'analyse comme identification à l'analyste. Or, dans la “Proposition du 9 octobre 1967”, Lacan va énoncer une façon radicalement différente d'assurer la transmission du discours analytique.

Dès la première phrase, nous voyons ce qui est en question: “Il va s'agir de structures assurées dans la psychanalyse et de garantir leur effectuation chez le psychanalyste (2).” Ainsi, Lacan fait, de l'analyste, le résultat de l'effectuation de structures. Ce serait néanmoins un contresens de voir dans ce résultat un pur effet du signifiant. Comme Lacan le rappelle un peu plus bas: “Il y a un réel en jeu dans la formation même du psychanalyste (3).” Les structures dont il s'agit de vérifier “l'effectuation” incluent donc un réel, sous la forme de l'objet (a). Tel est précisément le cas des structures que Lacan a mathémisées sous la forme des quatre discours. Voyons d'abord ce qu'implique le passage de l'un à l'autre, puis comment le dispositif de la passe permet de vérifier si ce passage a bien eu lieu.

 

Du discours de l'hystérique au discours de l'analyste

Le déroulement d'une cure suppose l'hystérisation du sujet. En effet, l'analysant parle selon le discours de l'hystérique:

$   S1
--   --
a   S2

$ est en position d'agent (on vient en analyse pour parler de soi). Ce discours permet de dissimuler que la vérité du sujet est l'objet: (a), en place de vérité, reste caché sous l'agent. Ainsi, s'adressant à S1, qui représente l'idéal du moi, au lieu de l'Autre, l'analysant produit du savoir: ce qu'il ne savait pas qu'il savait.

La place de l'Autre se trouve d'abord occupée par l'analyste. L'identification à l'analyste, loin d'être une conclusion difficile à atteindre, est un simple effet de l'amour de transfert. Dès que le sujet supposé savoir est institué (ce qui se produit avant même que commence la cure: le savoir est supposé à l'analyste dès que le sujet s'adresse à lui), l'analyste vient occuper la place de l'Autre. Le sujet en fait facilement son idéal du moi - d'autant plus facilement s'il s'agit d'une analyse à visée didactique, c'est-à-dire celle qui nous intéresse ici. Le problème n'est donc pas d'obtenir l'identification à l'analyste, mais bien de la défaire. Si la cure se termine avant que ce résultat soit atteint, la “perte” de l'analyste ne fera que la renforcer, selon le mécanisme de l'identification régressive décrite par Freud, et à l'œuvre dans le travail du deuil (le sujet s'identifie à un trait prélevé sur l'objet perdu). Contrairement à ce que l'on entend souvent, “faire le deuil” de son analyste n'est pas la bonne façon de terminer une analyse.

Donc, pendant longtemps, l'analysant parle. Mais pourquoi parle-t-il ? Parce qu'il aime. Il aime l'analyste, à qui il suppose un savoir sur son symptôme, c'est-à-dire sur sa souffrance. Puisqu'il l'aime, il veut satisfaire sa demande - ce qu'il croit être sa demande. Il va donc parler, tout au long de la cure, jusqu'au moment de l'épuisement du sens qui se produit après la construction du fantasme, et qui conduit à la découverte du manque dans l'Autre (il n'y a pas de signifiant du désir, ni du désir de l'analyste, ni du désir de l'analysant). La conséquence de cette découverte est la chute des idéaux, à commencer par l'idéal du moi, S1, qui occupait le lieu de l'Autre. Cette chute impulse le quart de tour qui fait changer de discours:

(a)   $
--    --
S2  S1

Ainsi, le signifiant-maître, qui avait si longtemps assujetti le sujet, est tombé au rang de simple produit ; l'analyse fait émerger un “ce n'était que ça !”, avec un effet d'allégement pour le sujet. La vérité (qui ne saurait que se mi-dire: sa place est sous la barre) est tout le savoir élaboré dans la cure, mais désormais “oublié”, puisque l'acte analytique se situe dans le “je ne pense pas”. Le sujet, bien entendu, se retrouve au lieu de l'Autre: pour l'analyste au moment de l'acte, quoi de plus étranger que son être de sujet ? Reste le (a) en position d'agent: l'analyste met en jeu l'objet (a) réel inclus dans son désir, tout en se faisant semblant de cet objet dans le fantasme de l'analysant.

 

La preuve par la passe

La passe est donc le dispositif conçu pour vérifier si, à “s'autoriser de lui-même”, il y a “de l'analyste”. En d'autres termes, elle doit permettre de vérifier l'effectuation du passage du discours de l'hystérique au discours de l'analyste. Le passant vient en effet témoigner de la chute des identifications et des idéaux, et de l'émergence de l'objet (a). Cela doit se faire avant que le savoir (S2) élaboré pendant la cure ne soit dissimulé par le plus-de-jouir du (a). C'est pourquoi la passe n'est qu'un instant, entre la chute de S1 et le refoulement de S2.

La passe, sans aucun doute, est une élaboration de savoir. Le “moment de conclure” l'analyse se fonde sur une certitude: l'éclair qui se produit lorsque, faisant un pas de côté, le sujet voit la structure du fantasme fondamental qui a régi sa vie. Mais le fait que le discours du passant doit traverser le filtre des passeurs est une première condition d'élaboration de savoir: le passant essayera d'établir avec le plus grand soin la logique de son histoire. L'autre condition, c'est que le dispositif de la passe est distinct du dispositif de la cure.

Il s'agit en effet de confier le plus intime de sa vie à deux parfaits inconnus - et confier n'est pas le terme qui convient, puisque nous savons que leur fonction est de révéler à d'autres nos confidences. Or, ce qu'il nous a fallu tant de temps et d'angoisse pour le dire à notre analyste, nous le disons maintenant sans effort et sans émotion à deux indiscrets par fonction. Cela n'est possible que lorsque la chute des identifications permet au passant - maintenant en position de “psychanalyste à venir” - d'accepter de “se réduire, lui et son nom, au signifiant quelconque (4)”.

Mais il se peut aussi que le passant se mette en position de court-circuiter les passeurs pour s'adresser directement au cartel, restauré comme idéal du moi. Le dispositif permet alors de repérer cette ultime identification, qui rend à l'Autre sa consistance. Il se peut enfin que le passant ne puisse accepter les conditions mêmes qui lui sont imposées: il tient encore trop à son histoire pour la confier aux passeurs, ou ne le fait qu'avec un reste d'affects dont les passeurs, à leur tour, seront marqués. Ici encore, le dispositif aidera à mettre au jour un reste de jouissance non métabolisé.

“La passe a la structure du mot d'esprit (5)”

De ce que je viens d'écrire, on pourrait être tenté de conclure que la passe est un lieu vide de jouissance. Or, tel n'est pas le cas, me semble-t-il, si l'on va jusqu'au bout de ce que sous-tend la remarque de J.A. Miller que je viens de citer. Cette remarque, entendue au cours de Journées de l'École, avait décidé de mon retour sur le divan, puisque “la comédie va plus loin que la tragédie (6)”, tragédie dont j'avais épuisé les charmes. C'est ainsi que j'ai pu vérifier que, si la cure nous permet de passer “du père au pire (7)”, la passe ouvre la voie du pire au rire.

La structure du mot d'esprit, c'est évidemment dans l'ouvrage de Freud sur le “Witz” qu'il faut aller la chercher. Freud y ramène la technique du mot d'esprit à la mise en œuvre des deux procédés qu'il avait étudiés auparavant dans le travail du rêve, la condensation et le déplacement. Le mot d'esprit fonctionne selon les principes du processus primaire. Il n'est donc pas étonnant que son but soit “d'obtenir un gain de plaisir à partir de processus psychiques (8)”. Conformément au principe qui régit le fonctionnement de ce principe, “un tel gain de plaisir correspond à l'économie réalisée sur la dépense psychique (9)”. Cette économie, évidente dans les “mots-valises” du style du fameux “familionnaire”, apparaît également quand le mot d'esprit utilise l'allusion, mais aussi quand il fait appel à des locutions connues, des proverbes qu'il transforme, car “le fait de retrouver ainsi le connu est empreint de plaisir (10)”. Ce plaisir est celui qu'éprouve l'enfant à se faire répéter inlassablement la même histoire, comme le rappelle Freud dans l'“Au-delà du principe de plaisir”. Ce “retour du connu” constitue une première satisfaction pulsionnelle, qui apparaît également dans le “plaisir pris au non-sens”, comme retour d'un plaisir infantile, celui de l'enfant qui “assemble les mots sans se soumettre à la condition de sens, afin d'obtenir grâce à eux l'effet de plaisir lié au rythme ou à la rime (11)”. Ce plaisir, qui tient à l'utilisation libre des mots pour leur son et non pour leur sens, est lié à ce que Lacan appellera plus tard “lalangue”.

Jusqu'ici, si la relation du mot d'esprit à l'inconscient apparaît clairement établie, on peut se demander ce qui le distingue des autres formations de l'inconscient, et en particulier du rêve.

Comme Freud l'établit, la première fonction du rêve est de protéger le sommeil, et la seconde est de satisfaire le désir. Cela permet à Freud d'affirmer que “le rêve est absolument égoïste (12)”. En effet, il n'a besoin de personne pour apporter au rêveur la satisfaction espérée. Or, il en va tout autrement pour le mot d'esprit. Dans l'analyse qu'il fait des mots d'esprit “tendancieux” (qu'il oppose aux mots d'esprit “innocents”), Freud met en évidence la nécessité de la présence d'un tiers (“dritte Person”). Celui qui fait le mot d'esprit n'en rit pas, car “nul ne peut se satisfaire d'avoir fait un mot d'esprit pour soi tout seul (13)”. Il y a là une différence avec le comique, dont on peut jouir seul, alors que le mot d'esprit ne prend son prix qu'à être partagé.

D'où vient cette nécessité ? Un mot d'esprit ne vaut que s'il est reconnu comme tel. Sa valeur est donc suspendue au jugement de l'Autre, comme Lacan le reprendra dans “Fonction et champ de la parole et du langage”. Mais, comme le notait J.A. Miller, ce “premier Lacan”, s'efforçant de “conceptualiser la pulsion en tant que chaîne signifiante”, laissait “béante l'instance de la jouissance (14)”, jouissance à laquelle Freud faisait sa place sous le nom de satisfaction.

Qu'en est-il maintenant de la passe ? Il n'y a aucune difficulté, évidemment, à mettre en lumière le rôle de la “dritte Person” dans la procédure, puisque le passant ne s'adresse au cartel que par l'intermédiaire des passeurs. La procédure repose sur une sorte de tripode, que l'on peut diviser de trois façons différentes:

1. Le passant s'adresse aux passeurs (petit autre, semblable) sur l'axe de la relation imaginaire a-a'. Ils sont séparés du cartel, comme grand Autre, mais ne parlent qu'en fonction de lui:

passant ----> passeurs // cartel
a                     a'                 A

2. Les passeurs parlent au cartel (dont les membres deviennent alors les petits autres). Le passant, absent, devient le grand Autre en tant que lieu de la vérité que les passeurs s'efforcent de faire “passer”:

passant // passeurs ----> cartel
A                 a                     a'

3. Le troisième tripode est virtuel: le passant ne s'adresse jamais au cartel. Mais il va en recevoir la réponse. À ce moment-là, le cartel, redevenu grand Autre, s'interpose entre passant et passeurs pour produire un effet de vérité, dont les passeurs se trouvent exclus (l'un d'entre eux m'avait demandé de lui transmettre la réponse dès que je la connaîtrais). On peut écrire:

passant <---- cartel // passeurs
a                     A             a'

Comme dans le mot d'esprit, le tiers sert à donner la réponse: la passe n'existe que dans la mesure où le cartel l'accepte comme telle. Mais ce tiers est présent dès l'origine: de même que le mot d'esprit s'adresse toujours à quelqu'un, la passe oriente la cure, garantissant qu'elle ne sera jamais un délire à deux, puisque l'existence du dispositif assure que l'Autre-qui-n'existe-pas est toujours présent.

Ainsi, la structure de la passe la rapproche du mot d'esprit. Mais qu'en est-il de sa finalité ou, en d'autres termes, à quoi sert la passe pour le sujet qui s'y soumet ?

À propos du mot d'esprit, Freud note: “Quand nous utilisons notre appareil psychique dans un but qui n'est pas la satisfaction indispensable de l'un de nos besoins, (...) nous cherchons à retirer du plaisir de l'activité qui lui est propre (15).” La passe ne pouvant être assimilée à la “satisfaction indispensable d'un besoin”, ce postulat de recherche d'un plaisir me semble pouvoir lui être appliqué.

Si “l'économie” est inhérente au plaisir du mot d'esprit, elle est tout aussi présente dans la passe, comme l'indique J.A. Miller dans le Séminaire de Barcelone sur “Les formations de l'inconscient”. Il s'agit là de reprendre, en quelques heures, le récit d'années d'analyse couvrant toute une vie. Ces quelques heures que compte le récit du passant seront encore considérablement réduites dans le rapport des passeurs au cartel, et ce dernier, bien souvent, n'en retiendra que quelques phrases. Quant aux jeux de langage - ce que Freud nomme “die alte Lust” - ils sont plus difficiles à repérer. Pas question, dans le témoignage du passant, de faire sa place au non-sens, bien au contraire. Mais dans le “bien-dire” auquel il vise pour transmettre le plus possible de ce que son expérience a d'impossible à dire, on peut retrouver trace de ce plaisir. Souvenons-nous, en effet, que Lacan, dans “RSI”, a affecté au signifiant un effet de jouissance, ce que J.A. Miller a formulé ainsi: “L'inconscient n'est structuré comme un langage que dans la mesure où ça le fait jouir comme un fou (16).”Il semble donc bien que, dans la passe, quelque chose de la pulsion trouve à se satisfaire, sur un mode différent de la sublimation.

Mais la passe ne répond-elle pas aussi à un autre but ? Nous avons vu qu'à la différence du rêve, foncièrement égoïste, le mot d'esprit, en raison de la nécessité de la tierce personne, est un processus social. Il en va de même pour la passe, qui semble pouvoir faire exister un lien social différent, nouveau, fondé sur la transmission, c'est-à-dire sur un effort pour socialiser, rendre accessible à tous, ce qu'il y a de plus particulier dans l'expérience de chacun. Cela n'est possible que lorsque ce “plus particulier” a perdu sa valeur pour la satisfaction pulsionnelle. Mais la pulsion persiste. Elle se satisfait peut-être, maintenant, dans le plaisir de transmettre, de passer à d'autres, ce autour de quoi elle a si longtemps tourné.

 

La passe dans le monde

Maintenant que, de façon plus ou moins détournée, l'IPA essaye de s'approprier nombre de concepts lacaniens, qu'est-ce qui distingue fondamentalement d'elle les Écoles réunies au sein de l'AMP ? Incontestablement, les deux piliers structuraux que sont le cartel et la passe. En remarquant que les deux sont de plus en plus étroitement liés, je me contenterai d'étudier la place qu'occupe la seconde dans notre reconquête du Champ freudien.

Au sein de l'institution qu'est aussi toute École, la passe fait trou. En effet, elle décomplète l'École en lui retirant les critères permettant de sélectionner ses membres, ce qui est la règle dans tout groupe: la plupart des associations commencent par définir les traits d'identification sur lesquels se recruteront leurs membres, et l'IPA n'échappe pas à cette règle. Il existe donc dans son sein une définition de ce qu'est un analyste. Disons que, pour l'IPA, L'Analyste existe.

Rien de tel au sein de nos Écoles, où chaque AE est reconnu comme tel pour la singularité de sa “marque”. Chacun a à faire la preuve de ce dont il s'est autorisé pour venir occuper la place d'analyste, sans que cette preuve, valable pour lui seul, puisse servir à instaurer aucun critère. L'entrée par la passe accentue encore ce trait.

L'existence de la passe change donc fondamentalement le “devenir analyste” qui pointe à l'horizon de toute cure. Aussi la direction de la cure en reçoit-elle une orientation totalement nouvelle. Le concept de contre-transfert, dont l'IPA a longtemps fait usage, tendait irrémédiablement à faire reposer l'issue d'une cure sur l'identification. Au contraire, le désir de l'analyste advenu dans la passe est désir “d'obtenir la différence absolue (17)”.

Obtenir la différence absolue n'est rien d'autre qu'ouvrir à l'analysant la voie vers le plus particulier de son être, vers ce qui fait de lui, comme de chacun de nous, une exception, c'est-à-dire vers son réel. C'est ainsi que, par un traitement symbolique de l'imaginaire, la passe permet à quiconque s'y engage d'essayer de gagner un peu sur ce qui ne cessera jamais de ne pas s'écrire.

 


1 - Lacan (J.), “Écrits”, Paris, Le Seuil, 1966, p. 475.

2 - Lacan (J.), “Proposition du 9 octobre 1967”, “Scilicet”, n° 1, p. 14.

3 - “Ibid.”, p. 15.

4 - “Ibid.”, p. 25.

5 - Miller (J.A.), “Remarque sur la traversée du fantasme”, “Revue de l'ECF”, n° 18, p. 29.

6 - “Ibid.”

7 - Lacan (J.), “Télévision”, Paris, Le Seuil, 1973, p. 72.

8 - Freud (S.), “Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient”, Paris, Gallimard, 1988, p. 186.

9 - “Ibid.”, p. 225.

10 - “Ibid.”, p. 229.

11 - “Ibid.”, p. 235.

12 - Freud (S.), “L'interprétation des rêves”, Paris, PUF, 1967, p. 278.

13 - Freud (S.), “Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient”, “op. cit.”, p. 262.

14 - Miller (J.A.), “La fuite du sens”, cours inédit, 22 novembre 1995.

15 - Freud (S.), “Le mot d'esprit et sa relation à l'inconscient”, “op. cit.”, p. 186.

16 - Miller (J.A.), “La fuite du sens”, cours inédit, 10 avril 1996.

17 - Lacan (J.), “Le Séminaire XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse”, Paris, le Seuil, p. 248.